LES PETITS SOUPERS
Voici quel était le curieux cérémonial pour ces fameux « petits soupers », si fort recherchés, car c'était une inouïe marque de faveur que d'y être invité, et fort restreint était le nombre des élus. Les femmes averties la veille n'avaient, après le spectacle, qu'à suivre le roi. Mais pour les hommes il y avait une étiquette humiliante. Ils se plaçaient au théâtre sur deux banquettes, vis-à-vis des femmes invitées. Cela s'appelait se présenter pour les cabinets. Pendant le spectacle, le roi, qui était seul dans sa loge, dirigeait une grosse lorgnette sur ces bancs, en même temps qu'il écrivait, au crayon, un certain nombre de noms. Les seigneurs qui s'étaient assis sur ces banquettes se réunissaient dans une salle qui précédait les « cabinets ». Alors, un huissier, tenant un bougeoir à la main et tenant le petit papier sur lequel le roi avait écrit, entr'ouvrait la porte. Il appelait un nom; l'heureux élu faisait une révérence aux autres, et il entrait « dans le saint-des-saints ».
La porte se rouvrait. Appel d'un autre nom jusqu'à
APPENDICE
ce que la liste fût épuisée. Cette fois l'huissier repoussait la porte avec « une violence d'étiquette ». Voir Fleury : Louis XV intime. Maugras : Le duc de Lauzin et la cour intime de Louis XV. Paris, Pion, 1907.