‹ Louis XV [microform]: ses maitresses, le Parc aux Cerfs, d'après le Journal-Mémoires de d'Argenson, les chansons du temps et les mémoires du Duc de RichelieuChapitre 85 sur 145 · ROI DES KOFIRANS · texte numérisé non relu

ROI DES KOFIRANS

Ouvrage traduit de l'arabe

Du voyageur Krinelbol

(Les amours de Louis XV, roi des Français)

PAR Crébillon

Ce petit (( roman à clef» — en ce temps, ils étaient fort à la mode — enlace étroitement l'histoire véritable, si Von tient compte des broderies que sur la trame peuvent tisser les romanciers et les poètes; mais, en une élégante et subtile psychologie, celle du dixhuitième siècle', Crébillon, le Crébillon des Egarements DU COEUR et de l' ESPRIT, du SOPHA, du

Hazard du coin du feu, de la nuit et le moment, nous analyse alertement w l'état d'âme de Louis XV », alors que pour maîtresses officielles^ il eut, successi-

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meni^ les trois sœurs de Mailly. De ce roman y qui se continue par Mme de Pompadour, nous ne donnons ici que ce qui concerne Mmes de Mailly y Vintimille et Châteauroux.

... Les heureuses inclinations de Zéokinisul promellaient aux Kofirans (aux Français) un règne aussi heureux que le précédent ; mais par une fatalité assez commune chez eux, le jeune monarque se laissa guider par un vieuxMo//acA:(le cardinal Fleury) autrefois son percepteur, auquel il abandonna entièrement la conduite de son royaume... L'avarice était sa passion dominante ; cependant, cette passion il ne la fit servir qu'à remplir les coffres de son maître. Ennemi de la guerre, il ne l'entreprit jamais, dans les cas mêmes les plus indispensables, qu'à son corps défendant. Sa lésine a souvent fait échouer les projets les mieux concertés. Mais au milieu de tous ces défauts, il posséda toujours l'amitié du prince, à tel point qu'aucun courtisan n'osa s'en plaindre ni risquer d'éclaircir sa conduite.

... Zëokinisul^ ainsi que je l'ai rapporté, aimait éperdument la reine, son épouse. Jamais aucun roi des Kofirans n'avait été si fidèle à la sienne; et ce peuple, naturellement léger, ne pouvant s^imaginer qu'il y eût du plaisir dans un amour constant, souhaitait que son souverain pût former une intrigue avec quelque belle personne de sa cour. Ce souhait, si peu raisonnable, était coloré du bien de l'Étal et de la gloire de l'empire. Verrons-nous toujours, disaient les Kofirans^ nos rois sous la tutelle des

Le Maréchal de Richelieu.

LES AMOURS DE ZEOKINISUL

Mollahs ? A quoi nous seii la paix que rincapacilé des hommes entretient, puisque nos impôts sont aussi forts que si nous étions en guerre ? Que notre roi n'a-t-il une intrigue ? L'ambition de la favorite lui ferait chérir l'indépendance ; et, maître de ses actions, au lieu de nous laisser énerver dans l'oisiveté, bienlôt il emploierait nos forces pour la gloire ol l'ai^randissement du rovaume. Tels étaient les discours des Kofîrans, et Jéflur (Fleury) ne les ignorait pas ; mais, plus clairvoyant qu'eux, il ne jugeait pas que l'accomplissement de leurs vcrux produisît reflet qu'ils désiraient. Au contraire, il se persuada bientôt qu'une nouvelle passion dans le cœur de Zéokinisul le rendrait encore plus inappliqué aux alYaires de son État, et qu'occupé entièrement de son amour, il ne tarderait pas à les abandonner. Sur ce principe, loin de désapprouver le souhait des peuples entièrement opposé à la religion et aux lois, il ne songeait qu*à travailler à son accomplissement. La reine ne devait point les sentiments de son époux à sa beauté. Quand même elle n'aurait pas été d'un tiers plus âgée que lui, ses traits n'avaient point de quoi captiver le cœur d'un monarque assiégé chaque jour par des beautés sans nombre. C'était au caractère généreux et reconnaissant, au cœur droit et religieux de ce prince, qu'elle devait rapporter le parfait retour dont il payait sa tendresse. Mille fois lesentimentde son devoir lui avaitfait regarder avec indignation quelques courtisans qui lui vantaient les charmes de quelques houris de sa capitale ; et un L 26

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jour qu'un des gentilshommes de sa chambre lui vantait les charmes d'une beauté sans pareille, il ne répondit qu'en demandant d'un air dédaigneux, si elle était plus belle que la reine? Ce n'était donc pas une entreprise facile pour le Mollack d'en détacher ZéokinisuL II changeait alors de batterie et résolut d'engager la reine elle-même à éloigner d'elle son époux, dont elle était chérie tendrement.

