LA REINE ET « LE DEVOIR CONJUGAL
autre récit, recueilli l'année précédente par le même auteur, est tout à faitsignificatif.il s'agit de la naissance de Mme Louise. D'après la légende, Louis XV, espérant un garçon et de fort méchante humeur, aurait brusquement nommé Madame Dernière celle qui le fut, en effet. La réalité fut tout autre. C'était le 26 juillet 1787 : le roi, resté auprès de la reine pendant ses douleurs, avaitembrassé la main qu'elle lui tendait ; immédiatement après être accouchée, ayant su que c'était une fille, elle le pria d'approcher et lui dit : « Je voudrais souffrir encore autant et vous donner un duc d'Anjou.» Le roi l'exhortait à se tranquilliser. Ce tendre appel de l'épouse, si touchant, si sincère, a été entendu par la duchesse de Luynes, dame d'honneur qui ne quitta point son chevet. Pourquoi semble-t-on ignorer son témoignage, éloquent à sa date, qui, dans une de ces heures où se livre le plus profond de l'être humain, révèle l'entière pensée de la Reine ? Le désir de remplacer le fils qu'elle a perdu n'a pas un instant quitté son cœur et, jusqu'à l'abandon définitif, elle appela de toute son âme un autre duc d'Anjou. Il n'est donc pas soutenable qu'elle se soit dérobée de façon quelconque à son devoir, ni se soit jamais montrée lasse de l'œuvre de maternité.— De Nolhac, Marie Leczinska, pp. 198-200. » — Voir Appendice, n"* i5: Surle détachement réciproque du roi d'avec la reine et les motifs qu'en donne le Comte Fleury, Louis XV intime.
LA REINE ET LES INFIDÉLITÉS DU ROI
LA REINE ET LES INFIDÉLITÉS DU ROI
a La reine était une grande pleureuse, de son naturel ; mais les larmes, si souvent le produit de la faiblesse, étaient la seule vengeance qu'elle se permettait, et depuis les premières infidélités du roi, elle ne laissa percer qu'une ou deux fois de petites malices, mais bien piquantes. Retirée chez elle pour lire ou pour prier, elle se prosternait des heures entières devant son crucifix et lui faisait l'offrande de ses peines. Elle regardait la vie du roi comme la source des calamités futures de la France, qu elle prophétisait déjà dans l'intérieur de son cabinet. Elle croyait que le ciel, en abandonnant son époux, abandonnerait aussi le royaume entier. Toute sa vie se passait dans les pleurs, les gémissements et les larmes. Les premières infidélités du roi lui avaient fait répandre un torrent de pleurs ; mais, peu à peu, accoutumée à se voir délaissée, éprouvant néanmoins toute l'amertume de la situation, reconnaissant
qu'elle en était en partie cause par le triple refus qu'elle avait fait éprouver au roi, elle se contentait de prier pour sa conversion. Elle avait été extrêmement piquée, en 1782, de voir une princesse du sang royal, la vieille princesse de Conti, conduire l'intrigue de Mme de Mailly avec le roi, et de ce qu'elle se trouvait en personne dans les parties de plaisir qui n'étaient plus de son âge et qui dénotaient un caractère inquiet et intrigant. Désolée de se voir enlever Louis XV, elle dit un jour, au sujet de la princesse de Conti, et elle en fut admirée: Un vieux cocher aime encore à entendre claquer le fouet. La repartie ne tomba pas, à la cour; on la répéta longtemps. Une autre fois Mme de Mailly lui demandait, avec un respect plus profond que d'usage, une permission relative à sa place; et, comme si la reine eût ignoré les progrès de ses galanteries... Comment! lui répondit-elle, oubliez-vous donc que vous êtes la maîtresse ? La reine soutirait encore, sans se plaindre, que celles de ses dames qui étaient devenues* maîtresses du roi ne fussent pas exactement assidues aux devoirs de leurs charges et ne l'exigea des autres, avec autorité, que vers la fin de sa carrière. Souvent Mme de Mailly envoyait à sa place Mme de Gontaut, ou toute autre complaisante qui n'était pas de semaine, pour se trouver au coucher de la reine, tandis que Mme de Mailly allait à celui du roi. D'autres fois la reine envoyait elle-même* aux petits soupers des cabinets ses dames qui y étaient invitées, et, lasse de multiplier les permis-
