‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 131 sur 145 · BELLEVUE ET (QUELQUES AUTRES CHATEAUX · texte numérisé non relu

BELLEVUE ET (QUELQUES AUTRES CHATEAUX

226 LOUIS XV, SES MAÎTRESSES, LE PARC AUX UîûwFS

breck, dans la menuiserie. Ornent le salon les panneaux célèbres de Carie Vanloo : la Peinture, la Sculpture, V Architecture, la Musique, la Tragédie, la Comédie. Une galerie, où se voit un Amour délicieux, en marbre, par Sally, conduit à la salle de musique. A gauche est l'appartement du roi, sur la façade : il se compose d'une chambre où Vanloo a peint des dessus de porte, et d'un boudoir meublé en perse brodé d or, où Boucher a semé des sujets chinois. Au premier étage ce sont les appartements du Dauphin et de la Dauphine, meublés en péquin, ornés de peintures par Boulogne et Pierre Vernet; principalement sur la grande galerie, tendue d'étoiTt^ peinte par Pierrot, enrichie d'artistiques guirlandes de fleurs en sculpture et en peinture, et remplie de tableaux qu'a signés Boucher. (Test aussi une coquette salle de spectacle. Le Devin du village de Rousseau y fut joué; et dans le rôle de Colcilo, qu'elle chantera, Mme de Pompadour était chaleureusement applaudie, naturellement ; d'autant plus que, de par le protocole, encore en usage d'ailleurs, le monarque devait, et doit donner le signal des applaudissements. J.-J Rousseau, alors, recevra d'elle en témoignage de satisfaction cinquante louis ; et une lettre de remerciement prouvera que le « cadeau » fut accepté avec plus que de la reconnaissance. »

- C'est aussi à Belle vue qu'étaient,en 1 745, célébrées le3 victoires du roi. Voltaire imaginait un ballet : Le femnie de la rjlnire. Louis XV y fifforait SOMS

\ aspect et le nom de Trajan. 11 ne courait pas apirs la Déesse; elle venait à lui, se l'associait et la plaçait dans son temple, converti en temple de la félicité publique. Ce speclacle, d'abord exécuté dans l'intérieur des petits appartements, fut représenté par des seigneurs et dames de la cour, entre lesquelles brillait la favorite. Elle remplissait le rôle principal, et l'on juge combien le monarque dut être satisfait de se voir couronner à la fois par la gloire et l'amour. Il se passa à cette fête une anecdote singulière, que nous avions jusque-là révoquée en doute, mais que nous trouvons consignée sans aucune réclamation dans un ouvrage produit sous les auspices du frère puîné du roi. Voltaire en ce jour, où Ton avait banni toute étiquette, se trouvait dans la loge du roi, derrière Sa Majesté. Sur la fm de la pièce, il ne peut tenir à son ravissement, et saisissant le monarque entre ses bras, il s'écrie avec transport : eh bieni Trajan, vous reconnaissez-vous-là? Des gardes à l'instant viennent punir ce manque de respect et l'enlèvent; mais au fond, le mouvement était trop flatteur pour le roi, et il fit grâce au téméraire enthousiaste. Vie privée de Louis XV, »

Puis la marquise se lasse de Bellevue, comme elle s'était lassée de Montrelou, de la Ceile. Louis XV alors lui « achète sa maison» en 1757 pour 325.000 livres, que Mme de Pompadour employait à payer ses dettes. Lorsqu'elle mourut le roi donnai» Bellevue a ses filles, qui vite « en rafifolèrent ». Mai le château était remanié de fond en comble. Le

peinîuies de Lagrenée de Restout remplacèrent celles de Boucher et de Vanloo; et M. de Marigny, resté en fonctions comme « directeur des Bâtiments du roi » présidait à tous les remaniements dans la maison de sa sœur.

