PROJETS CONTRE L'ANGLETERRE
qui était celle des intérêts français. Tout fut préparé avec un grand ordre ; une escadre se réunit à Brest, 22 vaisseaux devaient convoyer Tarmée de débarquement; partout l'on construisit des vaisseaux plats ^^ des navires de transport, et il faut rendre cette justice au comte de Maurepas et à M. d'Argenson , qu^ils aidèrent le roi avec une admirable activité dans les pé*rils de la patrie.
Louis XV y prêt à partir pour la guerre de Flandre , dut examiner la situation de la cour qu'il allait lais* ser à elle-même et Tesprit qui dominait à Versailles. L'avènement de la duchesse de Cbâteauroux avait donné une. impulsion guerrière aux gentilshommes et au roi leur chef. On ne parlait que de batailles, (le sièges , d'assauts , comme dans les grandes époques de chevalerie. Les arts , les jeux prenaient même une teinte belliqueuse dans les carrousels et les tournois simulés; chaque gentilhomme tirait son épée avec joie puisque le roi lui-même allait les mener
* Ainsi ridée d'envahir rAngleterre par les bateaux plats boos Napoléon n'était pas neuve; elle date de Louis XY. Je trouve dans les papiers secrets le sommaire des projets du cardinal de Tencin e^ntre les Anglais :
1* Corrompre les gouverneurs et commandants de plusieurs ports de la Grande-Bretagne, et notables Anglais attachés à son service;
2^ Exciter la révolte et embraser la ville de Londres.
a« Deux lettres originales de la main d'Albéroni à Tencin; on y faj^elle ks anciens projets de ce cardinal.
comme ses ancêlrcs aux champs de gloire. Et alors jiourUint conimençait à naître un parti dopposition (|ui entourait le dauphin, jeune homme aux fortes Otudes, à la vie religieuse; le pouvoir impérieuxde la duchesse de Châteauroux blessait profondément le parti moral de la cour, qui voyait avec douleur l'nbandon d'uue reine, d'une mère pour une favorite. Le roi se plaçait avec sa glorieuse maîtresse dans le parti des genlilsbonmies et du mouvement ; la reine so résignait dans la retraite et la piété, uiaisonentouraitle dauphin pour créer des obstacles à la duchesse deChilleauroux. Lorsque le jeune prince demanda au roi soti père la permission de l'accompagner dans les camps , le monarque lui écrivit une lettre paternelle qui n'était (ju'un refus déguisé. « Il ne fallait pas exposer l'avenir de la France; n'en était-il pas le seul espoir? Jamais il nuirait aux batailles que lorsqu'il aurait lui-méoie un 111s; la lige devait produire un rejeton '. » Au
4° U y en a deui de Tencin à Albéroni ; une aulre au clievalicc de Kaint-Georges, touchant les moyens d'eiciler une révolution en Auglclcrre, s'emparer du roi et de la fitmille, et de mcUrc le feu dans
5° Copie de deux letlres d'Âquiiviva sur cet objet. Il est roinislrc d'Eapagne à Rome, où il tient le fil des intrigues ccclësiastitjues coa-> Ire les Âufjlais. -^J
' Lettre du roi à M. le dauphin. ^B
■ Je loue le désir que vous avez marqué de me suivre à la t£(e de mes armées^ mais votre personne est trop clii:rc à l'état pour osDr
DÉPART DO ROI (174-f) IS.'Î
fonJ , le roi ne se souciait nullement du dauptiin sous la tente; il marcLait suivi de sa cour gracieuse, de ses amis intimes, du duc de Richelieu , de la ducliesse deCbùtcauroux ; son (ils, le daupliin de France, l'aurait beaucoup gêné dans cette compagnie ; Louis XV avait aussi une sorte de respect pour l'innocence dans SB famille; il avait peur d'outrager son enfant parla vue d'un scandale; à Versailles, le daupbin ne pouvait gêner ni mal agir. Le roi emmenait la cbancellerie et M. Dutlieil , premier commis des affaires étrangères; euDn , tout ce qui pouvait servir pour la guerre et pour les ni^gociations ; l'occasion pouvait surgir tout à coup de traiter. Ainsi le gouvernement tout entier suivait le roi.