Née dans un pays où la religion se distribue au gré du Pepa (pape) qui s'en dit l'arbitre, cette princesse avait eu beaucoup de penchant pour ce qui est appelé dans le royaume des Kofirans, bigoterie, ou dévotion déplacée. Les mœurs de ces peuples et leurs sentiments sur la religion, un peu mieux raisonnés que dans le pays de cette princesse, l'avaient gênée dans son inclination sans cependant l'avoir désabusée. Ce fut de ce côté que Jéflur, tendit ses pièges. Il plaça près de la reine un de ses dervis (prêtres) adroit scélérat s'il en fut, et qui connaissait très bien le talent exécrable de donner au péché les couleurs de la sainteté et d'apprendre aux grands dont ils se ménagent les bonnes grâces, à prix de bassesse et d'infamies, l'art de pécher sans crime. Ce traître s'acquitta au gré de Jëfîui\ de sa commission. 11 vint réchauffer dans le cœur de sa trop pieuse souveraine les sentiments et le zèle fanatique de sa religion. Il lui fit valoir le mérite des jeûnes, des prières ; et, des macérations et après avoir affermi dans tous ces points sa crédule prosélite, il lui parla de la chasteté comme d'une vertu absolument néces-

saire pour mériter les faveurs du ciel. Il insista fortement sur le genre de cette chasteté qui devait, lui disait-il, être entière et sans égard pour aucun engagement humain. La malheureuse reine séduite par les discours et l'hypocrite piété du dervis, avalait à longs traits le poison qu'il avait préparé. Elle passait les jours et les nuits en dévotion, à prier et à se macérer suivant les avis de son infâme directeur. Bientôt elle en vint à cette chasteté superstitieuse qu'il exigeait d'elle, et croyant en avoir trop fait pour rester en un si beau chemin, elle résolut, pour se consacrer encore plus dignement à cet époux spirituel qu'on lui promettait, de se sevrer des caresses de celui auquel elle était unie par les nœuds les plus sacrés étales plus indissolubles. Ce jeune roi que, depuis quelques jours, ce commerce mystique fatiguait fortement, se trouva fort offensé, lorsque demandant à la reine de répondre à sa tendresse, il se vit rebuté sous le prétexte d'incommodités imaginaires, dont elle ne ressentait aucun atteinte. Loin de se rendre, cependant, il n'en devint que plus pressant. Ce fut alors que cette princesse, pour se débarrasser de ce qu'elle appelait les importunités de son époux, lui fit dire et lui confirmait elle-même que par une infirmité incurable elle était devenue inhabile aux fonctions du mariage. Cette nouvelle fut un coup de foudre pour le monarque. Plongé dans la plus cruelle mélancolie il fut trois jours sans sortir de son appartement. La chasse qui toujours avait eu pour lui lant de charmes, parut lui devenir insipide. Il

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fuyait la compagnie, et ses plus chers favoris pour être soufferts auprès de lui «n'en devaient approcher que la tristesse peinte sur le visage. Jéflur triomphait de la réussite de son projet. 11 gagnait un des chambellans qui était fort avant dans la confiance du roi ; et l'ayant instruit d'où partait ce trait qui lui déchirait le cœur, il lui fit de grandes promesses, s'il venait à bout de l'arracher.

Kérilieu (le duc de Richelieu), c'était le nom du chambellan, y consentit et chercha l'occasion d'être seul avec son maître. Il ne tarda pas à la trouver. Un jour que Zéokinisul, appuyé nonchalamment sur un sopha, rêvait profondément au changement de son épouse, le chambellan vint se jeter à ses pieds. « Souffre, lui dit-il, qu'un fidèle sujet ose pénétrer dans les secrets de Ta Hautesse. Tu connais, Seigneur, mon attachement respectueux pour ton auguste personne. Tu sais que ta gloire et ta satisfaction me sont plus chères que ma vie. Daigne donc, Seigneur, m'apprendre le sujet des chagrins dont tu me parais dévoré. Verse dans le sein d'un serviteur fidèle toutes tes inquiétudes. Peut-être trouvera-t-il les moyens de les adoucir — Kérilieu, voyant que son discours ne faisait aucune impression sur le roi qui, toujours dans la même posture ne paraissait pas y donner la moindre attention, poursuivait ainsi « Mais, Seigneur, je m'aperçois que ma hardiesse t'offense, j'ai perdu la confiance de mon maître, c'en est assez ; parle et que Ta Hautesse décide le sort d'un objet qui lui est odieux. »