L'inconstant monarque s'était vite dégoûté — le mot n'est pas trop fort — de Bellevue, où les ftHes avaient été si somptueuses, où les petits soupers avaient été si recherchés si délicats, si libertins. Poisson, le père de la marquise, écrivait de V^ersailles, à son fils, alors en Italie : « Ce fut mercredi dernier 25 de ce mois, pour la première fois, qu'on fut occuper Bellevue. La cour y resta jusqu'au 27 ; elle y retourne mardi i®"" décembre jusqu'au 4- Votre sœur eut hier une prodigieuse migraine, je n'en suis pas étonné, car elle s'excède à meubler et à préparer tout ce qu'il faut à Bellevue. » — Voir dans P. de NoLHAC, Mme de Pompadour ei Louis XV, la description complète et de l'ameublement et du chûleau. Mais voici ce qu'à propos du second séjour écrivait un chroniqueur : « Le roi est très fort mécontent de Bellevue, où il fait grand froid et de la fumée; il s'y est mortellement ennuyé à ce dernier voyage, Ton assure qu'il n'y retournera pas », prévision que sennble confirmer cette autre lettre de Poisson. « On a déjà fait deux voyages à Bollevue, qui est bien la plus belle chose de la nature; mais pas en ce tempsci, où l'on a les vents de première main. » ' C'est alors rErmiiage qui plaît au roi. « ï\\vn de poli, de mieux soigné, deplurs voliipluousement des-

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sine que l'Ermitage. Ce pavillon enchanteur situé an bout de la pièce du Dragon, à Versailles, était masqué par un mur de clôture assez élevée. Une haute futaie achevait de le cacher aux yeux des profanes. On ne pouvait le découvrir que sur les lieux mêmes, ni s'y rendre que par une avenue tortueuse, négligée exprès, commen<;ant vers la porte du parc, i^ppelée porte de Mailly. Jamais le roi n'y allait avec beaucoup de monde : Delà Gorse, Souvenirs d'un homme de cour.

Ce furent aussi, au nombre des châteaux préférés - plus ou moins longtemps — par Louis XV, le (liAteau de Crécy, où Mme de Pompadour avait (travaillé à force de millions » ; celui d'Aulnay où sans compter davantage elle avait prodigué « promenades et perspectives ». G'esl là, qu'avec plus de somptuosité que partout ailleurs, elle recevait le roi, « dans un appartement réservé à ce glorieux usage » pour les visites qui duraient une longue quinzaine. <( Vous seriez bien surpris, écrivait à son fils, le père (le Mme de Pompadour, de voir aujourd'hui, comme moi, les magnificences de ce lieu, TeiTet admirable que produisent les canaux, la grande pièce d'eau qui est en face du château, dans le bas, les progrès (les plants et d'une infinité d'allées qu'on a plantées partout et surtout celle qui va à la patte d'oie jusqu au faubourg de Dreux, où l'on a fait un nouveau chemin. On avait meublé pour l'arrivée du roi Aulnay qui est totalement découvert aujourd'hui ; ce qui fait de la terrasse le plus beau coup d'œil

qu'on puisse voir... » Ni Bellevue, ni Crécy i.e survécurent à la Révolulion. Non seulement leurs ouvrages d^arl, et leur mobilier furent dispersés ou détruits, les boiseries saccagées ou perdues, mais rien ou presque rien, ne reste des bâtiments euxmêmes, de ces « maisons >>, parmi les plus exquises de l'époque et séjours préférés du roi.

Un souvenir, entin, au chAteau de Marly, ou Louis XIV ne manquait point d'aller chaque année. Son arrière-pelil-fils voulut faire revivre cette tradition Dès le lendemain du premier jour de l'an, Louis XV va s'établir à Marly. Malgré le froid de la saison, la reine Marie Leczinska, alors « en pleine lune de miel » peut admirer cette charmante maison royale qui n'a rien encore perdu de sa beauté. Presque tous les jours ce sont des chasses au cerf, au sanglier. On se promène, on joue au mail, on va en traîneau, ce qui est un divertissement nouveau en France. Puis on offrira à la reine vraiment « régnante », en ce temps, le plaisir des comédies jouées par les seigneurs et les da-mes de la cour. A neuf heures le roi va souper avec la reine à son grand couvert ; à onze heures le jeu qui avait commencé dès sept heures recommence : et il est de tradition, à Marly, que le jeu soit fort gros : en deux mois le roi et la reine perdent deux cent mille livres. Puis ce seront les concerts où la musique du roi, renforcée de chanteurs et de symphonistes venus de Pans, jouera en toute perfection possible, les fragments des pms célèbres opéras d'alors.

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