Quand le monarque lirait l'épée , aucun gentilhomme ne pouvait rester oisif dans son manoir, aucun ne devait manquer à l'appel du su^eerain; aussi, chaque province avait fourni son contingent. Dans celle campagne de Flandre , au milieu d'un pays
l'eiposer avant que la
marioge. Quand vous aurez des enfauts, je ferai jamaiB de voyage k la guerre sans voua mener a\ je souliaite el j'espère n'Ëlrc jamais dans le cas de vi parole. Comme je ne fats la guerre que pour assurer à au une paix bonne cl durable, si Dieu bénil mes inicntions, je sacrifierai toujours tout pour lui procurer cet avantage tout le reste de iioD règne. Il est bon que vous entriez de bonne heure dans ce sentiment, et que vous vous accoutumiez à vous regarder plutôt comme le pire que comme le maiire de ceuj qui seront un jour vos sujets, a
soit assurée par votre is promets que je ne
tenir celte 100 peuple
couvert de places forles, on devait surtout s'occuper de Eic^res, de retranchements, œuvre du génie et de rartillerie, et ces deux armes avaient fait de graods progrès depuis cinq ans. On venait de créer des brigades spéciales d'artillerie qui groupaient jusqu'à 5,000 Lommes , tous artilleurs consommés et manœuvrant 60 pièces de fort calibre. Le régiment de La Fère comptait 5,300 artilleurs qui, réunis en brigades avec Metz artillerie, formaient un corps de 6,500 hommes admirablement organisé pour les sièges. On créa également des régiments de génie, des compagnies de marins pour passer les gués et les rivières, el ces institutions que la France seule éloit capable d'improviser donnaient h l'armée une force remarquable; aussi tes sièges furent-ils poursuivis avec une rapidité inouïe, et les villes prises comme par enchantement. On peut dire que ce fut le caractère spécial de la guerre contre la coalition '.
Cette armée de France engagée dans la guemiJ restait avec son empreinte nationale ; à c6té des petite
> Journal de ta campagne de touts XV e
Avril. Détermination de la campRgne du roi.
3 mai. Di^part da roi.
12. Le roi arrive à Lille, ajant laisse madame la ducheMe d Cbâteauroux, qui aurait bien voulu partir avec lui, 1 5. Le roi fait k revue du camp de Gisoing, 17. Si(!ge de Mcnin.
7 juin. Le roi entre en vainqueur dan» Menin.
CAMPAGNE DE FLANDRE (174'i). 127
Bvenlures galantes, tes Iraits d'héroïsme; le roi luiméine marchait contre l'ennemi avec sa maîtresse, son Agnès Sorel , comme on le disait galamment ; il quittait les jeux , la table, pour s'exposer aux balles et aux boulets sans baisser la tête ; p>irtout une discipliae respectée et une bravoure an dessus de tout étoge. 11 reste encore aux galeries de Versailles les beaux tableaux de Parrocel, h la manière de Van Meulen, sur la campagne de Flandre, où se voient toutes les journées , les sièges des villes , les batailles rangées, les engagements corps à corps, les ofûciers h l'aspect élégant, le roi à cheval avec sa canne de commandement en guise de sceptre , puis des armées fiarfaitement groupées, comme le comprenait avec tant d'intelligence celte école de peinture. Quant aux récits de la campagne , voici ce qu'en recueille le Mercure de France , si bien au fait des grands dires : R Le roi arrive le -12 mai à Lille, ses aides-de-camp étaient MM. de Meuze, de Richelieu , de Luxembourg, de Boufflers , d'Aumont, d'Ayen, de Soubise et de Pecquigny'.n A peine entré en campagne, il s'empare
I7> Le roi va au camp devaDt Yprca.
ID. Le fort de Kenoke est pris.
