TURQUIE
ÂConstantinople,surla route de laquelle Potemkine pro^ mène Catherine, et qu'il lui montre de loin, sous les voûtes de ses arcs de triomphe, une révolution de sérail vient de s'opérer dans la mosquée d'Ayoub. Abd-el-Hamid, tiré de prison, a été proclamé successeur de Moustapha III, son frère, dans la mosquée d'Ayoub. Agé de cinquante ans, il en avait passé quarante-quatre dans le vieux sérail à faire
soi LOUIS XV BT SA COUR
des arcs et des flèches. Faible et vieux, il arrive au moment où la Turquie, pour se relever, n'aurait pas trop de la main et du génie de Mahomet II. Hélas t il assistera à la décadence de l'empire d'Orient, sans pouvoir Tarrêler. Prisonnier, il a vu les Turcs battus par Soltikof, Kaminski et Souvorof, le vizir Musseim-Oglou enfermé dans son camp de Schumla, sans pouvoir ni se retirer, ni combattre, ni recevoir de secours, et forcé de demander une paix honteuse. Empereur, il verra toutes les provinces turques, au delà du Danube, conquises par cette Catherine qui les convoite, et par ce Potemkine qui les promet à sa souveraine ; il verra Ghoczim, la clef du Dniester, passer aux mains de ces éternels envahisseurs qui s'avancent pas à pas vers le Bosphore, que la chute de la Hongrie vient de leur livrer aujourd'hui. Enfin, il mourra au milieu des préparatifs d'une nouvelle guerre, laissant le trône à son neveu Sélim, qui sera étranglé vingt ans après.
Maintenant, le reste du monde européen est à la maison de Bourbon. Le pacte de famille a donné un trône à chacun des petits-fils de Louis XIV : c'est un petit-fils de Louis XIV que Charles III, roi d'Espagne; c'est un petitfils de Louis XIV, que Ferdinand IV, qui règne h Naples, et qui, avec Louis XVI, son beau-frère, est le plus jeune des princes régnants; enfin, c'est encore un pelit-fîls de Louis XIV que cet infant d'Espagne, duc de Parme, né la même année que Ferdinand, et beau-frère comme lui de Louis XVI.
Ainsi, au 11 mai 1774, un Bourbon règne en France, un Bourbon règne en Espagne, un Bourbon règne à Naples, un Bourbon règne à Parme.
Laissez s'écouler trente-six ans, et cette riche postérité de Louis XIV, qui tient la moitié de l'Europe, ira merw
diante et de ville en ville, fuyant devant un homme qui,, à cette heure, enfant de six ans, joue avec les cailloux. du port d'Ajaccio.
PoliUque delà France de 4610 à 4754. — Pertes de la maison d'Autriche. — Projets de Philippe II. — Ils échouent en Angleterre et en France. — Henri III. — Henri IV. — Conduite de Marie de Médicis. — Son exil. — Sa mort. <— Louis XIV. — Louis XV. — L'impératrice Marie-Thérèse. — Alliance autri-^ chienne.' — M. de Bernis. — Le roi. — Le grand dauphin.
— M. de Choiseul. '— Marie-Antoinette. — Napoléon. — État moral de la France. — La royauté. — La noblesse. — Les courtisanes. — Le Parc-aux-Gerfs. — Lettre d'un chevalier de Saint-Louis. — Le mot de M. d'Estrées. — Madame de Qrammont. — Madame de Tencin. — Madame Adélaïde. — MM. de Richelieu, de Brissac^ de Noailles. — Les titres. — Madame Beaujoo. — Madame de Chaulnes. — Les mariages des nobles.
— Le gentilhomme caudataire. ^- Le clergé. — Mœurs des* courtisanes — Mademoiselle Sophie Arnould et M. Terray. —
— Mesdemoiselles Raucourt, Dulhé , la Guerre, Granville. — La littérature.
Depuis Henri IV jusqu'à madame de Pompadour, c'està-dire de 161Ô à lÎ54,la France a conservé, avec le même soin que Rome conservait le feu des vestales, le système diplomatique créé par le Béarnais et poursuivi par Richelieu, Mazarin et Louis XIV, c'est-à-dire l'abaissement de la maison d' Autriche.
