‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 49 sur 249 · RUPTURE ENTRE LA FRANCE ET L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

RUPTURE ENTRE LA FRANCE ET L'ANGLETERRE

en avaient reçu deux lettres fort polies , dans lesquelles il leur dit, entre autres choses, qu'il rendra toujours justice à la candeur avec laquelle ils ont agi avec lui. M. l'ambassadeur est un peu sujet à parler un jour d'une façon, et Tautre jour de l'autre. »

Celui-ci se borna, en effet, à prendre congé des ministres anglais par des billets conçus en termes courtois. Newcastle lui répondit sur le même ton (1). « Jamais n'ai-je eu à traiter avec un ministre de votre droiture, de votre politesse, de votre façon noble d'agir, et je me flatte que Votre Excellence est également contente de moi, »

Mirepoix quitta définitivement Londres le 22 juillet. « Il a payé très généreusement , écrit le chargé d'afïaires d'Autriche, Zohrern, il a acquitté son loyer de 400 guinées, quoiqu'il n'eût occupé son hôtel que deux mois. >->

Le bon accueil qu'il reçut à Gompiègne (2), et les faveurs dont il fut l'objet quelques mois après, donnent lieu de croire que notre diplomate ne fut pas rendu responsable d'événements qu'il avait fait tout au monde pour éviter, et de l'échec de négociations pour lesquelles il n'avait été, la plupart du temps, qu'un simple intermédiaire.

Les pourparlers qui précédèrent la rupture entre la France et l'Angleterre ne firent honneur ni à l'un ni à l'autre de ces pays. Le gouvernement de Louis XV était trop irrésolu pour ne pas se prêter au jeu d'outre-Manche. Il reste sourd aux avis qui lui parviennent de tous côtés sur les véritables desseins des Anglais, se laisse amuser par des conférences à l'issue desquelles il ne croit plus, ne sait pas mettre plus de vigueur dans ses paroles que de suite dans ses actes, ne s'efforce pas de conjurer le péril qui le

(1) Newcastle à Mirepoix, 24 juillet 1755.

(2) Mirepoix fut nommé, le 23 octobre 1755, à la lieutenance générale de Languedoc et au commandement de cette province; en septembre 1756, capitaine des gardes du corps, et le 25 février 1757, maréchal de France. Il mourut le 25 septembre 1757.

menace, et tout en soupçonnant la mauvaise foi de son adversaire, ne fente aucun effort, ne prend aucune disposition pour en tirer vengeance. Incapable d'accepter en temps utile des conditions qui eussent assuré la paix, la cour de Versailles n'a pas la prudence de prévoir la guerre, devenue presque certaine. Elle espère, contre toute probabilité, une solution pacifique , et dans cette attitude oiseuse laisse échapper, avec l'occasion d'agir, une bonne part de son autorité et de son prestige.

Plus on est faible à Paris, et plus on invoquera les droits de la couronne et la grandeur du roi. La monarchie française , sous la direction débile de son triste souverain , est déjà en décadence ; mais elle conserve encore devant l'Europe, et surtout à ses propres yeux, les traditions et les décors d'un pouvoir dont elle n'a plus la réalité. Les ministres de Louis XV voudraient tenir le langage que son aïeul inspirait à leurs prédécesseurs; mais de la politique du grand roi, ils n'ont gardé que l'orgueil exagéré et l'obstination aveugle, qui causèrent les désastres de la fin de son règne. Ils refusent à l'Angleterre les sacrifices que demande cette puissance, non parce que l'intérêt de la France est sérieusement engagé dans la possession de territoires inhabités au fond de l'Amérique, mais parce que cette concession serait considérée comme un amoindrissement de la souveraineté du roi, comme une atteinte à sa dignité. L'intransigeance dans les rapports avec l'étranger ne se justifie que par la victoire, ou tout au moins par les mesures prises pour accroître le plus possible les chances de succès. La cour française ne sut appuyer les prétentions que lui soufflait sa vanité ni par l'énergie de ses décisions, ni par l'activité de ses préparatifs, ni par le triomphe de ses armes. C'est à bon droit qu'elle porte devant l'histoire la responsabilité de fautes qui entraînèrent la perte de son empire colonial, et la déchéance de son influence en Europe.

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