LES ORIGINES DE LA LIAISON
la elef, où il descendait par un petit escalier, et l'appartement donné à la comtesse de Mailly était tout proche. On dit aussi qu'elle va aux soupers particuliers de la Muette, avec les seigneurs, sans autres femmes. Tout cela a ouvert les yeux à ceux mêmes qui n'approchent pas assez pour voir ce qui se passe. On dit que le roi donne à la comtesse six mille livres par mois. Elle pourrait bien faire son mari duc sans que personne y trouvât à redire. C'est un nom connu parmi nous comme de la première noblesse de ce pays-ci. Journal de Barbier à la dale de 1737. »
Mme de Mailly, en effet, mit dans son amour plus de sentiment que de vanité, sans aucune vue d'avidité personnelle. Son esprit aimable, sa douceur caressante surent, d'abord, retenir le roi, mais elle n'était pas assez belle pour le fixer longtemps. « Elle a, dit un contemporain, le visage long, le nez de même, le front grand et élevé, les joues un peu plates, la bouche grande, le teint plus brun que blanc, deux grands yeux assez beaux, fort vifs, mais dont le regard est un peu dur. Le son de sa voix est rude, sa gorge et ses bras laids. Elle passe pour avoir la jambe fine, beauté que, peut-être, elle doit à sa maigreur. Elle est grande, marche d'un air assez délibéré ; mais elle n'a ni grâce ni noblesse, quoiqu'elle se mette d'un très grand goût et avec un art infini ; talent qui lui est particulier et que les femmes de la cour ont, en vain, tâché d'imiter. » •
Mme de Mailly serait-elle la Sainte Madeleine de Nattier ? Louis XV était encore, à celte époque.
APPENDICE
assez timide ; une beauté séduisante, éblouissante l'eût peut-être effrayé, ou, tout au moins troublé. En lui choisissant Mme de Mailly on avait donc excellemment choisi. Si tout d'abord le cardinal Fleury n'approuva point, plus tard, force lui fut de reconnaître que le choix était parfait. « Ah I disait-il, lorsque Mme de ChAteauroux entrait en scène, ah ! si vous saviez combien il était nécessaire que Mme de Mailly eût le cœur du roi, combien il serait funeste de le lui enlever, combien il faut le lui conserver ! Je tiens, sans doute, un étrange langage pour un prêtre, mais la cour de Louis XIV, celle de Louis XV, ressemblent trop peu à celle de saint Louis... Le roi pouvait se perdre par un mauvais choix ; il n'y en avait qu'un bon qui pût le sauver. Il a, du moins, les vertus de Mme de Mailly, laissons les lui ! »
Quoi qu'en disent les Mémoires de Richelieu ; quoi qu'en racontent certaines anecdotes malicieuses du temps, Mme de Mailly, bien qu'elle aimât le roi depuis longtemps, ne se fût pas jetée la première à sa rencontre si Mme de Tencin, qui voulait gouverner un peu par la maîtresse, ne pouvant le faire par la femme, ne l'eût enhardie dans sa passion. « Quoi ! s'écria Mme de Mailly, je serais la maîtresse du roi ! Que dirait-on ? — Ce qu'on dirait, répondit Mme de Tencin ! Avez-vous donc peur des chansons ? On dit bien de moi que je suis la maîtresse de tout le monde. — Mais Dieu ? dit Mme de Mailly. — Dieu ! rassurez-vous, je ne reçois que des cardinaux, je vous donnerai toutes les indulgences. »