En eiïet, la maison d'Autriche, qui, au temps de Charles- Quint, ne voyait pas le soleil se coucher sur ses" vastes posu. 42
sessions, a, despuis deux cents ans, perdu lé Rocfôsiilon, la* Bourgogne, TAlsace, la Franebe-Comté, l'Artois, le Hainaut, le Cambrésis, l'Espagne, Naples, la Lorraine, le Barrois, la Silésie et les Indes.
Qui lui a pris tout cela ? Pour elle, pour ses princes ou pour ses alliés, la France.
La haine doit donc être vivace entre les deux royaumes, surtout si nous considérons de quelle façon l'Autriche s'est vengée, se venge et se vengera.
Philippe II a conçu le plan de faire, cterrfispagne^ de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche, ce qu'il appelle la monarchie chrétienne; c'est pour cela qu'il épouse la sanglante Marie, fille de Henri VIII, et qu'il scMidoie la Ligue en France. En Angleterre, il échoue et ne peut parvenir à se faire couronner roi de la Grande-Bretagne. En France, il échoue encore, car Henri III va traiter avec le Béarnais.
Un jeune ligueur, nommé Jacques Clément, assassine Henri IH.
Reste Henri IV; mais Henri IV est protestant, Henri IV ne tient point Paris. Henri IV se convertit, Paris se fend,, Henri IV est roi de France.
Trois fois les ligueurs, sans y réussir, essayent d'assassiner le vainqueur d'Arqués et d'Ivry. Enfin, au moment où Henri IV vient de concevoir le plan d'une contre-ligue, au moment où il médite l'expédition de Juliers qui est la perte de l'Autriche, le couteau de Ravaillac le coudie sanglant entre les bras de M. d'Épernon, qu'on accuse, avec Marie de Médicis, fille d'une Autrichienne, de ne pas être étranger h sa mort.
Combien cette ligue, entretenue vingt ans en France, a-t-elle coûté à Philippe II? Les papiers que l'on trouvera après sa mort dans son portefeuille particulier vous répondront : cin^ cent quatorze millions d'or! Henri IV mort.
LOOIS XVîBT SA «OUn SOT
que fiait sa veuve? Elle congédie Sully, dilapide les vingtquatre millions que son mari avait enfermés à la Bastille et -à rAcsendl;eHe marie sa Me «u roi d'6sp«gne; eile marie 'Son fils à Anne d'Autriche. Oh t alors^ toute l'ancienne cour de Henri IV se soulève, Louis XIII le pv^ooier. On 'décide, dans le conseil du Louvre, que Ton poursuivra le systénede HenrilV, et Marie de Médicis, exilée |iar l'implacable Richelieu et par l'insouciant Louis XIII, va mourir à Cologne dans la maison de son peir'^ee Rubens.
C'est un exemple pour la femme de Louis XIV. Marie- Thérèse, au heu de se répandre en intrigues comme Marie de Médicis, ou en plaintes comme Anne d'Autriche, Marie-Thérèse est triste, résignée, silencieuse, et, pendant tout le règne du grand roi, l'Espagne autndiknne est presque une province française.
Louis XV, jusqu'à l'an 1756, a liérité de la politique de -son aifeul. C'est lui qui, secondé -par l'Espagne, enlève à l'Autriche le royaume de Naples, et qui aide Frédéric à lui -]Btendre la Si^îe, qu'il* essayera vainement de lui reprendre plus tard.
C'est aiflfs que Marie-^évèse, qui, ainsi quelle l'écrit ià la ducheme de Lorraine, ne sait plus^s'il ki testera une soûle ville pour y faire ses couches; c'est alors que Marie- Thérèse s'abrâse à lutter madame de Pompadour; c'est alors qu'elle appelle sa cousine Mlle que Frédéric aopeUe CoHlUm II; c'est aJprs qu'elle fait M. de Choiseul duo et l'abbé de Remis cardinal
Nous nous .allions avec l'Autriche : cette allianoe nous vaut la. guerre Âe Sept ans* «t nous coûte deux cent mille hommes, huit cents millions, nos possessions dans l'Inde^ quinze cents Ueues.de terrain dans le Canada.
Alors, le cardinal de Bemis reconnaît son erreur;^
Louis XV hésite; le dauphin se dédare hautement contre ralliance autrichienne.
Le cardinal de Bernis est exilé; Louis XV échappe par miracle au coup de couteau de Damions; le dauphin meurt C-npoisonné.
Enfin, la politique de M. de Ghoiseul remporte, et Taliiance avec TAutriche se resserre du mariage de Marie- Antoinette avec le dauphin.
