CONSEILS A LA REINE
Marie, écoutez-moi, laissez là le rosaire
Et regardez en moi votre ange tutélaire ;
Moi qui suis de Bourbon, l'amante et le conseil
Moi qu'il chérit autant et plus que son bon œil
Notre roi vous épouse et, cent fois la journée
Vous devez bénir l'heur de votre destinée,
Contemplez la bassesse où vous avez été
Et du prince qui m'aime admirez la bonté.
Qui, de l'état obscur de simple demoiselle
Sur le trône des lis par mon choix vous appelle,
Qui sur lui de l'Europe attire le courroux,
Pour tirer du néant votre père et vous,
Et qui vous sacrifie une infante d'Espagne,
Et tous les bons partis qui sont en Allemagne.
Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux
Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux,
Afin que cet objet d'autant mieux vous intruise,
A mériter l'état où Bourbon vous a mise,
A toujours vous connaître et toujours avouer
Que de l'acte fait il n'a qu'à se louer.
Nous ne prétendons pas, en vous déclarant reine
Que sur lui ni sur moi vous soyez souveraine ;
Vous goûterez en paix les plaisirs les plus doux ;
Les affaires d'État n'iront point jusqu'à vous ;
Nous vous tiendrons toujours sous notre dépendance,
Et nous aurons toujours la suprême puissance^
Réception des Chevaliers de l'Ordre du Sf-Esprit, . dans la chapelle de Versailles,
(3 luin 1724).
m"' de vermandois et m""' de prie
Louis est un enfant qui n'est roi que de nom ;
Le véritable maître est le duc de Bourbon.
Quoiqu'il ait peu d'esprit, ce n'est pas votre affaire ;
C'est à lui seulement qu'il importe de plaire,
Et ce que le soldat dans son devoir instruit,
Montre d'obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit frère,
N'approche point encore de la docilité.
Et de l'obéissance et de l'humilité
Où doit être pour nous une reine de France
Dont Gourtanvaux, sans nous, aurait fait l'alliance.
C'est à vous de chérir ce que nous chérirons ;
C'est à vous de haïr ceux que nous haïrons.
Si vos vœux, désormais, se règlent sur les nôtres,
Jamais aucuns plaisirs n'égaleront les vôtres.
Mais si, par un énorme et funeste attentat,
Vous vouliez nous ravir le timon de l'État
Le renvoi de l'Infante est la preuve certaine
Qu'à rompre un autre hymen on n'aura pas de peine.
Et nous aurons toujours les meilleures raisons
Pour vous faire revoir vos choux et vos dindons.
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