LES ESCADRES EN PRESENCE
Il flotte anglaise, plus considérable, avait débarqué lies troupes el des matelots dans le comté de Nice , e[ avec sa vieille expérience, l'amiral de Court jugea (juc ce n^étaît pas la multitude des vaisseaux qui doniiaît toujours la victoire, et que mieux valait eu avoir un nombre plus petit, avec des équipages au complet et des canonniers d'élite. Quand donc Tescadre francoespagnole sortit de la rade de Toulon, elle comptait vingt-cinq vaisseaux de haut bord, dix-sept frégates et vingt-deux bâtiments légers, bricks et goélettes, destinés à surveiller les mouvements de l'ennemi. Beau spectacle que le départ de cette flotte qui, des côtes de Provence, allait intrépidement chertlier l'Anglais ; ses soubaits furent accomplis , et bientôt la formidable armée navale de l'amiral Matlliews se déploya magniûque à sa face. Cette flotte anglaise comptait quarante-sept vaisseaux de baut bord , peu de frégates, des brûlots de guerre et une multitude de petits navii-es. Ainsi Mallhews avait la moitié plus de vaisseaux de haut bord, mais leurs tkjuipages n'étaient pas au complet, et le débarquement des canonniers laissait du vide dans les batteries; il aurait mieux valu que l'amiral anglais se ré-
Ba tète, s'est couverte de gloire. La bravoure et la présence d'esprit «le M. lie Clievert ont principalement décidé de J'avantage. Je tous recoDunande M. de Solemi et le' chevalier de Modèae. La Carte a élà tué ; Votre Majesté, qui conuail le prix de l'amitié, sent combien j'en suis loucbé. u
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duislt à Ireote vaisseaux, avec des équipages d'élite On vit ainsi vingt-sept vaisseaux sous le pavillocv franc(^espagnol aux prises avec quarante-sept vai^ seaux ennemis, qui portaient le pavillon britana^que ; on se battit avec une intrépidité rare p^nr grandes évolutions et à Tabordage, et il y eut e^ ^\ d^admirable dans cette bataille navale , que I <«^s Anglais ne firent pas amener un seul pavilloQ. L^^amiral Matthews ne put tenir la mer et fut obli^K^ d'aller se radouber à Gibraltar; la Méditerranée restsBsit donc au pouvoir des Français, la flotte formidable --^o qui le gouvernement britannique mettait sod h jpui se retirait en toute hâte, et la campagne d'IiàWJe se continuait sans son concours. C'était beau pour Je début de la marine de France.
Ce combat naval devant Toulon excita un vif et pro' fond enthousiasme dans toutes les partiesde la France'; il précéda le manifeste du cabinet de Versailles , dé« darant enfin hautement la guerre au roi de la Grande* Bretagne et à la reine de Hongrie; les hostilités existaient depuis si longtemps , Torage s'était formé lentement, on pouvait le voir poindre et se développer à rhorizon; il éclata terrible. L'usage était d'accompagner la déclaration de guerre d'un manifeste qui annonçait les causes et les mobiles des hostilités ^. En
^ Le comiNit devant Toulon eut Ueu le 32 léyrier 1744. * Affaires étrangères (1743-1744).
DECLARATION DE GUERRE {ï7i4).
nrmant, le roi devait nioatrer au peuple la eiocérilé de ses motifs et la loyauté de sa cause.
En Angleterre, les hostilités s'annonçaient par une communication au parlement ; eu France, par un manifeste de guerre adressé à la nation : a Dès le conimeucenient des troubles qui se sont élevés après la mort de l'empereur Gfiarles VI, disait Louis XV, le roi n'a rien omis pour faire counaître que S. M. ne désirait rien avec plus d'ardeur que de les voir promptemeot apaiser par un accommodement équitable entre les parties lielligérantea. La conduite qu'elle a tenue depuis o suffisamment montré qu'elle persistaitconstamment dans les mêmes dispositions ; et S. M. voulant bien ne former pour elle-même aucune prétention qui pût mettre le moindre obstacle au rétablissement de la tranquillité de l'Europe, ne comptait pas d'être obligée de prendre part à la guerre, autrement qu'en fournissaut à ses alliés les secours qu'elle se trouvait engagée à leur donner. Des vues aussi désintéressées auraient bientôt ramené la paix , si la cour de Londres avait pensé avec autant d'équité et de modération , et si elle n'eut consulté que le bien et l'avantage de la nation anglaise; mais le roi d'Angleterre, élecleur d'IIannower, avait des intentions bien opposées , et on ne fut pas longtemps à s'apercevoir qu'elles ne tendaient qu'à allumer une guerre générale. Non content de détourner la cour de Vienne de toute idée de conciliation et de nourrir son auimosil4
