‹ Louis XV et sa cour: 1-2Chapitre 17 sur 17 · II. n · texte numérisé non relu

II. n

S90 LOaiS XV ET SA COUR

L'abbé P»poDy en allant parcourir la Provence, parie aussi eu Masque de fer, ^kmt il visita la prison.

c Cest à YHe Sainte-Marguerite que fut transféré, vers la fin du dernier siède, le fameux prisonnier au masque de fer, dont on ne saura Jamais peut-^tre le nom. Il n'y avait que peu de personnes attachées à son service qui eussent la liberté de lui parier. Un jour que M. de Saint- Mars flCentretenait avec lui, en se tenant hors de la chambre, dans une espèce de corridor, pour voir de loin ceux qui viendraient, le fils d'un de ses amis arrive, et s'avance vers Tendroit où il entend du bruit. Le gouverneur, qui l'aperçoit, ferme aussitôt la porte de la chambre, court précipitamment au-devant du jeune homme, et; d'un air troublé, U lui demande s'il a entendu quelque chose. Dès qu'A lut assuré du contraire, il le fit repartir le jour même, et il écrivit à son ami que peu s*en était faHu que cette aventure n'eût coûté cher à son fils, et qu'il le lui renvoyait de peur de quelque autre imprudence.

» l'eus la curiosité, le 2 février £778, d'entrer dans la chambre de cet infortuné prisonnier; eUe n'est éclairée que par me fenêtre, du côté nord, percée dans un mur fort épais et fermée par trois grilles de fer placées à une distanee égale; cette fenêtre donne sur la mer. Je trouvai dans la citaddle un officier de la compagnie franche, âgé de soixante et dix-neuf aus. Il me dit que son père, qui servait dans la m^e compagnie, lui avait plusieurs fois raconté qu'un frater aperçut un jour, sous la fenêtre du prisonnier, quelque chose de blanc qui flottait sur l'eau ^ il l'alla prendre, et l'apporta à M. de Saint-Mars. C'était «ne chemise très-fine, pliée avec assez de négligence, et sur laquelle le prisonnier avait écrit d'un bout à l'autre.

» M. de Saint-Mars, après l'avoir dépliée, et avoir lu

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quelques lignes , demanda au frater» d'un air fort embarrassé, s'il n'avait pas eu la cmrianié de lire ie contenu; celui-ci protesta [kusieurs lois qu'il n'avait rien \u; mais, deux jours après ^ il fut trouvé mort dans son lit.

> C'est un fait que TotAder a entendu ra<Mmter tant de fois à son père, et à l'aumônier du fort de ce temps*là qu'il le regarde comme incontestable. Le suivant me parait égaleœ^t certaia, d'après tous les témoignages que j'ai recuellUs sur les iieux, «t dans te monastère de Lérins, où latradiii on s'en est coaservée.

» On eherehait une personne du sexe pour servir le prisonnier. Une femme du viMage de Mongin vint s'offrir, dans la persuasion que ce serait un moyen de faire la fortune de ses enfants; mats, quand on lui dit qu'il fallait renoncer à les voir, et même à conserver aucune liaison avec le reste des hommes, eHe refusa de s'enfermer avec un prisonnier dont la connaissance coûtait si cher. Je dois dire encore qu'on avait mis aux deux extrémités du fort, du côté de la mer, deux sentinelles qui avaient ordre de tirer sur les bateaux qui s'approcheraient à une certaine distance.

i La personne qui servait le prisonnier mourut à Tile Sainte-Marguerite. Le père de rofficier dont je viens de parler, qui était, pour certaines choses, l'homme de confiance de M. de Saint-Mars, a souvent dit à son fils qu'il avait été prendre le mort à l'heure de minuit, dans la prison, et qu'il l'avait porté sur ses épaules dans le lieu de sa sépulture; il croyait que c'était le prisonnier luimême qui était mort; mais c'était, comme je viens de le dire, la personne qui le servait, et ce fut alors qu'on chercha une femme pour remplacer cette personne. >

On savait en 1698 que Saint-Mars, conduisant le prison-

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nier à la Bastille, s'arrêta avec lui dans sa terre de Palteau. Fréron, en conséquence, pour contredire Voltaire, qui avait écrit sur le prisonnier, demanda des anecdotes au seigneur de Palteau, qui répondit la lettre suivante, insérée dans Y Année littéraire du mois de juin 1768.

