‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 52 sur 249 · POLITIQUE CONTINENTALE DE L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

POLITIQUE CONTINENTALE DE L'ANGLETERRE

tages seraient d'autant plus grands , que l'Angleterre , en précipitant les événements, ne laisserait pas à la France le temps de faire passer des renforts au Canada et de reconstituer sa ilotte. Ce furent des considérations de cet ordre, qui dictèrent au ministère du roi George le refus des propositions d'armistice que lui fit la cour de Versailles.

Mais s'il était facile de pousser les hostilités en Amérique et de conserver la supériorité sur mer, le gouvernement de la Grande-Bretagne, et plus spécialement son roi, voyaient parfaitement le côté vulnérable de leur position. Inférieure sur mer et au Nouveau Monde , la France s'efforcerait d'intéresser à sa querelle d'outre-mer l'Espagne, maîtresse de la plus grande partie de ce continent, et engagée avec l'Angleterre dans des conflits que le voisinage faisait fréquemment surgir. En Europe, elle essayerait d'opérer une diversion en attaquant ou en faisant attaquer par ses alliés les États allemands du roi George.

Mue par ces craintes, influencée par les sentiments personnels du monarque , la cour de Saint-James chercha dès l'année 1754, c'est-à-dire avant que les dissentiments avec la France fussent entrés dans la phase aiguë, à obtenir de l'Espagne une attitude bienveillante, à activer les pourparlers déjà entamés avec la Russie, pour un traité de subsides, qui mettrait à la disposition de la Grande-Bretagne un corps d'armée considérable , à prendre à la solde du roi George les troupes des petits princes allemands du Nord, à renouveler les conventions de même nature passées avec la Saxe et la Bavière , et enfin à resserrer les liens de l'union contractée avec les Provinces -Unies et l'Autriche-Hongrie pour la défense des Pays-Bas. Isoler la France sur mer et sur terre, garantir de toute entreprise le Hanovre par l'appel des contingents allemands et autrichiens , interdire aux Français l'entrée des Pays-Bas par la remise en vigueur du traité des Barrières , obliger le roi de Prusse, seul ami de la France, à garder la neu-

Iralité par la menace d'une invasion des Russes : tel fut le plan de politique européenne tout d'abord poursuivi par le gouvernement anglais.

En Espagne , une révolution de palais adroitement menée assura la prépondérance de l'influence britannique. Le général Wall , venu de la légation de Londres pour remplacer Carvajal comme ministre d'État, était, malgré son origine irlandaise, dévoué à l'Angleterre. Il se trouva, à son arrivée à Madrid, ainsi que son collègue le duc d'Huescar, en opposition avec le marquis d'Ensenada, très favorable <\ l'alliance française. Leur rivalité, malgré les efforts du duc de Duras, ambassadeur de France, pour effectuer une réconciliation, amena la chute d'Enseîiada, qui donna barre sur lui en outrepassant ou faussant les ordres du roi, au sujet d'un différend intervenu avec les Anglais sur la côte d'Honduras.

Cette erreur^ habilement exploitée contre lui par l'envoyé anglais, Benjamin Keene, fut aggravée dans l'esprit de Leurs Majestés Catholiques par la découverte de négociations secrètes avec la cour de Naples, et d'intrigues avec les Jésuites du Paraguay, que le ministre espagnol encourageait sous main à résister aux conditions du traité récemment conclu avec le Portugal.

La correspondance de Newcastle indique à la fois l'intérêt qu'il attachait à une bonne entente avec l'Espagne, et la familiarité des rapports qu'il avait noués avec l'ancien ambassadeur pendant son séjour à Londres. A la nouvelle de la disgrâce d'Ensenada, il ne se possède plus de joie. « Le roi m'a ordonné, écrit-il à son ami (1), de vous mander : « Dites à Wall le plaisir que je ressens ; il a fait tout ce qu'il m'a promis; je l'ai d'ailleurs toujours pensé d'après la dernière conversation que j'eus avec lui. » Après cela, ajoute Newcastle, il serait superflu de vous dire da-

(1) Newcastle à Wall, 14 août 1754.

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