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Le ton animé avec lequel l'audacieux Kérilieu prononça ces dernières paroles tira le roi de son assoupissement. Non, lui répondit-il, en le relevant, non mon cher ami, je t'aime toujours et si je ne te confie pas mes chagrins, c'est qu'ils sont sans remèdes et que tu n'aurais que la douleur de les apprendre, sans pouvoir les soulager. La reine ! Xh I ne m'en demande pas davantage : il faut que je sois éternellement malheureux ou que je perde l'estime de mes sujets, le parti est pris ; il n'y à plus à balancer, et mon choix est déjà fait. Va, retire-toi, et que je m'affermisse dans ma résolution. » Kérilieu n'insista pas davantage. Il courut annoncer au Mollah qu'il avait déjà mis le premier appareil sur la plaie du roi. Puisque j'ai arraché de son cœur, ajouta-t-il, le funeste secret qu'il renferme, je me flatte de pouvoir dans peu le guérir de sa blessure. » C'est beaucoup, reprit J^/?«r, que de consoler Zéokinisul, mais ce n'est pas assez ; il faut encore que tu lui fasses donner son cœur à celle que je te nommerai. Réussis dans ce point et je te promets mille tomans pour la première marque de ma gratitude. »

Le roi, cependant, s'était un peu soulagé par la confidence qu'il avait faite à Kérilieu. 11 le chercha le reste du jour, mais l'habile entremetteur sut esquiver le tête-à-tête. Bien plus, il ne se présenta point, les jours qui suivirent, devant son maître et le réduisit ainsi à l'appeler lui-même auprès de sa personne. Dès qu'ils furent ensemble : « Mon cher Kérilieu, dit le roi, je t'avais bien dit que mon mal

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était sans remède et que tu n'aurais que le déplaisir de l'apprendre sans pouvoir le faire cesser. — Seigneur, interrompit le rusé chambellan, d'un air timide, j'en sais bien le moyen, mais je n'ose le proposer à Ta Hautesse ; et, cependant, c'est le seul à mettre en usage. — Ah I parle, dit le prince, en Fembrassant, quand mêmeje refuserais de m'en servir, je saurai toujours gré à ton zèle de l'avoir imaginé. — Une femme cause les peines de Ta Hautesse, une autre peut seule les dissiper. — Quel conseil oses-tu me donner, infâme, répondit Zéokiniziil indigné; ne t'ai-je pas dit que j'aimerais mieux périr que de perdre l'estime de mes sujets? Interprète et protec teur des lois, ne dois-je montrer ma puissance que par ma hardiesse à les enfreindre? — Que Ta Hautesse daigne m'écouter, repartit AV/*///ew sans être effrayé de la colère du roi. Je le jure par ta tête, Seigneur, que je n'eus point dessein de t'olTenser. Trop prompt à interpréter mes sentiments, tu as cru que mes intentions étaient vicieuses. Mais, Seigneur, Ta Hautesse fait-elle si peu de justice à Kérilieu que de penser qu'il voulût flétrir ta gloire ? Non ! j'atteste le ciel que je périrais plu tôt mille fois. En disant àTa Hautesse que c'était dans le commerce des femmes qu'elle devait chercher le remède à ses maux, je n'ai entendu que celui qu'approuvrent les lois divines et humaines ; et que, la solitude ne pouvant qu'augmenter tes peines, l'enjouement el la vivacité amusante du sexe dans ses conversations, était le seul contrepoison des idées qui t'affligent. — Le pas est trop glissant,

reprit le roi. Les femmes qui savent plaire à l'esprit ne tardent guère à passer jusqu'au cœur, et puisque la reine me remette don que je lui avais fait du mien, je ne veux travailler qu'à le conserver libre. »

En même temps il changea de discours ; et, peu après, quittant son confident, il lui laissa la liberté d'aller faire son rapport à Jéfïur. « Je te devrai tout, lui dit le Mollack, en l'embrassant, mais je ne serai pas ingrat. Liamil (Mme de Mailly), femme du bassa de ce nom, est celle que tu dois proposer à Zéokinisul. » Ace nom, Kérilieu ne put retenir sa surprise. « Quoi ? dit-il au ministre, tu penses qu'une personne de cet âge pourra le captiver? Que Ta Sainteté considère donc quels sont les scrupules de Zëokinisul. Il ne faut pas moins qu'une beauté accompUe pour le forcer à une infidélité qu'il regarde comme un crime, et tu dois lui présenter dans Liamil, ce qu'il y a de moins piquant à la cour et, de plus, une femme que le devoir attache à son époux. Le prince ne sera-t-il pas effrayé à l'idée d'un double crime, lui qui pâlit à celle d'un seul ? Ah ! savant Mollack, tu me demandes plus que je ne saurais faire. Donne, donne du moins une jeune personne, gaie, aimable, séduisante et alors je te réponds du succès.

