SITUATION DB L'EUROPE
flolle espagnole qui s^était réfugiée à Toulon, et c'est dans cette vue que le conimodore Martyn se joignit à Tamiral Matthews ^, qui commandait la grande flotte dans la Méditerranée ; dès ce moment les côtes furent surveillées depuis Cadix jusqu'à Naples. Ainsi les positions avaient bien changé en Italie; la maison de Savoie , naguère alliée des Bourbons ^ se rapprochait de F Autriche; Naples restait forcément neutre, le pape également neutre ; le duc de Montemart, avec quelques corps espagnols, demeurait ainsi sepl en face des armées impériales, et la guerre marîtinae se préparait en même temps sur de larges bases. A Toulon, indépendamment de la flotte espagnole, une escadre s'armait sous le pavillon de France; a^esi ce qui appelait dans la Méditerranée les deux flottes anglaises sous les amiraux Martyn et Matthews.
Tout marchait donc à la guerre générale ! On n'osait encore se heurter directement, jusqu'ici il n'y avait enjeu que la France, l'Autriche et l'Espagne; mais TÂngleterre armait de toutes parts; non seulement elle envoyait des escadres en croisière, mais encore lord Slair conduisait vingt-cinq mille hommes à Bruxelles : élève de Malborough, on le disait un général de prenoier ordre ; le duc de Cumberland réunissait les Ha-
* Thomas Matthews, iils d'un gouverneur des îles sous le vent, était n^en 1681.
fis LOUIS XV.
novriens pour marcher au besoin sur la Meuse. L'Angleterre, en portant la guerre sur la mer et sur le continent, trouverait pour auxiliaire l'Autrielie et une Iractioii de l'Allemagne; déjà l'intimité la plus grande régnait entre les cabinets de Londres et de Berlin. Si les Elals-Généraus ne prenaient pas parti encore dans la coalition, ils seraient plus favorables à l'Angleterre qu'à la maison de Bourbon, leur vieille ennemie. Il y avait à La Haye et à Berlin d'implacables adversaires de la France qui souvent dominaient la politique; les réfugiés calvinistes se vengeaient de la révocation de Tédit de Nantes.
La France aurait aussi contre elle la Russie', un peu trop éloignée pour ètro redoutable; elle aurait également pour adversaire la maison de Savoie qui lui fermerait les portes de l'Italie : que lui resterattil ? L'Espagne sous une brandie de sa lignée. El voilà pourquoi on voit se renouveler les plus grandes inti-
' Ln Hussie était alors en pleine guerre. Le 4 août 1741, le roi de Suède avait luit publier à Slockliolm une déclaratioD de guerre contre la Russie, dont les motifs éluient plusieurs ioEractions failca an traite de Neusladt. En conséquence, nue flotte suédoise bloquait le port de Pélersbourg, pendant qu'une année marciiail sur la frontière- Cette guerre était le résultat d'une eonvcntion secrète avec la Frnnce , qui fournissait des subsides, et qui avait conclu le S£> avril précédent un traité de commerce et de navigation entre les deux puissances, par lequel il était accordé aux sujets respectifs des deux monarques, dans les états réciproques, les mëoies droits et privilèges que ceux dont jouissaient leurs propres sujets.