‹ Louis XV et la Societe du XVIII SiecleChapitre 20 sur 114 · L'ESPAGNE ET NAPLE · texte numérisé non relu

L'ESPAGNE ET NAPLE

vinrent de Vienne ; mécontent de la France qui l^avait un peu négligé dans la précédente négociation, il avait accusé la cour de Versailles d'égoïsme dans le traité de 4735. La maison de Savoie échappait ainsi à Talliance de la France pour s'entendre avec TAutricbe. Les Espagnols furent donc seuls à opérer en Italie ; ils marchaient par diverses colonnes en Provence, en Savoie, dans les États du Pape, pour se réunir en masse dans le Milanais et en prendre possession au nom d'un infant d'Espagne.

Dans ce pian concerté à Madrid, il était naturel que le roi de Naples devint le principal auxiliaire de sa maison ; don Carlos , pour ainsi dire sur les lieux, pouvait disposer d'une armée considérable, et le duc de Montemart, à la tète de vieilles bandes espagnoles, devait faire sa jonction avec les Napolitains et réunir ainsi 30,000 hommes. 11 était de la plus grande urgence pour la maison d'Autriche de briser cette alliance et dé laisser dans l'isolement les corps espagnols qui débouchaient partons les points de l'Italie; pour cela la reine de Hongrie s'était adressée à TAngleterre, qui l'avait prise comme sous son aile depuis son avènement à la couronne. Or, le ministère de lord Carteret n'était pas mou et incertain comme celui du comte de Walpoole ; la guerre vigpureuse était déclarée contre les Espagnols, il s-ensuivit une résolution immédiate du conseil britannique, et voici en quels termes elle fut posée : a L'Espagne avait con-

traint Gènes et le grand-duc de Toscane à la neutralité dans lu guerre contre l'Autriche, eb bien ! rien de plus simple que l'Angleterre à son tour ne contraignit Nnples a rappeler ses troupes et à rester dans l'état de la plus absolue neutralité même en ce qui touchait sa propre famille. Pour cela, il ne fallait quMntimider le gouvernement napolitain par Tapparition d'une Hotte dans la baie de Naples ; des oi-dres cachelés furent remis au commodore Martyn, avec prescriplion impérntive de ne les ouvrir que dans la baie de Naples. Un matin, on vit paraître dans cette magnifique baie, en deçà de l'île de Caprée, une escadre de six vaisseau:ïde ligne de soixante canons et un nombre égal de frégates sous pavillon anglais ; le commodore Martyn, après avoir lu ses ordres cachetés, déclara a» roi de Naples : a Qu'il lui était prescrit de bombarder et canonner la ville, si, dans l'espace d'une heure, le roi ne s'engageait à rappeler ses troupes d'Italie et à garder la plus exacte neutralité. » Défendre Naples , c'était impossible, les mèches à bombes étaient prêtes, les canons chargés jusqu'à la gueule. Don Carlos, obligé de souscrire aux conditions que l'Angleterre exigeait, rappela les Napolitains du service espagnol, et dès lors les troupes de Philippe V, seules, isolées, se trouvèrent en présence des armées autrichiennes qui débouchaient dans le Milanais. Le dessein des Anglais n'était pas seulement ici d'intimider le roi de Naples, mais ils voulaient surveiller et attaquer au besoin la

Page 1