A cette époque, Dieu seul savait ce que devait coûter cette alliance à la France et à son roi.
Ce fut un vertige, qui, quarante ans plus tard, passa sur les yeux de Napoléon, lorsqu'à son tour il prit pour femme une fille des césars, et qu'en 18i0 il acheta de sa popularité, et, en 1814 de son trône, le plaisir de pouvoir dire : <( Mon pauvre oncle Louis XVI ! >
Voilà donc ce qu'était la France politiquement, diminuée de ses possessions de Tlnde et de ses possessions 4' Amérique. Maintenant^ disons ce qu'elle était moralement.
Moralement, le roi, la noblesse et le clergé avaient détruit les mœurs; les philosophes, la religion.
Louis XV avait donné l'exemple des basses amours; jusqu'à lui, les rois de France s'étaient respectés dans leurs maîtresses.
Henri IV a pris Gabrielle d'Estrées, la duchesse de Verneuil, Charlotte de Montmorency;
Louis XIV, mademoiselle de la Vallière, madame de Montespan, madame de Maintenon.
Louis XV débute comme eux ; mais, de la duchesse de €hàteauroux, il passe à madame d'Étiolés, et^ de madame ^l'Étiolés, à Jeanne Vaubernier.
Pauvre France I livrée aux Poisson et aux du Barry.
Xussi écoutez l'épitaphe que le peuple fait à son roi :
LOUIS XV BT SA GOUQ 209
Ci'git le bien-oimë Bourbon, Monarque d'assez bonne mine Et qui payait sur le charbon Ce qu*il gagnait sur la farine.
De son côté, voyez où en est la noblesse. Elle compte encore, c'est vrai, quarante-trois sièges de duchés-pairies au parlement de Paris. Les Richelieu seuls en ont trois ; Richelieu, Fronsac, Aiguillon ; les Rohan trois : Mont* bazon. Chabot et Soubise ; les Ghevreuse deux : Luynes et Chaulnes. Mais comment soutiennent-ils leur rang , ces derniers héritiers des grands noms de la France? En épousant des filles de finance. Gela s'appelait fumer ses terres. Ou bien on se jetait dans le commerce. On se rappelle, ^us la Régence, les procès du duc de la Force, qui avait trois boutiques d'épiceries. Le comte de Lauraguais était fabricant de porcelaine; un Praslin était marchand de baudriers et de casques; M. de Maillobois avait un chantier: M. de Guéménée faisait mieux, il faisait banqueroute.
Mais on entretenait des courtisanes à mille louis par mois; mais on couvrait de diamants les actrices en renom, et l'on avait le plaisir d'entendre chanter quand on passait :
BouiUon est pieux et vaillant,
Il aime la Guerre^!
A tout autre amusement
Son cœur ia préfère.
Ma foi! vive un chambeUan Qui s'en va toujours disant :
Moi, j'aime la Guerre, gué.
Moi j'aime la Guerre f
I . Chanteuse de TOpéra qui venait d*avoir un grand succès -dans Cythère assiégée,
aiO LOUIS XT ET SA domsi
Au sortir de TOpéra^
Voler à la Guerre, Des BouHloD, qui \e eroirâ?
C'est le caractère.
Fiie % pour luii des .ai^pas Que d^aotres n'y traHxent p«0.
E!afia c'est la Giuerre, j
O gu^î Jlfifla c'est /a Guerre.
A Durfort il faut J^fA^^
C'est sa fantaisie; Soubise moins dégoûté
Aime la Praêrie; Mais BoirîMoQ^ qui pour «eo roij -Uettrait lout en désarroi^
ààme oudux la Guerre, O guél
lÀine «Dieux 2a Gmerre,
îl y a plus : le grand reproche que la noîitesse fît k Louis XV, ce ne fut point d'avoir pris ses maîtresses parmi les femmes de la bourgeoisie, parmi tes ftUesdu peuple, et même parmi les filles publiques ; ce fut de ne pas ies avoir prises dans les familles de la noblesse, et de la priver ainsi d'une prérogative qu'elle se croyait acquise.
Aussi, quand on sut la fondation du Parc-aux-Cerfs, les demandes plurent-elles de tous côtés, de la part des mères, des pères, des frères; ils recommandaient leurs sœurs, ils recommandaient leurs filles. Vous doutez, n'est-ce pas?
