CHEZ MADAME DE MAILLY ET MADAME DE CHATEAUROUX
L'étude des petits-cabinets de Louis XV conduit à celle des logements des maîtresses, qui en furent longtemps une dépendance. Le sujet mérite d'être traité Drièvement et dégagé d'une quantité d'erreurs, dont l'encombrèrent les anecdotiers d'autrefois et beaucoup d'historiens plus graves.
Les premiers textes mentionnent un appartement fait à proximité de ceux de Louis XV pour la comtesse de Mailly, qu'il voyait jusque-là à la Meutte (la Muette), à Madrid et dans les petits-cabinets. M. d'Argenson parle d'un projet de commodités définitives, dès le mois d'août 1 741 , mais avec l'incertitude d'un homme qui ne vit pas à la Cour et qui veut cependant avoir l'air d'être informé de tout ce qui s'y passe. Il note les menus détails qu'on lui rapporte :
Mme de Mailly a une chaise à porteurs de même vernis que les cabinets du Roi. Elle s'échappe par des portes secrètes. Les cabinets du roi ont cent issues pour éviter le scandale'.
1. Voir le récit de 1736 du marquis d'Argenson : « Les entresols et petits cabinets du roi ont cent issues, etc. » (I, 220, 232).
3i8 CHEZ MADAME DE MAILLY
Le duc de Luynes s'occupe de l'affaire avec plus de précision, le 19 octobre suivant, quarante jours après la mort de Mme de Vintimille :
On accommode actuellement un logement au-dessus de la petite galerie du Roi, que l'on dit être pour M. de Meuse.
Le marquis de Meuse était un des courtisans les plus familiers et celui qui avait le mieux servi la liaison royale. Les soupçons que pouvait avoir M. de Luynes étaient fondés. Il écrit en effet, deux jours après :
Cet appartement est presque fini, et le Roi doit y souper la semaine prochaine. Il y a quelque temps le Roi, étant avec M. de Meuse et Mme de Mailly, demanda à M. de Meuse s'il était content de son logement et s'il ne lui ferait point plaisir en lui en donnant un autre, ajoutant que la chambre qu'il avait actuellement était triste et n'avait pas beaucoup de jour. M. de Meuse répondit qu'il recevrait toujours avec reconnaissance les bienfaits du roi. Le roi lui dit : « Je veux vous en donner un au-dessus de ma petite galerie. »
M. de Meuse se confondit en remercîments et dit que sa reconnaissance était d'autant plus grande qu'il serait bien près des cabinets de Sa Majesté. Le Roi lui dit : « Mais je ferai fermer la communication. » Il ajouta : « De quoi voulez-vous que votre logement soit composé? »
Sur cela, on raisonna sur la distribution du logement. Il est composé d'une petite antichambre, d'une seconde antichambre assez grande pour y manger, d'une jolie chambre, d'un cabinet, et dans le double un office, une cuisine, une garde-robe de commodité et une garde-robe pour coucher. Le Roi, continuant la conversation sur le logement, dit à M. de Meuse : « Votre chambre sera meublée, vous y aurez un lit, mais vous n'y coucherez point; vous aurez une chaise percée, mais vous n'en ferez point usage1. »
Le 8 août 1741, le même chroniqueur écrit : « On a trouvé moyen de diminuer le crédit de Mme la comtesse de Toulouse en donnant un autre logement à Mme de Mailly, proche les entresols du roi : le maréchal de Coigny a été lui offrir celui de Mme de Matignon; par là on n'aura plus besoin de l'appartement de Mme la Comtesse, si sainte et si dévote... » III, 364.) L'offre du dévoué Coigny devait servir seulement à Mme de Châteauroux.