« Que tu connais bien peu Zëokinisul, interrompit le ministre. Ne'vois-tu pas que ce prince habitué à des appas surannés ne trouvera d'aimables que des traits ressemblants à ceux de son épouse? D'ailleurs aurat-il le temps d'écouter ses scrupules ? Moins Liamil est belle, moins il s'en défiera. C'est sur son esprit

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plus que sur sa beauté que je compte. Tu le sais, elle en a infiniment, et c'est par là que je veux qu'elle plaise ; l'occasion fera le reste. D'ailleurs, penses-tu que j'entends si mal mes intérêts que de donner à Zéokinisul une jeune maîtresse, dont l'ambilion ne sera satisfaite, qu'en se voyant la dispensatrice des dignités du royaume et le canal des grâces ? Non I Non! cher Kérilieu! C'est Liamil qu'il faut au roi. C'est elle que tu dois lui faire agréer, si tu veux conserver dans moi le meilleur et le plus puissant de tes amis ; toute autre qu'elle me ferait prendre ombrage. Tiens, voilà un billet de mille tomans ; va te les faire payer au trésor. Mille autres t'attendent après le succès. » Jéfliir n'était rien moins que libéral ; mais l'affaire était pour lui de trop grande importance pour se priver, par une épargne mal placée, de l'habile conducteur qui s'en était chargé. Kérilieu se rendit, le jour suivant, au lever du roi. Ce prince le fit entrer dans son cabinet, où rappelant la conversation du jour précédent : que ton remède est peu de choses, lui dit-il, pour ce que j'endure ! Mes maux veulent plus que des paroles. — Je connais une personne, répondit Kérilieu, dont l'entretien est si charmant, que Ta Hautesse ne la verrait pas deux fois sans la goûter et reprendre sa première gaieté. Comme le roi semblait en douter, le chambellan s'échappa et courut à l'appartement de la reine avertir Liamil que le roi l'appelait. Liamil transportée de joie et déjà prévenue, s'empressa d'accourir ; mais quelle fut sa surprise lorsque Zéokinisul ne fit

que la parcourir des yeux, sans lui dire une seule parole. Quelque préparée qu'elle fût à son rôle, elle rougit, moins de honte que de dépit ; et n'osant rompre le silence la première, après être restée un quart d'heure environ dans l'appartement, elle s'inclina profondément et se retira, la rage et la confusion dans le cœur. Le Mollack qui l'attendait au passage fit ce qu'il put pour la consoler. Fie-t-en à moi, lui dit-il, Zéokinisul est blessé ; donne-lui le temps de se mettre au-dessus des remords et tu n'auras pas Heu de te plaindre. En effet Zéokinisul ne la vit pas plutôt éloignée, qu'il se repentait de l'accueil glacé qu'il lui avait fait. Il se reprocha son incivilité et pour lui en faire une espèce de réparation, il fut chez la reine. C'était le moment de crise pour cette princesse. Si elle eût fait trêve, avec sa dévotion outrée pour recevoir, ainsi qu'elle devait, le prince son époux, les projets de Jéflur étaient ruinés et les mille tomans de Kérilieu restaient au trésor ; mais, lui ayant fait dire qu'elle suppliait Sa Hautes;se de lui permettre d'achever sa prière avant de l'aller trouver, il eut le temps de parler à Liamil, — Pleindes éloges que Kérilieu avait fait de l'esprit de cette femme, il crut qu'elle les justifiait pleinement; et sous prétexte d'un goût invincible pour sa conversation, il lui donnait un rendez-vous dans son cabinet, le soir du

même jour.

Ce serait inutilement que je m'efforcerais dépeindre les transports de Jéflur, lorsque Liamil lui rapporta cette nouvelle. Il lui fit renouveler le serment qu'elle

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avait fait de n^exiger jamais les droits de sultane favorite et de s'en tenir aux honneurs du mouchoir. Il lui traça le plan de la vie qu'elle devait suivre, la conduite qu'elle devait tenir ave€ la reine, et il la mit parfaitement au fait du caractère du roi. Enfin, il en agit avec elle comme une mère tendre qui, voyant sa fille prête à passer dans les bras d'un époux, la dresse au combat, lui expose les plaisirs et les chagrins qui suivent le sacrement, lui apprend à donner de la pointe aux uns à émousser celle des autres. Lorsqu'il fut seul il se félicita sur l'heureux choix qu'il avait fait, et véritablement il ne pouvait tomber sur une personne qui répondît mieux à ses vues et qui s'y conformai avec moins d'ambition, plus de docilité.