Lisez cette lettre d'un chevalier de Saint-Louis; elle nous est conservée par les archives mêmes de la police. C'est une pièce curieuse, et qui donnera, mieux que tout ce que nous pourrions dire, la mesure de la démoralisation du temps.
LOUIS XV ET SA COUR Mt
Ebe est adressée à M. Berryer iiû-méme : vous vous rappelez M. Berryer, ex-ministpe ?
'i Monseigneur^
» Un père de famills, gentilhomme tîepuîftdeux cents ans^ par anoblissement dans Téchevinage parisien, dont lesan« cêtres n'ont jamais dérogé, vient à vous, animé d'un ardent amour de la personne sacrée du roi, afin de. vous prévenir qu'il a le bonheur d'être.pèredfuae.fille, véritable miracle de beauté, de fraîcheur, de jeunesse et de santé. Les certificats ci-joints des docteurs, chirurgiens et médecins, vous prouveront ce point-ci ; d'autres attestations de deux sages-femmes certifient l'exacte virginité de cette chère enfant.
» Serait-H3e trop espérer, monseigneur, que de solliciter d'obtenir pour bw troisième fille, Anoe-Marie de Har^% âgée de quinze ans résolus, Tenirée àe la bienlieureiise maison où l'on forme celles de son saxe qui sont réservées à Tardent amour de ookreroi?
> Ah< moQseigneur, quelle douce récompense une telle faveur serait pour mes trente-quatre ans de service en ma qualité de capitaine «u régiment de M*^, pour ceux des deux frères aines de ma fitte bien-aistée, l'un officier de marine, l'autre magistrat dans un ccmseil supérieur t Ma fille ainée a été élevée à Saint-Cyr, elle a épousé le sieur R''**, geotilhomme ordinaire du roi. Ma cadette est religiei»e «u souvent de ***, à P***.
» Peut-être on ol^ectera l'âge avancé de la jeune personne. Eh bien, malgré ses quinze ans, elle possède l'in- Bocenee baptismale, ne connaissant pas encore la différence des sexes. EUe a été élevée par une mère, digne {épouse, modèle de vertuSy chaste, et quia toujours tra*
vaille à rendre sa fille apte à plaire à notre roi bien-aimé, qui trouvera en elle des trésors inestimables qui lui sont si bien dus.
» J*attendrai, monseigneur, avec une vive impatience, votre réponse. Si elle est favorable, elle répandra les bénédictions de Dieu sur une famille qui vous sera toujours aveuglément et passionnément dévouée.
» J'ai l'honneur d'être, avec respect,
9 Monseigneur,
» Votre très-jhumble et très-obéissani
» serviteur,
» Ch. de Mar***. •
Pourquoi le brave homme n'aurait-il pas offert sa fille ? Un d'Ëstrées ne disait-il pas à Louis XY :
— Sire, on prétend que le roi en veut à ma bru. Si la chose était, j'espère qu'il ne me ferait pas l'affront de prendre un autre intermédiaire que moi.
D'où croyez-vous que venait cette grande haine de madame du Barry pour M. de Choiseul ?
De ce que M. de Choiseul, après avoir été l'amant de sa sœur, madame de Grammont, voulait faire de madame de Grammont la maîtresse du roi.
D'Alembert, le héros de Y Encyclopédie, trouvé sur les marches de l'église de Saint-Jean-le-Rond, n'était-il pas le fils de madame de Tencin, chanoinesse, et probablement de son frère le cardinal de Tencin ?
D est vrai qu'à l'époque où d'Alembert naquit, le 16 novembre 1717, M. de Tencin n'était encore qu'abbé, et que sa sœur n'était déjà plus chanoinesse.
Enfin, n'y avait-il pas^ de par le monde, dans la maison
LOltlS XV BT SA COUR 213
tJe madame Adélaïde, un comte Louis de Narbonne, qui pouvait, à ce qu'on affirme, appeler Louis XV son père et son grand-père.
Nous avons parlé de la fondation du Parc-aux-Cerfs : calcul fait, on a reconnu que mille jeunes filles à peu près, de toute classe, de tout rang , y ont été enfermées âans l'espace de dix ans.
Ce qu'elles ont coûté à l'État, nous le verrons au chapitre des économistes.
Au milieu de toute cette noblesse, quels hommes restaient ayant quelque valeur ?