10 juillet. Fumes est pris.
' L« 1 â mai I T 4 4, on a Dommé la aidca-dc-camp du roi ; Soubise, Kicbclicu, Boufllers, Lovcmbourg, d'Aumoni, d'Ayen, de Pecquigny, de Meuse; ils sonl les favoris da rtn pour les parties de plaisir dam la petits appartements.
(le Courtray, puis de Mcnin; tes fortiHcalions en sont rasées sur-le-champ. On vieut devant Ypres , le siège est commandé par le comte de Clermoiit, naguère abbé de Saint-Germain-des-Prés, et que le pope Tenait de séculariser à la prière du roi ; pouvait-on refuser une épée à un pelit-Gls du grand Condé? Ypres capitula, et après Ypres, Furnes. Toutes ces places .ivaient garnisons hollandaises en vertu du traité «taM Barrières. ^1
Ce coup hardi, rapide porté en Flandre avait sou intention politique et militaire; on voulait effrayer les Etats-Généraux de Hollande par une m arclie subito et victorieuse ' ; il s'agissait de les empêcher de prendre part à la coalition et de les contraindre à la neutralité; l'effroi fut grand à La Haye; à peine l'armée de France se dcploya-l~elle dans la Belgique en menaçant Bruxelles qu'on vit arriver au camp du roi un envoyé desElals-Géncraus, le comte de Wassenaer, qui venait demander quelques explications sur le but
* II Les Hollanilais, difficiles à rcmucr,s'^taieD[ colin décides, pensant que la France était épuisée d'honunca et d'argent. Un des principaux membres de la république avait assuré (jue Louis XV ne pouvait pas mettre sur pied plus de cent mille bommes, et que le numéraire de son royaume n'allait pas au delà de 200 millions. M. Van Uoey, ambassadeur dea Etals-Généraui à la cour de France, voyant les choses de plus près et mieux, leur représenta en vain que le rûle de paciiicaleur était le seul qui leur convint ; mais ses exijoclations ne purent prévaloir contre te démon de la d
t HOIXANDF. ET LOUIS XV (17^3-1744). 120
) guerre de Flandre ; il suppliait le roi de sublEhdre le cours de ses armes victorieuses, jusqu'à ce que les états de Hollande se fussent expliqués euxmêmes sur leur neutralité. Louis XV reçut M. de Wasseoaer avec hauteur, tout en protestant néanmoins de son désir de rester en parfaite intelligence avec la république qu'il représentait, offrant de suspendre ses conquêtes si lesElals-Généraux déclaraient franchement se séparer de la coalition. Le comte de Wassenaern'avait aucun pouvoir pour prendre de tels engagements, et bien qu'on le laissSt sous la tente, le roi continua son système de conquêtes brillantes jusqu'à Bruxelles ' ; elles ne furent arrêtées que par les événements militaires qui arrivaient sur le flanc de Tarmée française , entre la Sarre et le Rhin. Une sorte de trouée était faite par la coalition; on devait porter BCCours nu plus pressé, les frontières étaient exposées, et il faut ici revenir à l'armée d'Allemagne pour
'"Voici BU reste quelles furent les démarclies des Hollandais : l.e B mai 1744, les États-Généraux de Hollande députèrent vers <i Louis XV le comte de Wassenaer. H était chargé de faire des proposiiioDs de leur pari et d'obtenir que Sa Majesté suspendit ses Conquêtes. Le roi lui i-épondit : " Le choi\ que les Ëlats- Généra ui ont ■ait lie vous, monsieur, ne pouvait que m'Ëtre très agréable pour In Connaissance que j'ai de vos qualités personnelles. Toutes mes dé- •narchcs envers votre république depuis mon avènement à la cout^nne ont dû lui prouver combien je désirerais d'entretenir avec dic ane sincère nmitié et une parfaite correspondance. l'ai fait contuilrc aiicz longtemps mon incUnition pour la paii ; mais plus j'ni H. 9
esplitjuer le changement de ft-oni qui s^opéra dans les opérations en Flandre.
