‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 48 sur 249 · DÉCEPTION A LONDRES · texte numérisé non relu

DÉCEPTION A LONDRES

M. de Rostaing, commandant en second des troupes de terre , qui fut tué , et une centaine d'hommes tués et blessés. Les Anglais, d'après un rapport de Boscawen, n'eurent que sept tués et vingt-sept blessés.

Le Lys fut rejoint, vers les six heures, par trois vaisseaux anglais et forcé d'amener son pavillon ; quant au Dauphin Royal, meilleur marcheur, il put s'échapper et gagner le port de Louisbourg. Les Anglais trouvèrent à bord de leur prise 4.00 hommes, appartenant aux bataillons des régiments de Languedoc et de la Reine, et près de 200,000 livres en espèces, dont une partie disparut, après un pillage dont les officiers français et anglais se renvoyèrent la responsabilité (1).

A la suite du combat du 10 juin, l'amiral Boscawen établit sa croisière devant le port de Louisbourg, et fit la chasse à tous les navires de commerce français rencontrés dans ces parages. Les bâtiments ainsi capturés furent déclarés de bonne prise et vendus à Halifax (2). Le chef d'escadre, Périer de Salverte, avait pu entrer à Louisbourg et y débarquer les deux bataillons qui devaient renforcer la garnison ; le reste du convoi aux ordres du chef d'escadre Dubois de la Motte remonta le Saint-Laurent, et déposa à Québec les troupes destinées au Canada.

A Londres, les nouvelles d'Amérique reçurent un accueil des plus froids ; la note dominante chez le public fut un sentiment de déception. Le ministère anglais comptait sur la capture de toute l'escadre de Dubois de la Motte, et pensait que la perte infligée à la France compenserait, au point de vue pratique, le mauvais effet moral de l'agression. L'at-

(1) D'après l'amiral Boscawen, le pillage aurait eu lieu avant la prise de possession par les Anglais ; d'après M. de Lorgeril, l'argent disparu aurait été approprié par les matelots et même par les officiers anglais. Le commandant du Lys cite les noms de deux officiers des vaisseaux anglais Défiance et Fougueux , qui auraient été jugés et cassés pour fait de pillage.

(2) Lawrence aux Lords of Trade. Halifax, 25 août 1755.

taque avait eu lieu, le conflit devenait inévitable, mais le succès remporté était insignifiant et n'avait pas entravé l'arrivée en Amérique des renforts expédiés à Louisbourg et au Canada. « Je \iens de recevoir de lord Anson, dit Hardwicke (1) , la lettre particulière que l'amiral Boscawen lui adresse à la date du 21 juin. Nous avons fait ou trop ou trop peu ; le désappointement que cause cette nouvelle me chagrine beaucoup. »

(( Ce pauvre Boscawen , écrit Newcastle (2) , n'a pas eu de chance; il n'a pris que deux vaisseaux; d'autres se sont échappés à la faveur du brouillard. Nous ne savons pas où est allé le reste de l'escadre. Probablement le gros des troupes et l'amiral ont remonté le Saint-Laurent. Malheureusement ce genre d'accident ne peut être évité. »

Le comte de Perron , ministre de Sardaigne , décrit l'état des esprits à Londres dans les termes suivants (3) : « Cette nation , qui demandait la guerre ci-devant à cor et à cri, parait aujourd'hui très fâchée de se voir à la veille d'une rupture. Tout le monde convient qu'on a fait trop et trop peu, et que l'on s'est engagé mal à propos, et on est de fort mauvaise humeur. »

Mirepoix, pendant les derniers jours de son séjour à Londres, ne put s'empêcher d'exhaler sa colère contre les ministres anglais ('i-), qui l'auraient berné au sujet des instructions données à l'amiral Boscawen. « Le duc de Newcastle , écrit de Perron (5) , était réellement au désespoir de ce que le duc de Mirepoix l'accusait de l'avoir trompé; mais je m'imagine qu'il est consolé à l'heure qu'il est, le chevalier Robinson m'ayant dit hier que Milord et lui

(1) Hardwicke à Newcastle, 14 juillet 1755.

(2) Newcastle à Holdernesse, 15 juillet 1755.

(3) De Perron au roi de Sardaigne, 17 juillet 1755. Confidential Miscellaneous. Record Office. Londres.

(4) Hop à Hop, 22 juillet 1755. Record Office. Londres,

(5) De Perron au roi de Sardaigne, 24 juillet 1755. Record Office. Londres.

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