‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 191 sur 249 · INUTILITE DE L'EXPULSION · texte numérisé non relu

INUTILITE DE L'EXPULSION

jamais l'idée de s'opposer par la force à une domination qu'ils subissaient depuis un demi-siècle.

Leur conduite démontre leur entière bonne foi, fait ressortir leur parfaite loyauté. Plus habiles, moins confiants dans la pureté de leurs intentions, dans la droiture des fonctionnaires anglais, ils se seraient résignés aux quelques mots dont on faisait dépendre leur destinée. La prestation du serment modifié n'eût changé en rien leurs sentiments intimes à l'égard des Anglais, et n'eût pas ajouté à la sécurité du gouvernement britannique. Une obéissance absolue eût-elle sauvé les Acadiens? Cela est fort douteux; à en juger par le refus de recevoir la soumission tardive des députés des Mines, par le prétexte hypocrite invoqué pour motiver ce refus, il n'est guère probable que l'acceptation du texte officiel eût permis aux malheureux d'échapper au sort qui leur était réservé.

Nous devons enfin nous demander si la déportation fut un avantage pour la cause anglaise. Les faits se chargent de répondre. Le gouverneur ne put trouver des colons pour cultiver les terres abandonnées; les miliciens de la Nouvelle-Angleterre, que l'on avait espéré retenir, refusèrent l'établissement qu'on leur proposait, et ce ne fut que Ijuatre ou cinq ans après le départ des anciens habitants , que des émigrants anglo-saxons vinrent les remplacer. Pendant presque toute la durée de la guerre, les garnisons anglaises de la baie de Fundy furent privées des ressources que leur aurait offertes le voisinage des villages français, et furent harcelées par les attaques des fugitifs, dont les procédés du gouverneur britannique avaient changé l'apathie pacifique en haine et soif de revanche.

En résumé, l'expulsion des Acadiens fut une cruauté inutile; pour le gouvernement du roi George, elle restera une charge bien lourde; pour la mémoire de Lawrence, elle constitue une tache indélébile.

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