Liamil joignait à beaucoup d'esprit une égalité d'humeur qui la faisait aimer, quoique âgée de trentecinq ans. Les grâces postiches dont elle réparait la perte ou le défaut des naturelles, la propreté infinie dont elle était toujours, le bon goût dans les habits et dans les assortiments lui garantissaient la victoire. D'ailleurs, il n'était point nouveau chez, les Kofirans (les Français), de voir leurs souverains tenir des maîtresses plus âgées qu'eux. Liamil ne manqua pas de se trouver au lieu et k l'heure assignés. Elle trouva que Zéokinisul l'attendait, et quoique ce prince se fût préparé à la voir, il ne fut pas moins décontenancé à son aspect qu'il l'avait été le matin. Liamil fit tous les frais de la conversation. Zéokinisul ne s'acquitta que de ceux de la politesse et, après une bonne heure de léte-à-tôte, ce dernier ayant témoigné

qu'il voulait être seul, elle le quitta sans avoir obtenu de lui au delà de huit à dix réponses plus civiles que galantes. La désolation de Liamil lorsqu'elle se présentait à Jéflur était inconcevable. Que je suis malheureuse, s'écria-t-elle, en se jetant sur un sopha! Les soupirs lui coupèrent la voix et elle n'en put dire davantage. Jéflur^ interdit, ne savait que penser. Il essuyait ses larmes, lui faisait des promesses, et lui jurait surtout de la dédommager des peines qu'il lui causait. «Laissez-moi, lui disait-elle enfin; n'était-ce pas assez de me faire épouser un homme que je hais, fallait-il encore m'en faire aimer un qui me méprise? Oui, le roi dont vous m'aviez fait espérer l'amour, n'a pour moi que la plus cruelle indifférence. Je sors de son cabinet ; j'y suis restée plus d'une heure, et non seulement il ne m'a point parlé d'amour, mais encore il ne m'a point dit la moindre douceur. — N'est-ce que cela qui cause ton désespoir, lui répondit Jéflur ? Ne t'avais-je pas dit que Zéokinisul, pénétré de son devoir, se trouverait extrêmement réservé avec toi ; qu'absorbé dans ses réflexions, il te paraîtrait insensible? Pourquoi ne l'avoir pas agacé? Va! ne te chagrine point davantage; je saurai te ménager un second tôte-à-tête, mais garde-toi bien de te piquer de modestie. Fais toutes les avances; emploie même une douce violence pour le faire succomber ; il ne faut pas agir avec lui comme avec les amants ordinaires. Ce que j'exige de toi ne doit pas te beaucoup coûter. Zéokinisul est à la fleur de son âge. Tu l'aimes, il est aimable ; que ne dois-tu donc

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pas faire pour obtenir du retour de sa part? » Liamil, si bien endoctrinée, attendit avec impatience l'effet des promesses de Jéfïiir, et résolue de faire les derniers efforts pour séduire Zéokinisul, elle se flatta que le premier rendez- vous serait lassant victorieux qui le soumettrait. Kérilieu ne tarda pas à le lui procurer. Le roi qui dans Liamil n'avait rien vu qu'il eût à redouter, se laissa facilement entraîner aux instances de son confldent, qui le sollicita d'avoir encore une entrevue avec elle. Il lui fit dire de se trouver un soir dans une chambre écartée du palais. On juge assez combien cette nouvelle lui fut agréable. Il y avait déjà longtemps qu'elle y était lorsque le roi arriva. Le jour n'entrait que fort peu dans l'appartement ; aussi, n'était-ce que par son esprit qu'elle devait enflammer Zéokinisul. Je ne saurais rapporter ici leur conversation ; ni l'un ni l'autre ne l'ayant jamais détaillée à personne. Ce qu'il y a de certain, c'est que Liamil enchanta le roi par ses saillies vives et brillantes, qu'il prit à l'entendre plus de plaisir qu'il ne s'était promis, que les agaceries de cette femme mirent sa vertu aux abois et qu'enfin doucement entraîné sur un lit de repos, il la mit au comble de ses vœux.

Ce premier pas fait, le roi ne sentit plus rien qui l'inquiétât. A plusieurs reprises il goûtait un plaisir auquel l'expérience de sa maîtresse donnait une pointe, dont la dévotion de son épouse n'avait su l'assaisonner ; et il sortit enfin de cette chambre fatale tel ((ue Jéflur et Kérilieu l'avaient souhaité,

c'est-à-dire épris de l'amour le plus violent. Les rendez-vous se donnèrent quelque temps encore en secret ; mais bientôt la passion n'en fit plus un mystère. Les courtisans s'en entretinrent. La reine môme en fut informée ; mais au lieu d'essayer sur son époux l'ascendant qu'elle y avait toujours eu, pour le rappeler à elle, s'amusait à gémir de son amour au pied d'une image de Jésus-Christ et perdit par cette piété mal entendue tout espoir de rentrer jamais dans son cœur. Le mari de Liamil s'avisa de trouver mauvais que son épouse lui fût infidèle. Il lui fut fait défense d'avoir avec elle aucun commerce. Son père, Bassa (dignitaire) des plus illustres du royaume voulut aussi faire du bruit ; mais quelques tomans qu'on lui donna et dont il avait grand besoin lui fermèrent la bouche. Il n'y eut pas jusqu'à Jéflur, qui pour en imposer au peuple, blâma hautement la conduite du roi. Le Monarque trouva mauvais qu'il osât lui faire des remontrances à ce sujet. « Je vous abondonnerai la conduite de mon royaume, dit-il aigrement, j'espère que vous me laisserez maître de la mienne. » Il ne manquait que ces mots à la satisfaction du mollack. Cette réponse, par ses soins, fut divulguée parmi le peuple. On ne saurait concevoir combien il en fut scandalisé I S'apercevant que la passion du roi, qu'il avait tant souhaitée, ne faisait qu'affermir l'autorité de Jéflur, il ne la regarda plus du même œil. Elle lui parut un adultère odieux et un commerce infâme qui ne manquerait pas d'attirer le courroux du ciel sur le royaume. On fit des vers, on chanta des