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sions, à cause du fréquent retour des dernières orgies nocturnes, elle donnait enfin une permission générale. Dans cette triste situation son unique soin était de plaire à Dieu, n'ayant, en 1743, d'autre société intime que celle des dames de Fleury, d'Ancenis, de Rupelmonde et surtout de l'incomparable dame de Luynes, sa bonne amie, chez qui elle allait, ordinairement, souper. Ces dames faisaient avec elle des lectures spirituelles, vivaient fort modestement dans la piété et méritaient bien, par leur vertu, d'être tournées ^en dérision par la cour libertine du roi. Louis XV vivait néanmoins avec décence, mais dans une froideur extérieure avec elle et semblait être peiné de trouver dans la vie privée de son épouse une critique trop évidente de celle qu'il menait dans ses cabinets, souvent il n'approchait point de la table du Cavagnole, où elle jouait, affectant de la tenir sans cesse dans son extrême réserve. Obligée de respecter cette sévérité d'un époux et d'un maître, trop souvent debout en compagnie sans que le roi lui dit : Asseyez-vous, Madame, refusée quand elle demandait des grâces, souvent même contrainte d'avoir recours à Mme de Mailly. Redoutant Mme de la Tournelle, elle voulut encore essayer de sortir de cet état passif en demandant pour Nangis, au cardinal, une grâce fort ordinaire. Le ministre, qui lui en avait refusé d'autres pour le même seigneur, ne voulut rien accorder; mais cette fois elle se sentit piquée au point qu'elle fît un effort et en alla porter ses plaintes à Louis XV,
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lui exposant la triste situation d'une reine de France, qui ne pouvait rien obtenir. Faites comme moi, lui dit encore le roi, ne lui demandez rien. Cette princesse essuyait encore plusieurs fois d'aussi désolants refus. — Mémoires du duc de Richelieu. »
Les débuts de Louis XV dans Tadultère, dit M. Pierre de Nolhac {Louis XV et Marie Leczinska), ont un caractère qui frappe l'observateur attentif. Pendant plusieurs années, sa première liaison ne fut ni définitive, ni sans remords. Elle subissait des scrupules et des ruptures. Le roi religieux arrête à des dates déterminées, avec une inflexible rigueur, l'essor de ses passions coupables. On ne peut oublier qu'alors, au moins à Pâques, il communie et remplit ses devoirs catholiques dans leur entière intégrité. Minutieux, ainsi qu'il le sera toujours, dans l'accomplissementdes pratiques, desjeûnes, des abstinences, il n'est point de ceux qui ignorent les conditions du repentir, ou qui se permettent de les enfreindre, au risque de leur salut éternel. Il faut donc qu'il fasse un effort loyal vers le changement de sa vie et qu'il s'essaie de bonne foi à rompre les liens qui l'enchaînent. Invoquant des pouvoirs supérieurs aux pouvoirs des rois, le moins que puisse exiger le confesseur pour l'absoudre, c'est qu'il reprenne avec la Reine la vie conjugale. On le voit, en effet, rentrer dans le droit chemin aux approches des « semaines saintes ». 11 cherche, en ces jours, à se corriger avec une bonne foi sincère, qu'il n'est point possible de mettre en doute. Avant Noël 1787, par
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exemple, après avoir délaissé la reine pendant huit mois, il vient passer auprès d'elle, les nuits des 22 et 23 décembre c'est qu'il doit faire la communion à « la grande fête » et qu'il n'y serait pas admis sans celte preuve de repentir.
Au reste toute lutte est courte en une âme aussi molle, et ce réveil religieux de Noël sera le dernier. Tombé malade avant de communier, le roi renonce à communier ensuite. Sa rechute n'a pas tardé. Le i4 janvier, dès son rétablissement, il va pour la première fois souper chez Mme de Mailly, dans son appartement de l'aile neuve. Lamaîtresse,unefois de plus, a plaidé, fort éloquemment, la cause de la passion. Le roi, du moins,n'ira pas jusqu'à l'hypocrisie. A Pâques suivant, au grand scandale, des dévots de la Cour,et aussi de ses sujets, le « Roi Très-Chrétien, le fils aîné de l'Église », renonce, pour la première fois, à « s'approcher de la sainte table ». N'étant point en état de grâce, il ne saurait guérir les écrouelles, et les malades réunis à Versailles, le samedi, doivent s'en retourner chez eux sans avoir été touchés. On donne pour prétexte une incommodité du Roi ; mais la situation est claire : il n'a point voulu se confesser ou le confesseur lui refusa l'absolution.