Ils sont faciles à compter :
Le duc de Richelieu, brave, mais dont la galanterie a fort contribué, pour son compte, à la démoralisation du siècle;
Le maréchal de Brissac, original par esprit de chevalerie antique, qui voit le gouffre où l'on va, et qui prétend que le chancelier Maupeou nous démonarchise;
Le duc de Noailles, qui avait le privilège de dire au feu roi les vérités les phis dures ;
Le duc de Duras, enfin, et le duc de Beauveau, qui viennent de préférer la perte de leur gouvernement au système du chancelier, et qui protestent contre le lit de justice.
Écoutez ce que Voltaire dit, du reste, des courtisans qui
Vont en poste à Versaille essuyer les mépris Qu'ils reviennent soudain rendre en poste à Paris*
Par noblesse, nous entendons toujours, bien entendu, la haute noblesse, c'est-à-dire les gentilshommes illustrés par les honneurs militaires ou par les grandes charges de la cour; tout ce qui était robe, remontàt-il à la création du monde, ne peut être compris dans cette classe les ro-
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bins, dans aucun cas, ne pouvaient manger avec iesprinces du sang, et leurs femmes ne pouvaient être présentées.
Le moindre lieutenant d'infanterie, du moment qu'il était gentilhomme, passait devant lechabcelier.de France.
Quant aux titres de marquis^ de vicomte, de baron, ils ne signifiaient absolument plus rien; le titre ne faisait pas la noblesse, car tout le monde pvenait impudeimiient le titre. Exemple :
« Vous êtes prié d'assister au co»voi, transport et enterrement de très-haute et très*pm$8ante dame Élisaihith BoNTEMS, femme de très-haut et très-puisaant ^eigmmr Nicolas Bbaujon, conseiller d'État, secrétaire du roi, maison, couronne de France, et tle ses finances de lar Rochelle. »
Qu'est-ce qiieniditre 'McoUss Beat^wi? Un financier parvenu. Aussi l'allé Terray, qui ^«ttiiisoit tout/trouvat-il moyen- d'utiliser cette vanité.
Toujours préoeoupé ^'aoeroître tes impftts et ide forcer la capitation de Paris, il ordoima aux reeeweurs -de taxer les gens, non phis d'après ia (fortune, mais d'après les titres. Tous les marquis, comtes, vicomtes et barons de contrebande, furent taxés comme âe véritaJito barons^ vicomtes, comtes^t <marquis. Trois jours «près, les bureaux des publicains n'étaient remplis que de gens qui venaient se détitrer et demander grâce, mais inutilement; ils furent inscrits sur les rôles et purent désormais mettre; leurs contributions parmi leurs preuves.
Nous avons dit le mot de la marquise de Oiaulnesà son fils, qui refusait tl'éfMiuser la fille du sieur Bonoier, lK»Eim& de rien, mais puissamment riche :
— Vous nvez tort, mon fils, les terres ruwées s'engrais'^ sent avec du lumier.
Aussi à rheure où nous sommes arrivés, c'esl-à-dire en 1774, pas une maison, peut-être, ne peut faire des chevalliers de Malte sans dispense.
Le duc de Nevers avait épousé mademoiselie Lolotte, maitresse de TambaBsadeur d'Angleterre, le comte d'Aïbemarle.
Le marquis de Moutiers avait épousé mademoiselle de Yarennes, élève de madame Paris, une des premières entremetteuses de France.
Un gentilhomme, un vrai, un représentant de la meil* leureet de la plus antique noblesse, M. le marquis de Langeac, avait épousé madame Sabbatin, maîtresse du due de la Vrillière, à la condition expresse qu'il n'y toucherait pas.
Enfin, nous avons vu Guillaume du Barry épouser mademoiselle Lange, pour faire une maitresse titrée à Louis XV.
L'honneur militaire est tombé dans le même discrédit. M. le comte de la Luzerne, M. de la Maugerie s'accusent d'avoir voulu réciproquement s'assassiner ; mais ils se gardent bien de se battre.
Le comte de Mailleboîs est créé directeur général de la guerre, en récompense de m qu'un procès scandaleux, dont on peut voir les détails dans toutes les gazettes du temps, prouve qu'il a trahi l'État.
Le comte de Langeaç est nommé chevalier de Saint- Louis, quoiqu'il ait à peine les années de services nécessaires à cette récompense, parce que le sieur Guérin, chirurgien du prince de Ck>nti, l'a insulté en sortant de rOpéra, et qu'il a gardé l'insulle.
Un autre chevalier de Saint-Louis porte la queue du cardinal de Luynes.