t Gomme il parait, par la lettre de M. de Sainte-Foix dont vous venez de donner un extrait, que FHomme au masque de for exerce toujours l'imagination de nos écrivains, je vais vous faire part de ce que je sais de ce prisonnier. Il n'était connu aux îles Sainte-Marguerite et à la Bastille que sous le nom de la Tour. Le gouverneur et les autres officiers avaient des égards pour lui; il obtenait tout ce qu'ils pouvaient accorder à un prisonnier.il se promenait souvent, ayant toujours un masque sur le visage. Ce n'est que depuis que le Siècle de Louis XIV de M. de Voltaire a paru, que j'ai ouï dire que ce masque était de fer et à ressorts; peut-être a-t-on oublié de me parler de cette circonstance; mais il n'avait ce masqua que lorsqu'il sortait pour prendre l'air, ou qu'il était obligé de paraître devant quelque étranger.

• Le sieur de Blainvilliers, officier d'infanterie, qui avait accès chez M. de Saint-Mars, gouverneur des Iles Sainte- Marguerite, et depuis de la Bastille, m'a dit plusieurs fois que le sort du prisonnier de la Tour, ayant beaucoup excité sa curiosité, pour la satisfaire il avait pris l'habit et les armes d'un soldat qui devait être en sentinelle dans une galerie, sous les fenêtres de la chambre qu'occupait ce prisonnier aux îles Sainte-Marguerite; que, de là, il l'avait très-bien vu , qu'il n'avait point son masque, qu'il était blanc de visage, grand et bien fait de corps, ayant la jambe un peu trop fournie par le bas et les dieveux

blancs, quoiqu'il ne fût que dans la force de l'âge. Il avait passé cette nuit-là presque entière à se promener dans sa chambre. Blain^dlliers ajoutait qu'il était toujours vêtu de brun, qu'on lui donnait de beau linge et des livres; que le gouverneur et les officiel^ restaient devant lui debout et découverts jusqu'à ce qu'il les fit couvrir et asseoir; qu'ils allaient souvent lui tenir compagnie et manger avec lui.

» En i698, M. de Saint-Mars pass^ du gouvernement des îles Sainte-Marguerite à celui de la Bastille. En venant en prendre possession, il séjourna avec son prisonnier à sa terre de Palteau. L'Homme au masque de fer arriva dans une litière qui précédait celle de. M. de Saint- Mars. Ils étaient accompagnés de plusieurs gens à cheval. Les paysans allèrent au-devant de leur sejgneur. M. de Saint-Mars mangea avec son prisonnier, qui avait le dos opposé aux croisées de la salle à manger qui donnent sur la cour. Les paysans, que j'ai interrogés, ne purent voir s'il mangeait avec son masque; mais ils observèrent trèsbien que M. de Saint-Mars, qui était à table vis-à-vis de lui, avait deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avaient, pour être servis, qu'un seul valet de chambre qui allait chercher les plats qu'on lui apportait dans l'antichambre, fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à manger. Lorsque le prisonnier traversait la cour, il avait toujours son masque noir sur le visage. Les paysans remarquèrent qu'on lui voyait les dents et les lèvres; qu'il était grand, et avait les cheveux blancs. M. de Saint-Mars coucha dans un lit qu'on lui avait dressé auprès de celui de l'Homme au masque de fer.

» M. de Blainvilliers m'a dit que, lors de sa mort, ar. rivée en I70i, on l'enterra secrètement à Saint-Paul, et que Ton mit dans le cercueil des drogues pour consumer

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le corps, ie n'ai point ouï dira qv'il eâf ansm ttœ&ai étranger.