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Chansons, dans lesquelles, maltraitant à la fois leur prince et sa maîtresse, ces esprits auraient fait craindre les plus terribles représailles, à qm n eut pas connu leur inconstance et combien aisément ils passent d'un excès à Tautre. Cependant Zéokinisul. charmé de Liamil. était sans cesse avec elle. 11 choisissait la maison d'un vieux Bassa pour jouir en paix, et sans crainte d'être distrait, des plaisirs que Famour lui prodiguait. Là, tout ce que la délicatesse la plus raffinée peut inventer pour donner de nouvelles laces à la volupté, était employé avec profusion. Tout y respirait ramour et ses douceurs ; tout s'y ressentait du bon goût de ramante et de la magniiicence de l'amant. Rien ne troublait les scènes charmantes qui s'y passaient chaque jour.

La vertu, dit un grand poète des Kofirans., est comme une île escarpée ; on n'y rentre plus dès qu on en est dehors. Zéokinisul en fit la triste expérience. Dans ces parties délicieuses où les confidents seuls étaient appelés, Liamil obtint qu'une de ses sœurs fût admise par la suite. L'imprudente ! qui ne voyait pas qu'après avoir elle-même étouffé les remords dans le cœur de son amant, le sang qui les unissait ne serait pas capable de s'opposer à Tamour, m empêcher qu'elle devînt sa rivale. Cette sœur qui, du côté du corps, avait peu d'avantage sur l'aînée, l emportait sur elle du côté de l'esprit. Elle avait toutes les qualités propres à jouer le rôle de favorite. Aussi, apprenant que Liamil l'était peu, ambitieuse à 1 excès, fière, vindicative, uniquement occupée de ses

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intérêts, et ne cherchant la faveur que pour en tirer parti, voici quelle était Ltntinémil (Mme de Vintimille) . Elle ne put voir la facilité qu'il y avait de supplanter sa sœur sans être tentée de Je faire, et Zéokinisul auquel une longue possession avait découvert le peu de beauté de sa maîtresse, ne fut pas fâché detrouveràfairechangerd'objetàsonamour. Il s'attacha donc à Lenlinémily mais sans rompre entièrement avec sa sœur, et dans la seule vue d'aiguiser son appétit par le changement, pour retourner avec plus de plaisir à son premier mets. On sait trop que Tamour ne respecte point les liens du sang. Liamil oublia que Lenlinémil était sa sœur, pour n'y plus voir qu'une rivale. Elle courut annoncer son désastre à Jéflar, l'intéresser dans la querelle et le mettre de moitié dans sa vengeance. Le Mollak ne se posséda plus à cette nouvelle. Ce changement du roi détruisait ses espérances. Ses deux milles tomans étaient perdus, et peut-être le ministre courrait-il le môme risque. Dans cette fâcheuse conjoncture, il eut recours à Kérilieu. Mais celui-ci ne trouvait plus son intérêt à le servir. L'immense fortune qu'on lui avait promise s'était réduite aux deux mille tomans, et le peu de soins que Liamil prenait de ses amis, l'avait fait passer du côté <^ sa sœur qui semblait assurer une protection puissante à qui s'attacherait à elle. Il fut donc sourd aux discours flatteurs du Mo//ac/!f. Jéflar n'en fut que médiocrement affligé. Son esprit fécond en noirceurs lui avait suggéré déjà un moyen de dissiper ses craintes, sans compromettre ses