L'histoire ne nous garde pas son nom,|mais elle nous
conserve le mot du marquis de Conflans. Un jour, le marquis se récrie contre cet usage qu'un cardinal puisse faire porter la queue de sa robe par un gentilhomme :
— Vous devriez pourtant savoir que cet usage existe, marquis, répond i'Éminence, puisque j'ai eu autrefois un Conflans pour gentilhomme caudataire.
— Cela se peut, répondit le marquis : il y a toujours eu dans notre famille de pauvres hères qui, pour vivre, ont été forces de tirer le diable par la queue.
Quant au clergé, il tenait école d'athéisme et de débauche. Comme les hautes prélatures étaient réservées à la noblesse, le clergé suivait la dissolution de la noblesse. L'évéque de Beauvais, qui fut depuis évêque de Sens, et qui avait prêché d'une manière si distinguée et si courageuse le carême devant le roi; l'évéque de Beauvais se trouvait exclu de l'épiscopat, parce qu'il était fils àe chapelier; tandis que M. de la Roche-Aymon avait été fait cardinal sans difficulté, quoiqu'il vécût avec une fojnrae qui l'avait fait père de sept ans. Le cardinal de Bernis avait commence par être un abbé fort mondain et un poète fort léger. On sait comment il était arrivé : ^n se faisant le complaisant de madame de Pompadour. M. de Montazet, archevêqiie de Lyon, qui, en sa qualité de primat des Gaules, avait réformé l'archevêque de Paris, avait vécu publiquement avec madamG la duchesse de Mazarin. M. rarchevêque de Toulouse, Brienne, que nous retrouverons plus tard, était athée ou à peu près. M. l'évéque de Senlis, académicien, quoiqu'il n'eût jamais écrit ni lu, même ses mandements, était parvenu par madame du Barry, comme M. de Bernis par madame de Pompadour. M. le prince Louis, coadjuteur de Strasbourg, futur acteur principal dans le drame du collier, avait été éloigné de Paris, parce qu'il avait formé ce louable projet, sa:.::, doute
LOUIS XV ET SA COUR 2l7
dans le but de leur conversion, de coucher avec toutes les filles de Paris, projet déjà plus qu'à moitié accompli quand il fut interrompu, les uns disent au tiers de la route, les autres à la moitié. M. de Densos, évêque de Verdun, cidevant évêque de Rennes, se vantait d'avoir eu, rien que pendant les états de Nantes, cent cinquante jeunes filles possédant le rare talisman à l'aide duquel Jeanne Darc avait chassé les Anglais. En outre, il se vantait d'avoir fait cocus tous les membres du parlement de Rennes dont les femmes étaient jolies, seule manière, disait-il, dont un homme de sa robe pouvait se venger des magistrats.
M. révéque d'Orléans était célèbre, on se le rappelle, par cette fameuse feuille des bénéfices, qui était à la disposition de mademoiselle Guimard; ce Ifui faisait dire à mademoiselle Sophie Arnould :
— Gomment ce ver à soie de Guimard est-il si maigre, vivant sur une aus^ bonne feuille?
En outre, il avait pour maîtresse sa propre nièce. Aussi chantaiton à pleine bouche le noël de 1764 :
Il vint une grisette
Avec ce prestolet.
Portant une galette.
Et des œufs et du lait^ Disant: « De vous, seigneur, le présent n'est pas digne : Mais nous vivons comme au vieux temps; Nous couchons avec nos parents :
A Paris comme à Digne. i>
Enfln, révêque de Vannes, M. Amelot, avait tous les goûts possibles.
De leur côté^ les grandes dames ne restaient point en
arrière. Les unes, comme madame de Richdieu, troavant que les grands seigneurs manquaient d'énergie, prenaient pour amant un écuyer ou quelque autre domestique de leur mari. D'autres recrutaient au théâtre, et se faisaient amener les acteurs, sans leur donner le temps de dévêtir leur costume et d*ôter leur rouge.
— Que penseraient mes aïeux, s'ils me voyaient dans les bras d'un histrion? s'écriait une dame de qualité ea reprenant ses sens dans les bras du comédien Baron.
— Oh! c'est bien simple à deviner, répondait celui-ci: ils penseraient que vous êtes une catin.
