‹ Louis XV et sa cour: 1-2Chapitre 10 sur 17 · PRUSSE · texte numérisé non relu

PRUSSE

Xà, c'est toujours Frédéric II, Frédéne II vieilli, încHné vers la tombe, à la démarche branlante, au dos arponcB; lui aussi, il a accaparé les philosophes français : a Voltaire qui le flatte, il rend la flatterie avec intérêt; seulement, cet intérêt qu'il lui paye, c'est le mépris; il se sert de tous ces hommes dans son calcul royal, mais il comprend bien au fond du coeur que tous ces hommes' avilissent leur plume, immolent l'honneur de la France à la plus grande gloire de Genève, de la Hollande, delà Prusse. Lui, il a ce qu'il veut, la Silésie, le seul oreiUer sur lequel il ait jamais dormi tranquille ; mais, après avoir conquis^ la Silésie, il lui faut conquérir l'opinion. Voilà ce à quoi lui servent tous ces philosophes qui vendent la flatterie, non pas poup de l'argent, mais pour la louange : c'est un échange de compliments entre le maître et les adeptes, c'est la réciprocité d'une douce friction entre l'épiderme royal et la main philosophique, entre l'épiderme philosophique et la main royale. De Potsdam et de Sans-Souci, Frédéric regarde Versailles, et sourit. Versailles ne peut plus rien contre lui, non pas depuis qu'il gagne des batailles, mais depuis qu'il fait des vers. Les adversaires qu'il opposera désormais au roi de France, ce ne sont plus les vieux vainqueurs de Lowositz et de Rosbach, ce sont ses alliés les philosophes; il est tranquille; quelque mal qu'ait fait à la France la guerre de Sept ans, le Système de la nature, le Contrat social et le Dictionnaire philosophique lui feront plus de mai encore. Quelle tristesse pour lui de mourir en 1786, et de ne pas voir, de ses yeux clignotants, le 10 août, le 21 ianvier et le 16 octobre I ,

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