L'ennemi marchait sur la Fronce par grandes colonnes; l'armée principale sur la Meuse avait pour chefs trois hommes d'un haut mérite : le général Wade, élève de Mariborough, commandait les Anglais; le duc d' Aremberg, élève du prince Kugène, conduisait les Allemands; et le comte Maurice de Nassau s'était placée la tête des Hollandais, dont la marche avait été un moment retardée par les pourparlers des Etats-Généraux avec le roi de France. En face de l'Alsace et de la Lorraine s'étaient réunis les Autrichiens sous les ordres du prince Charles de Lorraine. Enfin, au centre, le comte de Staîr s'était posté à Francfort avec une armée d'Anglais , d'Haoovriens et d'Autrichiens. L'armée du maréchal de Noailles était à la face du comte de Stair, vieux général plein de prudence; le duc de Noailles, par une manœuvre supérieure, venait de jeter à Ellingen l'armée du comte de Slair entre les Français el le Meiu. Les Anglais n'avaient plus de vivres, et l'on sait que les privations les démoralisent et les tuent. Dans cette position difficile, même désespérée , lord Staîr commande la
dilTëré de déclarer la guerre, moina j'en suspendrai les eifels; ininUlres me fertint le roppnrt de la commission dont vous è (je ; et après l'avoir cominuniqiltfe à mes alliés, je ferai sav maîlrca quelles seront mes demiËres résolutions. «
OPÉRATIONS DE t'AllMÉE (1743> I3l
retraite sous le coup répété des batteries françaises qui les prennent en échappe ; c'était la nuit, la retraite se fît à marches précipitées en désordre; que fallait-il pour s'emparer de ces colonnes? un peu de calme, et l'armée était maîtresse des Anglais et du comte de Slaîr ; inévilablement jetés dans un ravin profond , les Anglais mettaient bas les armes.
Repos et patience fut l'ordre donné par le maréclial de IVoailles. Mais ces deux mots n'étaient point la langue militaire des Français ; attendre l'arme au bras quand tes Anglais passaient devant eus, ce n'était pas possible; et voici que tout à coup If duc de Grammont, à la tête des gardes, s'ébranle sans que rien puisse le retenir. 11 attaque les Anglais au bord du ravin, et par un de ces mouvements glorieux el désordonnés, les gardes fondent sur les carrés de l'infanterie écossaise qui les reçoit à la baïonnette. Tous les avantnges du terrain furent ainsi perdus, les canons des batteries françaises furent impuissants, car ils auraient tiré sur les gardes; on vil caracoler autour de ces carrés d'Écossais hérissés de piques toute la maison du roi , chevau-Iégers , carabiniers , mousquetaires , essaims de vaillantes troupes qui vinrent se faire tuer ^M bout des baïonnettes '. On ne peut dire la valeur
^^^ Il Nous perdîmes dans celle malheureuse bataille d'Eltingen le 4uc de Rocbcchotiart, le marquis de Fleuri , Sabran, CaUogon, messéiCoigneu^iWargemoiii, d'Estrade, de Rostaing. Le duc d'Har-
de la noblesse, elle fut brillaDte comme ù Poilicrs et à Azincourt; elle couvrit de ses morts le champ de bataille ; que de deuil aux uiaiioirs 1 Ici d'Harcourt et Boufticrs sont blessés, Gontaut a le bras emporté, Rocbechouart espire sur la place, avec les Sabran , les Fleuri , les Rostaing et les d'Estrade ; faut-il dire un trait qui marque le caractère de cette noblesse? voici un petit comte de Boufilers, il a dix ans et demi , un coup de canon lui casse la jambe, il en plaisante et s'appelle le petit invalide; le glorieus enfant subit l'amputation et meurt en raillant encore messieurs les Anglais. Les pertes des alliés furent aussi considérables ; le duc de Cumberland tut blessé et le duc d'Aremberg reçut une balle dans la poitrine. Néanmoins les Anglais opérèrent leur retraite avec ordre, et le fruit des combinaisons stratégiques du maréchal de Noailles fut perdu.