On disait généralement : < Yoleur comme une duchesse* >
Les courtisanes qui défrayaient de plaisirs toute cette abominable société étaient d'abord, par importance et par lettre alphabétique, mademoiselle Arnould, pour laquelle le comte de Lauraguais avait fait tant de folies. Figure longue et maigre, vilaine bouche, dents larges et déchaussées, peau noire et huileuse, mais deux beaux yeux; peu de voix comme actrice, mais beaucoup d'âme, un jeu charmant, de Tesprit comme un démon, disant de ses trois amies, mesdemoiselles de Château vieux, de Ghâteauneuf et de Ghâteaufort : c Tous ces châteaux-là sont des châteaux branlants; > disant à sa camarade, mademoiselle Vestris, Italienne à toute main, qui, jamais enceinte, lui reprochait à elle de l'être toujours: c Que voulez-vous, ma mie! une souris qui n'a qu'un trou est bientôt prise; » disant à son amie, mademoiselle Duplant, entretenue par un boucher, au moment où l'on chassait un gros chien entré, on ne savait comment, dans le foyer de l'Opéra : t Mais, prends donc garde, Duplant 1 il me semble qu'on maltraite le coureur de ton amant; > ayant, à l'époque où nous écrivons, |i;>ur amant de cœur un jeune architecte^ et répondant à
telles de ses compagnes qui lui reprochaient un goût si modeste : c Que voulez-vous! tant de gens cherchent à ruiner ma réputation, qu'il faut bien que je prenne quelqu'un pour la rétablir; > ayant pour amant de fantaisie mademoiselle Virginie, jeune chanteuse qui débutait alors à l'Opéra...
Vous doutez? Boni Lisez. Nous avons preuve de tout. La chose est tirée des Mémoires de Bachaumont^ tome YII^ page i8S.
« ii juillet 1774. — Le vice des tribades devient fort à la mode parmi nos demoiselles d'Opéra. Elles n'en font aucun mystère et traitent de gentillesse cette peccadille; la demoiselle Arnould, quoique ayant fait ses preuves dans un autre genre, puisqu'elle a plusieurs enfants, donne dans ce plaisir; elle avait une autre fille, nommée Virginie, dont elle se servait^pour cet usage. Celle-ci a changé de condition et est passée à mademoiselle Raucourt, de la Comédie- Française, qui raffole de son sexe, et a renoncé au marquis de Bièvre pour s'y livrer tout à son aise. Dernièrement, au Palais-Royal, pendant la nuit, le sieur Ventes, ayant turlupiné la demoiselle Virginie sur sa rupture aveo mademoiselle Arnould, qu'on nomme Sophie dans ses parties de débauche, celle-ci, témoin des propos, a donné au cavalier un soufflet très-bien conditionné, dont il a été obligé de rire en demandant des excuses à l'aimable tribade. »
Mademoiselle Arnould s'attaquait parfois à plus haut que ses camarades. Le 4 janvier 1774, elle avait écrit cette lettre à l'abbé Terray :
Lettre de mademoiselle Amould, de l Opéra, à M. Vahhé Terray, contrôleur général des finances, à Voccasion da bruit qui courait qu'elle avait tme crimps dans la ferme générale, par le nouveau bail signé le i*' janvier.
c Monseigneur,
» J'avais toujours ouï dire que vous faisiez peu de cas des arts et des talents agréables. On attribuait cette indiiTérence à la dureté de votre caractère. Je vous ai souvent défendu du premier reproche; quant au second, il m'aurait été difficile de m'éiever contre le cri général de la France entière. Cependant, je ne pouvais me persuader qu'un homme aussi sensible que vous aux charmes de notre sexe pût avoir un cœur de bronze. Vous venez bien de prouver le contraire. Vous vous êtes occupé de nous au milieu de l'affaire la plus importante de votre ministère. Forcé de grever la nation d'un impôt de cent soixantedeux millions, vous avez cru devoir en réserver une légère partie pour le théâtre lyrique et pour les autres spectacles. Vous savez qu'une dose d'AUard «, de Caillaud *, de Raucourt ', est un narcotique sûr pour calmer les opérations douloureuses que vous lui faites à regret. Véritable homme d'État, vous en prisez les membres suivant Tulilité dont ils sont à vos vues. Le gouvernement fait sans doute, en temps de guerre, grand cas d'un guerrier qui verse son sang pour la patrie; mais, en temps de paix, le coup (i*œil d'un militaire mutilé ne sert qu'à affliger, qu'à exciter les plaintes et les murmures du Français, déjà trop disposé à geindre. Il faut des gens, au contraire, (^ai