FRÉDÉRIC ET SES SUCCESSEURS
pour les règles de la bonne foi et de la morale publique ; le préjugé n'existe pas pour lui, il le foule sous ses pieds, et justifie à ses propres yeux le cynisme de ses actes par la raison d'État.
« Vous verrez dans cet ouvrage, écrivait Frédéric en 1746 (1) , des traités faits et rompus, et je dois vous dire à ce sujet que nous sommes subordonnés à nos moyens et à nos facultés ; lorsque nos intérêts changent , il faut changer avec eux. Notre emploi est de veiller au bonheur de nos peuples; dès que nous trouvons donc du danger ou du hasard pour eux dans une alliance , c'est à nous de la sacrifier plutôt que de les exposer. En cela, le souverain se sacrifie pour le bien de ses sujets. »
Sa politique de résultats, il l'a léguée aux héritiers de sa couronne , il l'a dictée comme ligne de conduite à ses successeurs. Ces derniers ont appliqué avec succès les maximes de leur ancêtre. Si, malgré leur bonne volonté, ils n'ont pu développer tous les talents de leur devancier, il faut reconnaître qu'ils ont su , comme lui, subordonner les considérations morales aux nécessités de leur ambition, et qu'ils l'ont dépassé de beaucoup, dans l'art de faire accepter par l'opinion des procédés qui paraissent, au premier abord, difficiles à concilier avec les notions générales de l'équité et de la justice.
(I) Avant-propos de l'Histoire de Frédéric II, écrit par le roi, page 343.