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LES AMOURS DE ZÉOKfNISUL

tomans. Tâche de rester, dil-il à Liamil, sur le pied où tu es maintenant avec le roi. Ferme les yeux sur des écarts qui t'outragent ; que la concurrence de ta sœur ne t'effraie pas, je saurai bien la faire cesser. Flatte Zéokinisul, je le connais, ce n'est que par la complaisance que tu pourras conserver son cœur. Liamil, docile aux instructions de Jéfïur, ne marquait alors sa jalousie au roi que par des redoublements de caresses ; et ce prince, charmé d'aimer et d'être aimé par deux rivales si peu ombrageuses, entretint avec elles un commerce d'autant plus charmant qu'il était plus criminel. Lenlinémil devint enceinte et elle assura que son époux n'avait aucune part à sa grossesse. C'était donc l'ouvrage de Zéokinisul. Cela n'alarmait point Jéflur ; il ne craignait que la mère, et la circonstance était favorable pour s'en délivrer. Le temps de la grossesse se passa sans accidents. L'enfant vint heureusement au monde et Zéokinisul félicita l'accouchée dans les termes les plus tendres ; mais, peu de temps après, cette grande joie se changeait en une égale tristesse. De grands maux de cœur furent le prélude de convul sions affreuses qui, en quelques heures, faisaient périr cette mère infortunée, sans que les médecins pussent ou voulussent déclarer la véritable cause de sa perte. Cette mort si peu attendue affligea sensiblement Zéokinisul et lui fit interrompre ses plaisirs. La compatissante Liamil pleura avec lui, et sut si bien cacher la joie de la perte de sa rivale que, touché de l'excès de sa douleur, le monarque fut con-

traint de faire cesser la sienne pour essuyer ses larmes. Cette marque du bon cœur de Liamil, que bien des gens crurent sincère, fixa Zéokinisul en sa faveur et le fit revenir à elle plus passionné que jamais.

Une guerre de la plus grande importance qu'il eut à soutenir ne le détourna pas des soins de son amour. Se reposant entièrement de la gloire de ses armes sur ceux que le ministre plaçait à la tête de ses troupes, il abandonnait tout à Jéflur dont l'avarice sordide fit essuyer aux Kofirans les plus honteux revers. L'amour que Zéokinisul avait pour son peuple lui aurait fait recevoir avec la plus vive douleur la pei-te de cent mille des plus braves de ses soldats, et de plus de sept millions de tomans si sa passion pour Liamil l'avait pu laisser un instant à lui-même ; mais il oubhait avec elle tout le reste du monde. De la manière dont pensait cette favorite qui dans le roi n'aimait que l'amant, jamais il n'y en aurait eu de plus heureuse qu'elle, si comptant moins sur son mérite, ou instruite par Texpérience, elle s'était défiée des personnes de son sexe, qu'elle devait bien savoir jalouses de sa fortune et aux aguets pour l'en dépouiller; mais, s'imaginant qu'une passion que plusieurs années n'avaient pu éteindre ne se démentirait jamais et était à l'abri de l'inconstance, elle retomba dans le malheur dont la mort de Lenlinémil l'avait retirée.

Il lui restait encore trois sœurs qui, toutes trois, quoique médiocrement partagées de la nature, atten-

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LES AMOURS DE ZÉOKINISUI

daient avec impatience que leur tour arrivât de paraître devant le souverain. La coquetterie et quelque chose de plus avait toujours été héréditaire dans cette famille ; mais il semblait que cette génération eût ensorcelé ZéokinisuL La première de ces trois sœurs était veuve d'un Bassa de second rang {Mme de La Tournelle)i Un peu plus jolie que les autres, elle prétendait que c'était à elle de les précéder ; et, pleine de cette bonne opinion de son mérite, elle comptait bien garder la place assez longtemps pour les désespérer. Son esprit était assez semblable à celui de Leuiinémil si, toutefois, elle ne la surpassait point en ambition. Kériliea avait été autrefois avec elle, dans un commerce fort étroit et l'on prétend que' ce fut autant par reconnaissance que par envie de débusquer Liamil qu'il se portait à lui rendre service La longue habitude que cette dernière avait eue avec Zéokinisul lui avait ôté le peu de pudeur qui reste aux femmes les plus débordées. En possession des droits de son épouse, elle s'était habituée a se regarder comme telle et, sortant des bras de son amant, le visage marqué de ses caresses, elle ne rougissait pas de se montrer. Plusieurs seigneurs ont assuré que sortant d'un cabinet de verdure la gorffe nue et les cheveux épars, sous prétexte de se dérober aux embrassements de Zéokinisul, elle leur avait dit ces mots sans se déconcerter: Voyez de grâce, comme ce paillard m'a accommodée! Ces déhcieuses parties déplaisir lui étaient devenues msipides, dès qu'elles étaient secrètes, et depuis long-

temps elle persécutait son amant, pour l'engager à se choisir un certain nombre d'associés. Kérilieu pour parvenir à son but appuya la demande de la favorite, et il fit si bien que son maître le chargea de trouver quelques personnes de chaque sexe, propres à représenter dignement dans ces fêtes célébrées en faveur de Bacchus et du dieu de Cythère. Le confident ne manqua pas de produire Lenertoula, comme elle le souhaitait depuis longtemps. Liamil, sa sœur, qui l'avait vue lui faire exactement sa cour, la vit de même sans jalousie admise parmi les convives. Mais

