ET LES DAMES GALANTES DE LA RÉGENCE
« Ces mémoires et ces vers méritent sans doute Toubli de la génération actuelle, mais l'histoire doit conserver ceux que la jeune princesse composait elle-même pour séduire le jeune monarque. Dès l'âge de dix-sept ans ses regards annonçaient le besoin d'aimer et, à la manière dont il repoussait la princesse qui ne le perdait pas de vue, on jugeait qu^il fallait de la délicatesse et de l'assiduité pour le subjuguer. Mlle de Charolais conduisant toujours cette affaire de cœur avec esprit et avec beaucoup
LOUIS XV APRÈS SA MAJORITÉ
de suite, s'avisa un jour d^n moyen singulier. Elle mit ces vers dans la poche de Louis XV.
Vous avez Thumeur sauvage Et le regard séduisant ; Se pourrait-il qu'à votre ûge Vous fussiez indifférent ?
Si l'amour veut vous instruire Cédez, ne disputez rien ; On a fondé votre empire Bien longtemps après le sien !
« Louis XV se laissa entraîner et, quoique l'histoire de ses galanteries, avant la déclaration de Mme de Mailly, soit très confuse et peu connue, on sait que depuis qu'il n'alla plus aussi souvent à Rambouillet, il fut aimé d'une manière passagère, secrète et sans intrigue de plusieurs femmes. Ses amours avec Mme la comtesse de Toulouse ne sont pas bien avérées ; on n'a sur cetarticle que des indices, mais fhistoire de ses amours avec Mlle de Charolais est incontestable et ce prince eût été plus longtemps tidèle à cette amante si elle n'avait oublié que le roi voulait plus de solidité dans les sentiments qu'on lui témoignait ; ce dont elle était absolument incapable... Tel fut le caractère de Louis XV jusque vers l'âge de trente ans. Celui de la reine Marie Leczinska, son épouse, avait encore moins d'éclat. Elle était timide, réservée et craignait sans cesse de déplaire à son époux. Maîtrisée par le cardinal de Fleury ; obligée de se soumettre à ses volontés, s'adressant quelquefois, et toujours vainement, à Louis XV pour secouer l'era^
APPENDICE
pire du ministre, elle était condamnée à ne rien demander, même pour ses favoris ; à se tenir éloignée de toute connaissance des affaires, à vivre au milieu de la cour, sans en connaître les intrigues, à refuser de s'en mêler, et à s'occuper uniquement de pratiques religieuses. Charitable envers les pauvres, son désintéressement fut tel, une fois à Compiègne, qu'elle y laissa tout ce qu'elle avait aux communautés et k l'école d'artillerie, en sorte qu'elle ne put jouer à quadrille, à Marly, qu'avec de l'argent emprunté.
« ...En tout cas, le roi avait si bien vécu avec sa femme jusqu'en 1782 que le public ne soupçonnait que légèrement les infidélités passagères qu'on lui attribuait avec Mme la comtesse de Toulouse, Mlle de Charolais, Mlle de Clermont, sa sœur ; avec Mme de Nesle, mère de Mme de Mailly, avec Mme de Rohan, Mme la duchesse et quelques autres. Il aimait et il estimait la reine ; il avait encore beaucoup d'attentions pour elle, il assurait à tous les corrupteurs qui lui vantaient adroitement la beauté de quelque femme, qu'elle n'était point si belle que la sienne...
« Avant la rupture des époux, on avait cependant observé quelques démarches du roi qui donnèrent beaucoup à penser. Le roi se retirait, le soir, dans ses petits cabinets pour souper avec de jeunes seigneurs de son âge et on observa, le 24 janvier 1782, jour auquel la compagnie avait un peuplus bu qu'à l'ordinaire, que Louis XV but à la santé de sa maîtresse
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inconnue, cassa son verre et invita ses convives à le « casser avec lui, à deviner le nom de cette inconnue et à déclarer à la compagnie quelle dame de la cour pouvait lui plaire... On jugea depuis ce repas que le roi, déjà, pensait à quelque rnsLliresse... Mémoires du duc de Richelieu. »