‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 33 sur 145 · LA JOIE DE M. DE LA VRILLIÈRE · texte numérisé non relu

LA JOIE DE M. DE LA VRILLIÈRE

Le roi m'a fait cocu, dessus mon âme,

J'admire mon bonheur.

J'irai bientôt, le tout grâce à ma femme,

Au plus haut point d'honneur.

D'un pareil trait faut-il que je m'attriste ?

Je serai ministre, moi,

Je serai ministre.

X98 APPENDICE

Cocu d'un roi, le fait est honorable

Peste ! Je le sais bien.

Un noir chagrin serait très condamnable ;

Ce serait fuir le bien.

Je ne veux point de ces honneurs austères.

Je suis La Vrillière, moi,

Je suis La Vrillière.

Dans ma famille, un chacun a des cornes ;

Pourrais-je en refuser ?

Tous mes parents les ont hautes, sans bornes ;

Moi, sans les mépriser.

Si notre roi m'en veut planter cinquante

Souffrons qu'il les plante, lui,

Souffrons qu'il les plante.

Il est certain qu'en ce moment, tout un essaim de de jolies femmes et d'ambitieuses attendent un signal du roi, « l'agacent » sans pouvoir lui toucher les sens et « les honnêtes gens de la Cour », suivant l'expression de Villars, admiraient l'exemplaire fidélité du roi. Un jour, las de chasser, las de souper sans espoir d'un amour de femme, las de s'ennuyer toujours et de ne « trouver chez la reine d'autresdistractions que de tuer les mouches sur les vitres», portant sur sa figure un grand air de tristesse, une teinture jaune qui fit craindre aux médecins qu'il n'eût la jaunisse, Louis XV, sur le conseil de la Faculté,suivant les uns, avec 1 approbation tacite du cardinal, instruit par Bachelier, selon les autres, « se décidaità se montrer « homme de tout point » : ce qui, dans le langage de l'époque, voulait dire « prendre une maîtresse ». L'indulgent beau-père qu'était le roi

LOUIS XV DANS SA JEUNESSE

Stanislas, se contenta de dire pour excuser le roi « que sa femme et sa fille étaient les deux reines les plus ennuyeuses qu'il eût jamais rencontrées ».

« Mlle de Charolais l'amusait mais il ne la croyait point capable de sentiment et ne la prenait pas au sérieux. Rien ne prouve, comme le rapporte Soulavie, qu'elle ait fait l'éducation d'adultère du roi. Les dames du palais de la reine, toutes de vertu peu farouche, attendaient un signal. L'une d'elles, la belle duchesse de Gontaut, fille du maréchal de Grammont, se déclarait toute prête. Le roi l'avait distinguée, la reine s'en montrait jalouse. Une méchanceté du duc de Gesvres qui avait à se plaindre de la duchesse fit crouler la « combinaison ». L'année suivante, en 1782, Louis XV levait son yQTTe^kV Inconnue et cassait ce verre, invitant sa table et celle que présidait le duc de Retz à lui faire raison. C'était dans un souper, à la Muette. Ce fut alors la curiosité grande de savoir qu'elle était \ Inconnue. Les voix des deux tables hésitaient entre Mme la duchesse la jeune — le duc de Bourbon avait en secondes noces, 1728, épousé une princesse de He^se — Mlle de Beaujolais et Mme de Lauraguais. Puis à Versailles on parlait d'une Mme d'Ancezuneet aussi de la présidente Portail. Mais les allures tapageuses de celle-ci avaient effrayé le roi ; le caprice avait disparu. VInconnue existait-elle réellement? Lorsque Mme de Mailly fut déclarée; en 1787, on se souvint que le roi rougissait lorsqu'était prononcé son nom. Voir le fort intéressant volume:

APPENDICE

Fleury, Louis XV intime et tes petites maîtresses. C'est le duc de Richelieu qui aurait procuré au roi Mme de Portail ; et les détails de la première entrevue auraient été réglés par les valets de chambre. Mme de Portail, quoique très belle, avait « le ton bourgeois » et le constrate était d^autant plus grand, quelle était fort élégante dans sa mise. L' « entretien » avec Louis XV ne fut peut-être pas poussé aussi loin que l'eût désiré Mme de Portail. Jolie, vaniteuse, elle ne se persuada pas moins qu'elle avait fait absolument la conquête du roi et « que le défaut seul d'une occasion sûre l'avait empêché de lui en donner des preuves convaincantes ». Toute férue de cette imagination, elle se laissait accoster, un soir de bal masqué, par un homme déguisé qui avait absolument la taille, la démarche, la voix de

L'homme mit à profit son erreur pour obtenir de la dame tout ce qu'il voulut demander ; et Mme de Portail ayant tout accordé, affecta de rentrer « en désordre » dans la salle, croyant sortir des bras de Louis XV. Mais « le garde du corps », qui trouvait trop belle, pour ne la point publier, la « faveur » qu'il venait d'avoir, raconta sa « bonne fortune » à qui voulut l'entendre. Et Mme de Portail devenait alors « la fable » de toute la cour.