A cette triste et fatale nouvelle de la bataille d'Ettlngen vinrent se joindre bientôt des bulletins affligeants sur les mouvements de l'ennemi vers l'Alsace. L'armée du Rhin avait été un peu dégarnie pour suivre les principales opérations des batailles en
court et Beuvron ; furent blessés. Le duc de CEurtres y donna des preuves de bravoure, et le comte d'Eu y (ut blessé au pied. Les soldats aui: (fardes se sauvèrent; tine partie passa le Mein a la nage; plusieurs se noyèrent. On leur Al essuyer mal à propos trois dé cbnr);es sans permettre de tirer. » [ Récit contemporain.)
INVASION DE L'ALSACE. (1744). l33
Flandre et sur la Meuse. La tiédeur et la défection morale des Bavarois. n^avait pas permis aux troupes françaises d^opposer une résistance sérieuse à Parmée des Autrichiens, forte de près de 400,000 hommes, et qui s'avançait sous le prince Charles. Le Rhin était franchi, des nuées de partisans s^étaient répandues en Alsace et en Lorraine; Trenck, avec ses hussards et ses pandours , levait des contributions , et comme ses manifestes étaient rédigés au nom de la nation allemande , ils annonçaient la réunion à la nationalité germanique des trois provinces de la Franche-Comté, de TAlsace et de la Lorraine, anciennes propriétés de Tempire et qui devaient lui revenir. L^Autriche n'avait jamais renoncé à cette pensée ; quelques savantes manœuvres du maréchal de Coigny avaient ar- ^té un moment les Autrichiens ; mais en y joignant iiième toutes les forces du maréchal de Belle-Isle, ils ne pouvaient leur opposer plus de 40,000 hommes ; les Bavarois étaient à la veille de dénoncer leur défec- *'on, et Ton devait craindre une large trouée. Trois St*andes provinces de France étaient donc menacées ^*une invasion implacable, et le roi Stanislas même, obligé de quitter Nancy et Bar, venait chercher asile ^ Châlons.
Dans ces circonstances si graves, la campagne de Flandre, tout offensive et conduite par le roi en personue , pouvait-elle se continuer? Etait il raisonnable de rêver des conquêtes lorsque les partisans
ennemis entamaient déjà la Champagne ? La ligne d» la Meuse et de la Meurtbe était compromise; le roi^ de Favis de ses maréchaux, se décida dès lors, par un mouvement de flanc droit , a se porter sur lu Meuse y position centrale d'où l'on pouvait se dé*^ ployer en éventail ^; il fallait marcher avec 1 réserves y toutes les recrues des divers corps d l'armée de France à travers la Champagne , pour ve nir de là se poser au milieu des opérations de Tea nemi; et Metz, ville forte, fut choisi comme poin. de rassemblement. On vit alors un mouvement stni tégîque parfaitement accompli des extrémités sur I centre ; il partit de tous les points de la France, de provinces les plus éloignées , de la Guyenne , d Béarn comme de TAmiénois, des régiments, é compagnies y qui se formaient et s'organisaient
^ l,etire de Louis XV à son fils.