» Arrivé à la Bastille, de lonca ^ Meutenant du roi, enregistra en ces termes^ dans le livre de la BastiHe, l'arrivée du prisonnier; et c'est le pèreOriffèt, jésuite, <iui, le premier, a pubHé ces deux curieux lambeaux tiré^ des archives du château d'où jamais aucun papier ne aortait; mais il était confesseur de la Bastille, et les jésuilee et le gouverneur de oe lort , dans et temps-là, avalent bien, sans doute, leurs raisons en puUiant ces anecdotes.

t Jeudi, 18 s^irtembre Ia98 , > dit de Jonca, t k trois » heures après midi, M. de Saint-Mars, gouvem^ir de la

> Bastille, est arrivé, pour sa pr^nière entrée, venant des * Iles Sainte-Marguerite et Saint^Honorat, ayant amené » avec lui, dags sa litière, un ancien prisonnier qu'il avait » à Pignerol, dont le nom ne se dit pas, lequel on fait » tenir toigours masqué, et qui fut d'abord mis dans la » tour de la Basinière, en attendant la nuit, et que je eon«

> duisis moi-même, sur les neuf heures du soir, dans la » troisième chambre de la tour de la Bertaudière, la«-

> quelle chambre j'avais eu soin de foire meubler de » toutes choses avant son arrivée, en ayant reçu l'ordre

> de M. de Saint-Mars...

» En le conduisant dans ladite chambre, j'étais accom-

> pagné, > ajoute M* de Jonoa , t du sieur Rosarges, que V M. de Saint-Mars avait aussi amené avec lui, et lequel ■ était chargé de desservir et de soigner ledit prisoni^, » qui était nourri par le gouverneur. >

Les dernières anecdotes qu'on a reoueUliessor le Mssque de fer nous ont été données par M. Unguet, qui, longtemps détenu à la Bastille^ obtint quelques renseignemûnts des plus anciens ofOciers ou serviteurs du château; il

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remit ses notes à M. Delaborde, qui les a publiées en ces termes dans un petit ouvrage sur ce prisonnier :

« Le prisonnier portait un masque de velours et non de fer, au moins pendant le temps qu'il passa à la Bastille. Le gouverneur lui-même le servait et enlevait son linge.

» Quand il allait à la messe, il avait les défenses les plus expresses de parler et de montrer sa figure : Tordre était donné aux invalides de tirer sur lui; leurs fusils étaient chargés à balle; aussi avait-il le plus grand soiB de se cacher et de se taire.

» Quand il fai mort, on brûla tous les meubles dont il flTétait servi, on dépava sa chambre, on ôta les plafonds, on visita tous les coins, recoins, tous les endroits qui pouvaient cacher un papier, un linge ; en un mot, on voulait découvrir s'il n'y aurait pas laissé quelque signe de ce qu'il était. M. Linguet m'a assuré qu'à la Bastille il y avait encore des hommes qui tenaient ces faits de leurs pères, anciens serviteurs de la maison, lesquels y avaient vu l'Homme au masque de fer.

» Ce malheureux prisonnier, après un long martyre, mourut enfin^ en 1703, à la Bastille, après y être resté cinq ans deux mois t et le même qui avait enregistré son arrivée enregistra sa mort, dans le livre des prisonniers, en ces termes ;

c Du lundi, If novembre 1703, le prisonnier incônmi ,

> toujours masqué d'un masque 4e velours noir, que

> M. de Saint - if ars avait amené avec lui , venant de » l'ile Sainte-Marguerite, et qu'il gardait depuis long- » temps, g'étant trouvé hier un peu plus mal, en sor-

> tant de ta messe , est mort aujourd'hui sur les dix » heures du soir, sans avoir eu une grande maladie, il ne t se peut pas moins. M. Guiraut, notre aumônier, le con«

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> fessa hier. Surpris de la mort, il n'a pu recevoir les sa-

> crements, et notre aumônier l'a exhorté un moment

> avant que de mourir. 11 Tut enterré le mardi so no* ■ vembre, à quatre heures après midi , dans le cimetiâro de

> Sainl-Paul, noire paroisse. Son enterrement ϝLa qua-

• rante livres. »

' • On cacha, cependant, et son nom et son âge aux prêtres de la paroisse, et les registres de ce jour-là an noncent son inhumation en ces termes, que j'ai extraits des registres :

• L'a» mil sept cent trois, et le dix-neuf nooembre, Var-

• chiali, âgé de quarante- cinq atu environ , eit décédé

• dant la Baitillt, duquel le corps a été inhumé dans le

• àmelière de Saint-Paul, $a paroisse, te vingt du pré.