par les conseils les plus violents , il n'a elierclié q provoquer la France en faisant troubler partout i commerce maritime, au mépris du droit des gens et des traités les plus solennels. La convention d'Hannowerdu mois d'oclobre^74-l semble cependant devoïrJ rassurer S. M. sur la continuation de pareils excès; Ifl^ roi d'Angleterre , pendant le séjour qu'il fit dans ses états d'Allemagne, parut écouter les plaintes qui lui furent portées et eu sentir la justice ; il donna sa parole royale de les faire cesser, et il s'engajjen formellement à ne point troubler les alliés du roi dans la poursuite de leurs droits; mais à peine fut-il retournéà Londres, qu'il oublia toutes ses promesses, et aussitôt qu'il fut certain que l'armée du roi quittait entièrement la Westplialie, il fit déclarer par ses ministres que la convention ne subsistait plus et qu'il s'en tenait dégagé. Alors il se crut dispensé de tout ménagement; ennemi personnel de la France, il n'eut plus d'autres vues que de lui en susciter partout; cet objet devint le point principal de ses instructions à sesniioistres. Dans les colonies de l'Europe, les pirates des vaisseaux de guerre anglais se multiplièrent avec cruauté et barbarie; les ports du royaume ne furent plus môme uo asile contre leurs insultes ; enfin les escadres anglaises ont osé entreprendre de venir bloquer le port de Toulon , arrêtant tous les bâtiments , s'emparant de toutes les marebandises qu'ils portaient, enlevant même lei recrues et les munitions que S. M. envoyait ds
MAHIPESTE COMTliE'L'Aft'ÔLËTERRE {ÏtT*). Ut
{ilaces. Tant d'injures et d'outrages répétés ont enfiu lassé la patience de S. M. ; elle ne poui-rait les supporter plus longtemps sans manquer à la proteclioa qu'elle doit h ses sujets, à ce qu'elle doit à ses alliés, à ce qu'elle se doit ù elle-même , à sou honneur et à sa gloire. Tels sont les justes niolifs qui ne permet* tent plus à S. M. de rester dans les bornes de la modération qu'elle s'était prescrite, et qui la forcent de déclarer la guerre par la présente, par terre et par nipr, ou roi d'Angleterre, électeur d'Hannower. Ordonne et enjoints. M. à tous ses sujets, vassaux et serviteurs de courre sus aux sujets du roi d'Angleterre, électeur d'Hannower ; leur fait très expresses inhibitions et défenses d'avoir ci-après avec eux aucune r-ommunicalion , commerce ni intelligence, à peine de la vie, et en conséquence, S. M. a, dès à présent, lévoqué etrévoque toute permission, passe-ports, sau ve-gardes et sauf-conduits qui pourraient avoir été accordés par elle ou par ses lieutenants-généraux et autres of&cïers, contraires h la préseule; et les a déclarés el déclare nuls et de nul effet et de valeur, iL'fendanlà qui que ce soit d'y avoir aucun égard. »
Tout était dit niainlenanl; la guerre officiellement iléelai'ée, il n'y avait plus à hésiter dans le dévelop- |)ement des forces; il fallait prendre les grands moyens militaires qui pouvaient amener la victoire. Depuis un un , tout se préparait à donner un vigoureux coup de main dans la campagne qui allait s'ouvrir; le plan
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élait a la fois offensii et défensif. Il venait d'entrer déparlement de la guerre uae capacité d'organlsatit remarquable, M. d'Argenson ' ; et le coQtrô leur-général Orry se dévoua complétemeut à Tœuvre d'une vaste guerre eu fournissant tous les moyens de l'accomplir. Le roi d'abord devait se mettre à la tôle de la principale armée, celle qui prendrait Toffensive en Flaudre"; composée de bonnes troupes, de régiments d'élite, sauf les gardes-françaises et suisses , incorporées dans l'armée du maréchal de Noailies. Celte armée de Flandre , qui devait frapper de si vigoureux coups , restait en communication avec le maréchal deNoailles parla Meuse ; celui-ci marcLaot de concert lui-même avec l'armée du maréchal de Coigny en Alsace; le prince de Conti recevait plein pouvoir pour conduire les troupes d'Italie avec l'infant don Philippe. EnCn, un corps de 27,000 hommes, qui prenait le nom d'armée des côtes de l'Océan, devait débarquer le prince Edouard en Ecosse et opérer uitisi une révolution favorable à la cause des Stui
' Marc-Pierre de Voyer, comle d'Ai^enson, ëuit frère du qtiis d'Argenson, ministre des alTaires étrangères. Ilëlaitné le 16: 1G9G.
* Le roi Louis XV, l'an 1144, met quatre armées sur pied : un« en Provence , deux en Flandre, et une quiilriëne sur le Rliin ; la première est cummundëe par le prince de Couli ; la deuiièue par IB maréchal de Noaillcs; la troisième par le comte de Suie, créé mare' cha), et la quatrième pur le maréchal de Coigny.
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