« Je pars pour FAlsace, mon cher fils, c'est un voyage auquel j^ ne m'étais pas attendu ; le bien de mon peuple m'y porte plus ^«^c ma gloire personnelle. Je suis leur roi pour les défendre. Priez le cÂ^^ qu'il bénisse mes vœux. Apprenez de là qu'il est un maître au dess^^ des rois : c'est de lui que j'attends la continuation des heureux sis-^' ces qu'il a accordés jusqu'ici à mes armes. Ne me faites point ^^ nouvelles instances pour me joindre, la moindre partie de moi-mèff^^^^ sera exposée, tant que je serai seul et que vous serez en sûreté! Adi^^ ^^ mon cher fils, redoublez vos vœux au Seigneur pour qu'il inspire c^^^ sentiments de paix et de justice à mes ennemis, et qu'il me condiL-^*^ au but que je me suis proposé, de faire la félicité d'un peuple d(^^^^^ je ressens les maux plus que lui-même. La reine vous en dira da^ tage; embrassez vos scBurs de ma part. »
LE ROI A HETZ. i^iyiii. 135
Mnarche en s'avancent sur le point désigné, la grande ^lace de Metz, Le roi présida en personne à ce mou- 'wemeni. Les choses se fiienl evec tant d'ordre, avec mine rectitude si admirable, que vingt-deux jouis après l^uis XV put réunir autour de lui , a Melz, |ilus de SU, 000 tiODiDies , arlillet-ie , infanterie et cavalerie '. Il donnait la main par sa gauche à t'arniL-e du iiiarùchal de iSoailies , opposé aux Uanovriens et aux Anglais, et par sa droite aux maréchaux de Belle Ulc et de Coigny, chargés de défeodre l'Aleace et la Lorraine.
En face de ce changement de front si parfaitement scconipli , Tarmée du prince Charles de Lorraine dut arrêter son invasion; de Metz, les Français nienafaient les avant-postes im|jériaus en Lorraine; Slrasliourg, protégé par une bonne garnison, plaçait le prince Charles dans la presque impossibilité d'une retraite. En cas de revers, son armée pouvait être
's Je ne puis m'empécher de voua dooner Jus nouveiles de ooL'e v^her roi. Ce digne monarque est arrivé eu celle ville de Metz le 4 d'u- ~vrt]^ à 3 heures après midi ; nous avons vu sou cnirée qui n élé »:oiiip- »ucu8e; les paysans de tous les villages d'alentour de Mcu ëlanl sons les armes, de même que les liourgeois et uiie compagnie de cadets msgniriijuement habillés, qui liaient des marclunds, procureurs et •vocals. Tout ce cortège h beaucoup plu ^uroi. Les rues élaicnl Kaldécs et tapissées; il u pris plaisir à se montrer, lijaiit lait le tour de la vallée; et lorsqu'on criait vioe le roi! il répondait ti)t'« mon peupJc/
KDdant trois jours îtlumi nations partout. " {Lettre piirticulitrf X de Gramnujnt.) M
coupée, abiinée, tandis qae le maréchal de Noaillfl se (irécipilerait sur le flanc et le dos des Autrichic de manière a leur faire mettre bas les armes. Le prince Charles, en prudent capitaine, ordonna donc un mouvement rétrograde sur tout son front. L'Alsace et la Lorraine préservées ne virent plus ni les partisans de Trenck ni les impériaux; la ligne du Rhin fut ainsi reprise par une grande manœuvre exécutée avec ensemble.
Concentré entre Mayence et Luxembourg, le prince Charles reçut de fâcheuses nouvelles qui allaient appeler l'armée impériale sur un autre théâtre. Avant de commencer la campagne contre la coalition , l'Iiabile diplomatie du cabinet de Versailles avait fait sonder Frédéric de Prusse sur ses résolutions dans la guerre qui allait éclater ; comme on avait besoin de son appui , les offres les plus larges lui furent faites par la France ' : a A la Silésie, la Prusse pouvait joindre la Bohême et la Saxe, et le cabinet de Versailles ne mettrait aucun obstacle à ce morcellement de l'Allemagne, m Frédéric, à son tour, avait bien
