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LES PETITS CABINETS DU ROI 3x3
toit que L'on a bouchées », faisait en 1742 un salon d'assemblée pour le petit appartement, tout voisin, de Mme de Mailly. 11 servit, à d'autres moments, aux soupers des jours de chasse, dont la dépense était faite par un cuisinier spécial. J.-F. de Troy et Lancret avaient peint, en ij'35, pour la salle à manger des petits appartements, deux toiles célèbres, aujourd'hui au château de Chantilly, le Déjeuner d'huîtres et le Déjeuner de jambon1.
Il est assez curieux de trouver chez le Roi ces joyeuses compositions, où se marque si librement la sensualité gastronomique de l'époque. Ces sujets, dont l'un représente des seigneurs dans « une salle magnifiquement décorée », et l'autre, « une partie de jeunes gens à table, faisant la débauche,... sur un fond de paysage », ne donnent assurément point une idée des élégants soupers de Versailles, où Sa Majesté conviait ses compagnons de plaisir et quelques courtisans favorisés.
Parmi les témoignages qui les évoquent, choisissons
peint en vert de l'ancienne salle à manger du roi », « lanterne de la petite pièce verte aux appartements du roi ». La description de Piganiol fournit quelques détails sur la salle à manger : « Cette salle est éclairée par des fenêtres garnies île glaces et par quatres petits dômes, qui ont chacun quatre faces aussi garnies de glaces. Les peintures sont encadrées dans une magnifique boiserie sculptée, vernie en couleur de vert clairet accompagnée de tous les attributs de la chasse. » C'était bien, d'après les' plans manuscrits, la pièce d'angle qui fait suite à la galerie. Il n'y a pas à l'identifier avec celle qui a servi plus tard de salle à manger des Cabinets (registres des magasins, décembre 1767 : « ancienne salle à manger du roi adossée à la petite galerie ») et qui jouera le même rôle dans l'installation de Mme du Barry. Cette dernière pièce peut du moins donner une idée de ces décorations anciennes en vernis.
1. Le Déjeuner d'huîtres et ItDéjeuner de jambon furent payés à De Troy et à Lancret 2400 livres (Engerand, Inventaire des tableaux commandes par les Bâtiments du roi, 461 et 263.)
le récit que faisait M. de Croy de son premier souper chez le Roi, faveur qu'il obtenait par Mme de Pompadour, « ayant appris que l'on n'y avait guère d'accès que par la marquise ». Ces intéressants souvenirs sont de 1747 :
Le 3o janvier, ayant chassé à l'ordinaire, le Roi me marqua sur sa liste que l'huissier lisait à la porte. On entrait à mesure par le petit escalier et on montait dans les petits-cabinets. J'y soupai donc pour la première fois à Versailles, car il y avait sept ou huit ans que j'y avais soupe deux fois de suite à la fin d'un voyage à Fontainebleau.... Étant monté, l'on attendait le souper dans le petit salon; le Roi ne venait que pour se mettre à table avec les dames. La salle à manger était charmante et le souper fort agréable, sans gène. On n'était servi que par deux ou trois valets de la garde-robe, qui se retiraient après vous avoir donné ce qu'il fallait qu'on eût devant soi. La liberté et la décence m'y parurent bien observées. Le Roi était gai, libre, mais toujours avec une grandeur qui ne le laissait pas oublier.
Il ne paraissait plus du tout timide, mais fort d'habitude, parlant très bien, se divertissant beaucoup et sachant alors se divertir. 11 paraissait fort amoureux de Mme de Pompadour, sans se contraindre à cet égard, ayant toute honte secouée et paraissant avoir pris son parti, soit qu'il s'étourdît ou autrement....
Il me parut que ce « particulier » des cabinets ne l'était pas, ne consistait que dans le souper et une heure ou deux de jeu après le souper, et que le véritable « particulier » était dans les autres petits-cabinets, où très peu des anciens et des intimes courtisans entraient....
Nous fûmes dix-huit serrés à table.... Le maréchal de Saxe y était, mais il ne se mit pas à table, ne faisant que dîner.... On fut deux heures à table avec une grande liberté et sans aucun excès. Ensuite le Roi passa dans le petit salon ; il y chauffa et versa son café, car personne ne paraissait là. Il fit une partie de comète avec Mme de Pompadour, M. de Coigny, Mme de Brancas et le comte de Noailles.... Le reste de la compagnie fit deux parties. Petit jeu. Le Roi ordonnait à tout le monde de s'asseoir, même ceux qui ne jouaient pas. Je restai appuyé sur l'écran à le voir jouer, et Mme de Pompadour le pressant de se retirer et s'endormant, il se leva à une heure et lui dit à demihaut, ce me semble, et gaiement : « Allons, allons nous coucher! » Les dames firent les révérences et s'en allèrent, et lui fit aussi la révérence et s'enferma dans ses petits-cabinets; et nous tous nous descendîmes par le petit escalier de Mme de
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Pompadour où donne une porte, et nous revînmes par les appartements à son coucher public à l'ordinaire, qui se fit tout de suite.
Ainsi se passa la première fois que je soupai dans les « cabinets » à Versailles; et tout cela m'ayant paru simple et bien suivant le grand monde, et que je pouvais en être sans me mêler ni rien faire de mal, je résolus de m'y attacher assez et de faire ce qu'il faudrait pour y être admis de temps en temps... et de ne pas trop m'y abandonner non plus, pour ne m'y pas laisser emporter au torrent1.
Dans les petits-cahinets, Louis XV était en son privé autant que peut l'être un simple particulier. C'était le coin de Versailles qu'il s'était réservé de préférence, qu'il disposait à son goût et où il aimait à vivre, sûr de n'y être jamais importuné. Il n'y conviait que fort rarement ses enfants eux-mêmes. On le voit en 1745 faisant les honneurs des curiosités rassemblées dans cette partie fermée de Versailles à la première Dauphine, qu'il cherchait à mettre à l'aise avec lui : « Il lui a proposé deux ou trois fois, dit Luynes, de venir voir ses petits appartements ; on prétend qu'elle a manqué deux fois de se rendre aux heures qu'il lui avaient données. Ce qui est certain, c'est qu'il n'y a que peu de jours que le Roi lui a montré ses petits appartements. »
Certains inconvénients résultaient de la multiplicité des escaliers, des issues toujours plus nombreuses, des passages difficiles à garder et du petit nombre des gens de service. On y montait aisément des cours intérieures, qui étaient à peu près publiques à cause des appartements du rez-de-chaussée qu'elles desservaient.
On pouvait s'introduire aussi par l'escalier de l'attique des grands appartements. Le fait se produisit