‹ Louis XV, et le renversement des alliancesChapitre 53 sur 249 · SITUATION EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

SITUATION EN ESPAGNE

vaiitage ». Keene (1) reçoit sa part des élog-es : « Vous avez coupé par la racine toutes les intrigues françaises et toutes les influences que la France avait en Espagne »...

Au ministre anglais le général Wall répond (2) sur le même ton d'intimité : (( Nous avons bu , M. Keene et moi , d'excellent bordeaux à la santé de Sa Majesté (Britannique) et de la famille royale. » — Puis il ajoute en anglais : « Nous nous sommes souvenus bien des fois de vos grâces (3) , le ruban (4) fait très bien sur les épaules de mon ami; Billy, le gaulois (5), a été frappé et abattu ; mon maître s'en est aperçu et n'en a pas été fâché. »

On pouvait tout attendre d'un homme d'État aussi bien disposé. Aussi ne serons-nous pas surpris de voir la cour de Madrid rester sourde à toute proposition d'entente de la part de celle de Versailles, et conseiller â cette dernière un accommodement avec l'Angleterre. Quant au roi George, il put, sans crainte d'être contredit, déclarer dans son message au Parlement, du li novembre 1754 : « J'ai reçu dernièrement de mon bon frère, le roi d'Espagne, les assurances les plus fortes de sa ferme intention d'entretenir avec moi des relations d'amitié et de confiance. » Cependant, malgré ce langage si cordial, les litiges de l'Angleterre avec l'Espagne à la baie d'Honduras ne sont pas encore réglés. Aussi Newcastle reprend-il la plume avec son efîusion ordinaire (6) : « Mon cher ami, il faut que vous trouviez un moyen d'arranger l'incident qu'Ensenada

nous a valu autrement on n'aura plus confiance en

nous, on ne nous croira pas ici, et votre crédit en souffrira partout... Pour l'amour de Dieu, ne fournissez pas le pré-

(1) Newcastle à Keene, 15 août 175i.

(2) Wall à Newcastle, 25 septembre 1754.

(3) Le duc et la duchesse de Newcastle.

(4) Keene venait de recevoir le grand cordon rou^e de l'ordre du Bain.

(5) Allusion probable au duc de Duras, ambassadeur de France.

(6) Newcastle à Wall, 26 janvier 1755.

texte de dire que les événements démentent les paroles du roi. Nous n'oublierons pas de boire à votre santé; nous vous aimons tous, nous nous aimons les uns les autres. La duchesse de Newcastle vous fait cent mille compliments. A propos, j'oublie de vous remercier de votre conversation (1) avec Duras sur nos affaires. »

L'ambassadeur de France, le duc de Duras, remuant, actif, mais de caractère quelque peu brouillon, fit tout au monde pour décider le roi d'Espagne à prendre fait et cause pour son cousin, le chef de la maison de Bourbon, La tâche n'était pas facile. « Le ministre d'État (Wall), écrit-il (2), est livré à nos ennemis. Mais sa lég-èreté et son audace à se montrer partisan aussi zélé d'une cour étrangère peuvent nous en délivrer. 11 ne s'arrêtera pas qu'il ne soit venu à bout de lier sa cour intimement avec celle de Londres ». Il est soutenu par le duc d'Huescar dévoué à ralliance autrichienne , et par la reine , « qui trouve en lui les principes qu'elle a toute sa vie adoptés ».

Malgré son attachement à la maison royale de France , le roi ne fait rien sans prendre l'avis de la reine. Malheureusement, sa santé est aflectée. « Il parle tout seul (3), se promène dans sa chambre en gesticulant beaucoup, souvent ne veut pas se lever; à table , il se met à chantonner et à siffler. » Pour peu que Huescar continue , « il le rendra fou tout à fait. » Duras fait une triste description de la cour de Madrid (4) : « Quatre secrétaires d'État gouvernent l'Espagne et n'ont entre eux aucune communication; chacun d'eux travaille séparément avec le roi ;

l'autorité se trouve partagée à la cour entre la reine et le père confesseur. Le roi, incertain entre deux personnes qui

(1) Allusion à une audience où Wall avait pris la défense des agissements des Anglais.

(2) Duras à Rouillé, 7 janvier 1755. Archives des Affaires Étrangères.

(3) Duras à Rouillé, 25 janvier 1755.

(4) Duras à Rouillé, 13 février 1755.

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