' K Le ciiactèce de l'cspiît du roi de Prusse ne donnait uucuiii! trunquillitë k la Fraoce nia ses voisins; ses intérêts sont les premiers principes de sa conduite; on s«it qu'il n'a aucune religion, et qu'il ne peut souffrir qu'on euuil, scmoqoant de loulesel ne faisant aucun HCte public dans aucune. U est très curieui des affaires de la cour de France ; il en pénètre tous les secrets : c'était là le premier but qu'il se proposait en se liant avec madauic de Châteauroux el le duc de
RETRAITE DB L'BNNBMI. (1744). 137
aperçu qu'en se rapprochant de la France et de Télecteur de Bavière , empereur sous le titre de Charles VU , il aurait tout à gagner ; des fragments de province devaient lui échoir ; il avait 80,000 hommes d^élite , et partout où il porterait cette niasse il serait sûr d'obtenir de bonnes conditions. Frédéric, sans principe y sans amitié y égoïste pour sa gloire , pour son empire, était dans une de ces positions militaires qu'on peut toujours faire acheter; et ces 80,000 hommes , le roi de Prusse voulait les employer au plus grand intérêt de sa monarchie. Dans cette vue d'agrandissement, il s'était rapproché, par le traité de Francfort , de la Suède , de Charles-Albert et de Téiecteur palatin ; le but de ce traité était d'assurer la couronne impériale sur la tête de Charles VII , même par la voie des armes ^ A cet effet, le roi de Prusse s'était engagé à envahir la Bohême , au moment même où la France ouvrirait la campagne, et c'était là une immense diversion. Imaginez toutes les forces autrichiennes sur le Rhin, et tandis qu'elles luttent péniblement avec les Français, le roi de Prusse
Richelieu, n disait que la France était le seul point des affaires géné- ^^ de rEorope. n fera sa cour à toutes les maîtresses de Louis XY , "*•** d*mie manière si fière, qu'on ne pourra s*en^ apercevoir. »
* Le roi de Prusse fit savoir au ministre de France que sur de junes soupçons il avait fait arrêter sept hommes qu'on avait inter- ^^j et qui avaient répondu avoinrecu Tordre de se rendre au lieu
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^i^t le roi de Prusse, sans savoir à quel dessein, obligés d'exécu*-
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DIVERSION DB FRjSPPllC (1744). 130
de celtç QDuvelle campagne (jgi «'ouvr9 pour ainsi dire au joioiDent ou TAlsace e^t évacuée. Les premiè* re$ opéi'atioos 39 résument dan9 cette retraite admira* bJe du maréchal de Belie-Isle, qui de Prague vint à Eqwuj et d'Egra à Francfort ; il ne fallait laisser dana Tisolement aucun de ces corps détachés qui se séparent de la ligne d'opérations. Une fois cette manœuvre accomplie, ou songe à tous les moyens militaires et maritimes qui peuvent amener le but d'une glorieuse YÎotoiref La mariue un peu négligée sous Fleury a fait d'incroyables efforts , et raliiançe de l'Espagne met è même la France de disposer deux grandes tlotr tft^ ; Tune h Toulon, de vingt-sept vaisseaux sous deux pai/illons, et celle-là livre bataille avec succès à une ftptte anglaise de quarante-six vaisseau)^ de ligne ; Tautreà Brest, de trente-degx vaisseaux de haut bord^ ^ns compter Tarmée d'expédition qui se prépare pour 1^ débarquement du prince Edouard en Angleterre ; 00 réunit toutes les brigades écossaises et irlandaises ^ous le titre d'armée de TOcéan ; généraux et soldats soient déjà de loin les tours de Londres. Puis lesqua** ^^^ armées principales s'organisent sur une vasla
^'^doimaiit ce qu'Us ne pouvaient emporter, pour se Mustraire au gouvernenient tout militaire de Frédéric ^. JLe maréchal Scheweriii ^ ^ui dire : « Si vous comptez ne pas garder cette province, vous ^^ ^rez assez : si vous devez la garder, vous en tirez beaucoup ^P* » Frédéric lui tourna le dos, et depuis il ne lui pardonnu jamais.