> sent, en présence de U. Rosarges, major, et de M. Beilk,

> chirurgien-major de la BasUih, qui ont tigné. Bosargbs,

> Ubilh. •

> Il est encore très-certain qu'après sa mort on eut ordre de brûler généralement tout ce qui avait servi à son usage, comme linge, habits, matelas, couvertures et jusqu'aux de sa prison, le bois de Ut et les chaises. Son couargent Tut Tondu, et l'on fit regretter et blanchir les les de la chambre où il avait logé; on poussa les lions au point d'en défaire les carreaux, dans la î, sans doute, qu'il n'eût caché quelque billet ou elque marque qui eût pu faire connaître qui il était, ibandonne toutes ces pièces historiques et ces notes prisonnier masqué à l'examen des curieux et des esj mais il résultera toujours que ce Masque était ind personnage ; que le aoin habituel de lui ordoncacher sa figure, sous peine de mort, annonçait ind danger s'il la montrait; qu'à cet aspect seul de

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son visage on pouvait reconnaître, par conséquent, qui il était; qu'il nourrissait en lui-même le désir de se faire connaître plutôt que le désir de s'évader; qu'aucun prince n'ayant disparu en France à la mort deMazarin, le Masque ne pouvait être qu'un personnage important et inconnu dans ce temps-là , et qu'il fallait que le ministère eût beaucoup d'intérêt à cacher son nom, ses aventures et sa situation, puisqu'on avait donné l'ordre de le tuer s'il se faisait connaître.

» Il résulte encore — et ces remarquf s sont bien plus frappantes —que partout où se trouva ce grand infortuné, soit dans une île de Provence, soit en voyage, soit à Paris, il lui fut ordonné sans cesse de cacher sa figure; l'aspect de son visage pouvait donc, dans tous les lieux de la France, dévoiler le secret de la cour.

> Enfin, il faut considérer que sa figure fut cachée depuis la mort de Mazarin jusqu'à celle du prisonnier, arrivée au commencement de ce siècle, et que le gouvernement porta la précaution jusqu'à Tordre de lui balafrer le visage, ou de le faire enterrer sans tête, comme d'autres l'ont dit.

> Sa figure pouvait donc le faire connaître pendant un demi-siècle, et d'un bout de la France à l'autre.

» Il y eut donc, pendant un demi'-siècle en France, une tête remarquable et connue dans toutes les contrées de la France, dans une prison même établie dans une île, comparable à celle du prisonnier et sa contemporaine.

» Or, quelle était cette figure si généralement reconnaissable, sinon la figure de Louis XIV, son frère jumeau, dont la ressemblance était si redoutable? Le secret d'État, ou plutôt le crime de Louis XIV, paraît donc bien avéré, et, s'il reste désormais quelque doute sur cet objet, il sera occasionné par l'invraisemblance des ordres féroces donnés

Uê iôtJiS «V «T êK 66t}!l

à des gottfenietird némes ddê pfisofls d'État d'aisdssiAer da langf^froid un aussi grand prinee, s'il dévoilait son seoret. Cette barbaria ne me parait point compatible avee ee que nous connaissons du earaetère de Louis XIY, qui était im honnête homme j tons oeux qui ont parlé du prisonnier aifurent œpandant que Tordre était donné.

» Louis XV se montra bien plus humain que Louis XIV» 9i il Feût même délivré à sa majorité, s'il eût vécu à eette époque; il avait souvent tourmenté le régent pour être Hiitruit de siS aventures, et le duc d'Orléans lui avait toujours répondu que Sa Majesté ne pouvait eu être instruite qu'à sa majorité.

» La veille du jour qu'elle devait être déclarée au parlement, le roi demandant encore s'il en serait du secret comme du royaume de France :

i ««Oui, sire, repartit le régent en présence d'un grand nombre de seigneurs; en dévoilant aujourd'hui le secret, je manquerai! à mon devoir; mais, demain, je serai obligé dt répondre aux questions qu'il plaira à Votre Majesté de me faire.