LOUIS XV APRÈS SA MAJORITE

(( Le flegme et la timidité dominaient dans le caractère du jeune Louis XV. il savait à peine qu'il était roi de France : il montrait la plus grande réserve à tous ceux de sa cour avec lesquels il n'avait pas de rapports particuliers. Ensuite il redouta tout entretien avec les officiers supérieurs de l'armée, avec tous les personnages qui avaient la réputation d'un mérite éminent ou qui avaient des talents extraordinaires. Le jeune roi leur accordait cependant son estime, mais elle était sans admiration, évitant les jeunes courtisans de son âge qui avaient des passions bruyantes, fuyant tout ce qui avait trop d'éclat, paraissant déjà embarrassé de la gêne et de l'appareil de la royauté, craignant tout ce qui était grand ou puissant, en crédit dans son royaume, et ne développant son caractère qu'avec un petit nombre de courtisans de son âge dont il connaissait à fond les habitudes.

APPENDICE

« Il était très difficile; dans ce temps-là, d'obtenir sa faveur ; mais celui qui était parvenu à la posséder, en était assuré. L'abus seul de la confiance était la cause d'une disgrâce. Alors, ayant retiré ses bontés, on ne pouvait plus les recouvrer. Dans ses premières amours, inaccessibles encore aux yeux des courtisans, et longtemps avant la déclaration de la faveur de Mme de Mailly, on avait observé le même caractère. Il se brouillait aisément avec les maîtresses passagères qu'on lui procurait en secret, et ne pouvait plus se raccommoder avec elles. Il les recevait toutes d'une main étrangère, sans examen et comme pour les besoins de l'âge, ayant plus d'égard pour leur esprit et leur caractère, que pour la beauté de leur figure, se laissant caresser d'elles, et ne faisant aucune avance.

(( Les passions du roi manquant d'énergie n'annonçaient rien de dangereux, en elles-mêmes, aux observateurs de ce temps-là. On prenait pour de la sagesse cette tranquillité avec laquelle le roi voyait le bien et le mal, le vrai el le faux ; et comme son esprit paraissait s'attacher au vrai et son cœur au bien, les Français si portés à bien augurer du règne futur de leurs jeunes monarques, ne trouvaient que de bonnes qualités dans Louis XV, n'entrevoyaient rien de funeste à la France. Ils s'en firent donc une idée, et ne s'avisèrent pas que le défaut d'énergie dans son âme, le peu de sensibilité de son cœur et la facilité de l'une et de l'autre, qu'ils appelaient de la bonté, rendraient un jour bien inutiles les plus

LOUIS XV APRÈS SA MAJORITÉ

louables qualités du jeune prince que des maîtresses et des favoris adroits devaient un jour pervertir pour gouverner à leur aise le royaume de France.

« ... Les moiurs de quelques jeunes courtisans de l'âge du roi contribuèrent, d'ailleurs, à étouffer la sensibilité de ce jeune monarque. Tous les âges, tous les sexes, tous les rangs et presque tout ce qui l'environnait à la cour était corrompu depuis la Régence, si fatale à nos mœurs. Fleury avait, à la vérité, fait cesser le libertinage bruyant, mais il était encore impétueux et grossier dans ceux qui se trouvaient obligés de le cacher au regard du reste des courtisans. Environné de jeunes seigneurs dont les erreurs furent si connues, le roi, avant son mariage, se laissa entraîner par leurs exemples. Le cardinal de Fleury, qui en était instruit, l'en blâma. Pour l'en faire rougir on allait à la recherche de ceux qui menaient à Paris ce môme genre de vie. Un peintre fameux se donna la mort pour éviter le genre de supplice qui lui était destiné, et qui, selon nos anciennes lois, en est la peine. Du Chauiîour la subit et la police qui le jugea fit proclamer le crime et la punition comme un grand événement. Les crieurs en l'annonçant dans les places, avec scandale, pénétraient jusque dans l'intérieur des cours des hôtels les plus distingués et nommaient grossièrement ce que devait cacher la pudeur, et ce qui excitait la curiosité de l'innocence. On va punir des gens qui ont fait de la fausse monnaie, répondit la princesse de Gondé, à ses enfants. Ce grand exemple

APPENDICE

et des punitions plus terribles que la Hollande avait ordonnées pour punir le même vice firent une forte impression sur l'esprit du jeune Louis XV. Les femmes qui rapprochèrent l'agacèrent, et pendant quelques moments, les deux sexes se disputèrent le roi de France. Une guerre ouverte éclatait entre de jeunes mécontents et des femmes adroites, qui lui firent sentir et rechercher les beautés de la nature. Le beau La TremoïUe, encore adolescent et toujours chéri, et Mlle de Gharolais, éprise d'amour, se déclarèrent la guerre et se la firent longtemps. « Des vers et des mémoires outrageants en furent le résultat, et le cardinal favorisant la princesse aux dépens de la Tremoïlle, celui-ci fut poursuivi, dans la suite, avec acharnement et sans pitié par sa rivale, jusqu'à l'armée d'Allemagne ; lors même que la Tremoïlle converti n'avait plus de cœur que pour son épouse. — Voir ce que nous avons dit de Mlle de Charolais dans notre volume; Le Régent, ses filles

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