‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 11 sur 145 · LA REINE ET « LE DEVOIR CONJUGAL · texte numérisé non relu

LA REINE ET « LE DEVOIR CONJUGAL

n'est point du fait de la reine et il y aurait injustice à lui en imputer les conséquences. Elle souffrait, sans doute, quand le roi Iuiapportait,de ses soupers, l'odeur et le trouble du Champagne ; elle considérait alors que la sainteté du mariage était mal comprise par le compagnon de sa vie ; toutefois elle ne Se fût jamais permis de le lui reprocher. Elle a pu, d'autre part, imposer quelques trêves aux impatiences du roi, sur l'ordre d'une Faculté trop méticuleuse, mais jusqu'à la fin et sans relâche elle demeura désireuse de maternité. Les commérages du temps, sans excepter ceux de d'Argenson, interprètent fort malles sentiments de la reine sur ce point, et lui prêtent des mots, ou même des jeux de mots, que démentent ses lettres, ses paroles, toute sa vie. Pour l'historien cherchant à se renseigner, les témoignages qui manquent souvent en matière si délicate se trouvent en nombre dans le Journal du duc de Luynes.

La Faculté de la Reine, dont les démêlés avec la Faculté du Roi avaient assez souvent, paraît-il, aggravé les choses, aurait exigé la séparation. En 1788, la première eut définitivement gain de cause à la suite de circonstances qu'il est possible de reconstituer.

« Le Roi usait alors d'une nouvelle chambre à coucher: celle qui existe encore à Versailles, qu'il avait fait faire à l'intérieur de son appartement privé; elle était de dimensions plus commodes que la vaste chambrede Louis XIV, dont Louis XV avait dû, jusqu'alors, se contenter, en y grelotant et s'y enrhumant, et qui ne servait plus qu'aux levers, aux

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couchers, et à quelques autres usages d'étiquettes. La petite chambre était plus facile à chauffer l'hiver, plus facile aussi à quitter, en toute saison. Le 26 mai, le lendemain de la Pentecôte, le Roi traversa rœil-de-bœuf après son coucher et vint vers la Reine, ce qu'il n'avait encore fait de l'année et ce qui ne devait plus se renouveler.

« Quelques semaines après il parlait pour Compiègne, laissant, comme d'ordinaire, la Reine à Versailles. Elle croyait être grosse, raconte M. de Luynes, et avait mandé au roi l'état où elle se trouvait. Elle alla souper chez Mme de Mazarin, à la petite maison, au haut de la montagne de Saint- Cloud, que l'on appelle Montretout. Elle n'en revint qu'à la pointe du jour..., n'étant point accoutumée de se coucher si tard. La nuit même lui arrivait un accident qui prouvait qu elle n'était plus grosse et qu'elle s'était blessée ; elle n'osa pas en parler ni l'apprendre au roi,de peur que son voyage à Montretout ne fût désapprouvé ; elle lui fit savoir seulement que les soupçons de grossesse avaient disparu. Elle se leva et alla comme à l'ordinaire ; cette conduite fut suivie d'abord d'une perte de sang et ensuite d'un dérangement qui dura quelque temps. Dans cet état, Perrat lui déclarait que, si elle redevenait grosse, elle ne porterait jamais son enfant à bien. Ce fut là l'occasion des difficultés qui furent faites au roi à son retour de Compiègne ; on voit qu'elles étaient fondées.

(( Quant aux sentiments intimes de la Reine, un

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