» Le lendemain donc, le roi, en présence des seigneurs de Si eour^ tirant ee prinee à l'écart pour être instruit du secret, tous les yeux aecompagnèrent le roi, et on vit le due d'Orléans émouveir la sensibilité du jeune monarque. Les eourtisans ne purent Hen entendre; mais le roi^ dit tomhaut en quittant le duc d'Orléans *

» —Eh bien, s'il vivait encore, je[lui donnerais la liberté.

h Louis XV fût plus fidèle au secret que le duo d'Orléans Qq^tendant, quand le père Gritfet, jésuite , et Sainte-Fohc agitèrent dans leurs écrits, si connus, la question du secret, en réfutant leurs systèmes respectif^, il échappa à Louis XV de dire oes paroles en présenoe de plusieura oourtisans i

LOtTtS %V ET 8A MOtjr M

• — Liitsëa>lii dliputdf * pêfionn* n'a Ht éâeôtè la té* rite Bur le Manque de téf,

» Le rot, dans ce moment, avait dana aaa maina le litra du père Griffet.

» On a su que le dauphin, père de Louis XVI, demaflda souvent au feu loi de lui faire oonnaitre cpiéi était (se fa-meux prisonnier.

» — Il est bon que vous l'ignories, hil répondit le roi sofi père; vous en auriet trop de douleur.

» On a su eneore que M. Delaborde, premiel* valet de chambre de Louis XV, avec qui ce prince s'entretenait quelquefois de divers sujets d'histoire, de littérature et de l)eaux-arts, parla un jour au roi de quelque anecdote nouvelle sur le Masque de fer.

» — Vous voudriez bien, lui dit le prince, que je vous disse quelque chose è ce sujet. Vous n*en saures paa plus que les autres; mais vous pouvez être assuré que la prison de cet infortuné n'a ftiit tort à qui que ce soit de la cour, et qu'il n'a jamais eu ni femme ni enfants.

• Louis XV avait eu la même réserve avec madame de Pompadour et avec ses autres maîtresses, toutes curieuses de savoir de lui quel était ce mystérieux personnage; mais elles tourmentèrent vainement le roi, qui ne voulait pas même qu'on lui en fit la demande.

9- Enfin, j'observerai que le goût du prisonnier pour la linge très-fin, que la femme du gouverneur du fort des lies Sainte-Marguerite s'était chargée de lui procurer, provenait nécessairement de sa vie perpétuellement sé« dentaire : les variations du grand air, les mouvements ordinaires du corps dans les habitudes de la société, l'exercice de tous les sens, n'avaient point ôté de ses organes cette excessive senslbihté qui appartient nix religieuses, aux jeunes gens élevés mollement, et aux femme.

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trop délicates; le sang, pendant Tinaction, est poussé dans toutes les extrémités du corps ; Tépiderme qui le couvre est vivifié; le tact y est pariait, la sensibilité exquise, et l'action des objets extérieurs se fait sentir avec plus de force à travers un sens aussi délicat : les personnes, au contraire, accoutumées à voyager ou à faire un grand exercice, les gens de la campagne et ceux qui s'occupent de travaux pénibles, sont moins sensibles à l'impression des objets extérieurs. On ne doit donc pas être surpris que ce prince, renfermé depuis son jeune âge, et qui ne connaissait ni l'usage des pieds, ni l'action du grand air sur ses sens, ni les mouvements d'un homme libre , eût la peau d'une délicatesse extrême : il n'avait point le goût, mais un vrai besoin d'un linge très-fin.

» Voilà tous les faits que f ai pu recueillir sur cet étonnant personnage. Je désire qu'on fasse toutes les recherches possibles pour découvrir le nom de son instituteur; qu'on visite les dépôts qui peuvent conserver les procès- verbaux de la naissance de Louis XIV. Il est bon qu'on fouille dans la chambre des comptes et dans la Bibliothèque du roi, car ces nouvelles anecdotes méritent l'attention des critiques et des érudits. Si leurs découvertes confirment que ce prisonnier était réellement un frère jumeau de Louis XIV, elles rendront plus chère encore à tous les Français la mémoire de cet intéressant prisonnier, qui fut pendanVsi longtemps l'objet d'une curiosité générale, et déshonoreront davantage les ordres arbitraires des ministres et des tyrans. »

(TIN DU TOME DEUXIÈME BT DBR IIBB

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