échelle ; au midi, les Pyrénées n'ont pas besoin d'être gardées, l'alliance de la France avec l'Espagne les garantit; les côtes de Provence sont à l'abri d'un coup de main, surtout depuis que l'amiral Malthews a été forcé de seradouberâGibrallar. L'armée d'Ilalîe, sous le prince Conli, passe les Alpes à travers les rochers et les pics; elle va faire sa jonction avec les Espagnols; comme devant Toulon les deux pavillons se sont groupés pour combattre les Anglais ; il se rencontre là mille difficultés, car, je le répète, une campagne d'Italie sans la maison de Savoie était périlleuse. La frontière suisse est garantie par la neutralité des cantons, neutralité si bienveillante pour nous depuis Henri IV et ses capitulations militaires. Au nord, l'armée de France, brillante et victorieuse sur le Rhin, vient d'enlever toutes les places ((ui bordent la frontière; elle peut entraîner la neutralité des Hollandais; sur la Meuse jusqu'à Francfort, le maréchal de Noailles manœuvre , et la bataille imprudente d'Lttingen a néanmoins pour résultat de suspendre la marche de l'armée coalisée. Enfin, si le prince Charles envahit un moment l'Alsace, la Lorraine, jusqu'à la Chatnpagne, le mouvement de l'armée royale accourue tout à coup, la conversion parle flanc droit de t'arniéede Flandre arrêtent la pointe offensive des Autrichiens bientôt rappelés eux-mêmes sur leur propre lerrituinpar la marche subite et victorieuse de Frédéi ' Bohôme.
CAMPAGNE De 1744. 141
On remarquera dans cette campagne que par cela seul que le roi va de sa personne dans les batailles , tous les princes raccompagnent, car ils sont les chefs naturels de la noblesse. En Italie, c'est un Conti qui commande en chef, à côté de don Philippe, infant d'Elspagne. En Flandre, le roi est accompagné du duc de Chartres, le fils aine du duc d'Orléans , alors retiré dans la solitude de Sainte-Geneviève; le duc de Chartres a dix-neuf ans ; brillant gentilhomme, il commande la cavalerie ; le duc de Penthièvre est à ses côtés ; le comte de Clermont dirige les opérations de sièges; petit-fils du grand Condé, il a passé sa jeunesse aux fortes études. Sous la tente, il y a une cour où brillent dans tout leur éclat la duchesse de Chéteauroux, la princesse de Modène, dont le mari 8e bat en Italie ; la duchesse de Chartres, la princesse de Conti sont auprès du roi à Tarmée de Flandre; le soir on donne des fêtes et des bals, le lendemain on se bat; tout cela se fait avec la même gaieté.
Les affaires des départements ministériels ne sont P^8 un moment suspendues ; M. Dutheil écrit les dépêches sous la dictée du roi, car on conduit la diplo- 'ï^atie et la guerre en même temps. C'est peut-être ' époque de Fhistoire de France où Ton fit aller et vi- ^^^ simultanément les plaisirs, les négociations et la ffUerre; il y avait à cette époque un esprit éminent et ^^du depuis, la grâce parfaite qui faisait tout àpropos
llî
LOtllS XV.
pour le devoir ou les plaisirs ; un gentillioinme parce qu'il élait brave ne se croyait pas obligé d'être brûlai et mal appris, d'avoir les yeux hagards à faire pour, les moustaches en désordre, les cheveux soles et mal peignés ; il se battait bien sans négliger sa toilette, les formes de la politesse et les convenances ; il croisait le fer avec l'ennemi, mais sans haine et sans ressentiment; il se faisait tuer sans amertume, il aimait à bien tomber, à dire des mots galamment héroïques. L'espril chevalcresques'ctait mainlenu par tradition parmi la noblesse, les héroïsmes de guerre venaient de loin ; il y avait une solidarité de blason entre ces. gentilshommes, ils ne l'oubliaient pas ; le canon ne leur faisait pas plus de peur qu'aux soldats d'une autre époque, mais il ne leur paraissait pas nécessaire d'être malpropres, sans gants et sans dentelles pour ùlre braves; et autant valait mourir en conservanl toute la dignité, toute la politesse de soi; tes Richelieu, les GesVres, les Grammont recevaient un coup de mousquet ou d'épée, en songeant que Dieu et le roi les regardaient et que les dames applaudiraient comme dans les lices, lorsqu'elles verraient revenir leur paM din blessé dans les grandes journées.
MALADiS DU BOI. (1744). l43