M"® DE MAILLY ET M"' DE LA TOURNELLE
il n'y avait qu'un seul exemple de pareilles grâces. Louis XV était si amoureux qu'il accorda tout, et le crédit de la nouvelle maîtresse devint si grand qu'on jugea qu'elle gouvernerait absolument son royal esclave.
« Point de galanterie qu'il n'imaginât en sa faveur. Ce fut pour elle que les artistes s'épuisèrent de nouveau en recherches ingénieuses dans ces réduits charmants, asiles des plaisirs du couple fortuné. Ce fut pour elle qu'on inventa des machines propres à la transporter d'un lieu à l'autre, dans les temps et les circonstances que son amant jugeait mériter les plus grandes attentions.
« Mme de Mailly n'apprit sa disgrâce qu'avec une douleur inexprimable. Comme elle avait aimé de bonne foi, ce coup fut encore plus terrible pour elle. La religion seule lui olFrit quelque consolation. En ce temps-là le père Renaud de l'Oratoire était renommé pour la prédication. Dans ce vide que lui causait la perte de son amant, elle cherchait à devenir dévole ; elle fut entendre cet orateur, d'une belle physionomie, d'un son de voix enchanteur, d'une éloq^uence ferme et séduisante en même temps. Ces qualités devait lui rendre le personnage agréable ; elle désira l'entretenir. Il porta la grâce dans son cœur ulcéré ; son zèle la fît entrer en elle-même. Les fréquents entretiens d'un directeur aussi insinuant rétablirent le calme dans le cœur de la Magdeleine de la Cour ; ils l'éclairèrent sur ses devoirs ; on vit cette femme, autrefens vêtue si superbement, nageant
dans les délices, sans cesse occupée de plaisirs, fréquenter assidûment les églises, simplement mise et confondue avec les femmes du commun, dont elle ne se faisait distinguer que par son recueillement, sa modestie et ses larmes, que par sa douceur à supporter quelquefois les huées et les injures d'une canaille insolente, qui la regardait comme l'auteur des calamités publique. Enfin, on la vit dans son état d'humiliation, plus admirée et plus respectée des véritables appréciateurs des choses, qu'elle ne l'avait été dans tout l'éclat de sa faveur.
« Un trait qui fit infiniment d'honneur à Mme la comtesse de Toulouse, qui avait en quelque sorte produit Mme de Mailly à la cour, ce fut que durant son exil, elle resta toujours son amie; qu'elle l'accueillit chez elle à cette époque et la logea dans son palais pendant plus d'un an. Elle provoquait ainsi avec hauteur la disgrâce du Roi, mais elle avait un trop grand ascendant sur lui pour qu'il osât y mettre cette princesse, et la même faiblesse qui avait porté le Monarque à consentir d'éloigner cruellement sa maîtresse, l'empêcha de montrer à la comtesse de Toulouse le mécontentement qu'il ressentait de sa conduite envers la disgraciée ; reproche indirect, mais sensible à la sienne.
« Ce ne fut que par la suite que Louis XV assura environ 4o.ooo livres de rentes à Mme de Mailly, lui donna un hôtel rue Saint-Thomas-du- Louvre, et enjoignit qu'on payât ses dettes montant à environ 765.000 livres j somme qui, quoique trop considé-
APPENDICE
rable encore pour TÉlat, ne devant pas supporter pareille charge, paraîtra bien modique si Ton fait attention qu'elle n'avait jamais tiré aucun avantage de sa grandeur, et que durant cet intervalle elle ne jouissait que d'environ 25.ooo livres de rentes, qui ne suffisaient pas à beaucoup près pour la dépense qu elle était obligée de faire à la Cour. Le payement des 765.000 livres fut assigné sur les revenus des fermes; mais malgré les ordres du Roi, ceux qui furent chargés de la distribution des fonds, non contents de faire languir les créanciers, les frustrèrent enfin de la^plus grande partie de leur argent.
« En perdant les bonnes grâces du Roi, la favorite perdit aussi celles de sa maîtresse, ou parut les perdre puisqu'on lui ôta sa place de Dame du palais de la Reine ; c'est-à-dire qu'on l'éloigna de Sa Majesté dans le moment où elle se rendait digne d'en approcher, par son repentir, par la régularité de ses mœurs et par une piété exemplaire, parfaitement analogue au goût et au genre de vie de la Souveraine. Au contraire, Mme la marquise de La Tournelle succédait à sa sœur par cet usage infâme, introduit sous Louis XV pour la plus grande commodité de fixer de cette manière à la Cour les objets de sa passion ; et sous prétexte de sauver le scandale public, de l'augmenter. Quoi de plus abominable que de forcer son auguste compagne a continuellement avoir près de sa personne et sous ses yeux l'objet de son mépris et de son indignation ; à devenir» en quelque sorte, la sauvegarde des plaisirs de son époux
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et la complice, de ses désordres. Vie privée de Louis XV... »