ZeoA7>?/s«/ ne l'aperçut pas avec la même indifférence : il ne put se défendre de prendre dans ses yeux Tamourle plus vif. Lenertoula (La Tournelle) le remarquant avec attention, crut ne devoir lui faire que quelques avances peu concluantes. Le monarque donna dans le piège, et lorsqu'elle vit sa passion au point qu'elle souhaitait, elle marqua les conditions auxquelles elle consentait de le satisfaire. Zéokinisul amoureux ne put rien refuser, rangs, titres, biens : tout fut prodigué, et Lenerioula, à l'abri des revers, ou du moins, en état de les soutenir, ne craignit plus de rendre publique son intrigue. Liamil apprit avec désespoir ce second trait de perfidie de ses sœurs. Regardant le cœur du monarque comme un bien qui lui appartenait par droit de prescription, elle lui fit des reproches amers de son inconstance. Mais son règne était passé Zéokinisul, la congédia froidement, sans vouloir entrer avec elle dans aucun éclaircissement et, quelques heures après il lui fit signifier par

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un de ses eunuques, qu'elle eût à se retirer de sa cour. Ce tut un coup de la politique de Lenertoula. Cette nouvelle favorite appréhendant que sa sœur qui connaissait parfaitement le caractère du monarque, ne saisit un de ces moments où il ne pouvait rien refuser, pour reprendre son bien, elle pré exia des scrupules religieux qu'il fut contraint de lever par l'éloignement de Liamil. Cette malheureuse, nui n'emportait de toute sa faveur que le malheur de la perdre et la honte d'y être parvenue aux dépens de son honneur, se retira dans une mosquée où l'on dit qu'elle passa le reste de ses jours à pieurer. . .

■ Nous sommes maintenant en 1744: Le cardinal ministre Fleury est mort. La daehesse de Chàleaw-onx veut jouer un rôle, politique en s' aidant de R.eheUea et de sa complice en intrigues, Mme de Tencm. Il fallait surtout, par la favorite, réveiller de son assoup.ssèment le monarque qui serait alors, pour tous /ro,., „„ instrument de règne. Louis XV n'entendU plus, alors, parler que de paix et de guerre, de mmislres et de parlements, d'intérêts du peuple et de grandeur de l'État. « Vous me tuez. Madame, » dit-d à sa nouvelle maltresse, Mme de Chàteaurouœ, qui répondd: „ // faut quun roi ressuscite. » // ressusc.tatt don et partit pour se mettre à la tête de « / armée des Flandres ». Commençait la guerre dite de la buccession d'Autriche. De Lille, où lavaient accompagne Mmes de Lauraguais et de Chùteauroux, il se dm-

LES AMOURS DE ZÉOKINISUL

geail sur Strasbourg, lorsque les impériaux eurent passé le Rhin. A Metz, le roi tombe malade. Beprenons, à ce point, les Amours de Zéokinisul.

« Il partit pour prendre le commandement de

l'armée. Voulant encourager ces braves gens dans leurs longues et pénibles marches il mesura ses journées aux leurs ; mais à peine fut-il arrivé dans une ville voisine du lieu de sa jonction qu'il fut attaqué d'une maladie qui le mettait aux portes du tombeau. Lenertoula qui n'avait point voulu se séparer de ce prince, en fut la cause, car il faudrait être insensé pour l'attribuer à la fatigue de la route, Zéokinisul étant accoutumé à une tout autre que Tcxercice de la chasse lui donnait. Comme dans ce royaume tous les courtisans sont officiers et que les soldats dans le cas où se trouvaient ces Ironie mille hommes que l'on conduisait, leur donnaient une perpétuelle occupation, le monarcjue n'avait pour se désennuyer que sa favorite. Mais, entre deux amants sans cesse ensemble, la conversation languirait bientôt, si Ton s'en tenait aux discours ordinaires. On se fait donc des serments de s'aimer avec une constance inviolable, on donne pour garant du futur le feu présent dont on est dévoré ; et, passant aux preuves, on démontre qu'ainsi que deux corps sont confondus ensemble, les deux âmes, de même, s'unissent et n'en font qu'une. La passion fait répéter souvent la démonstration, et enfin, le démonstrateur, épuisé, succombe à la fatigue des arguments. Ce fut ainsi qu'en agit Zéokinisul avec Lenertoula.

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Les nouvelles qu'il reçut de la manière barbare dont les ennemis faisaient la guerre dans son pays lui causèrent un chagrin mortel. L'impossibilité de les joindre promptement lui donna de Timpatience ; le récit de leurs forces l'inquiéta ; enfin la joie, la douleur, l'espoir et la crainte s'emparant en même temps de son cœur, son corps affaibli ne put soutenir le choc de tant de mouvements opposés. Il se fit un boulversement dans toute sa constitution. La fièvre le saisit et sa maladie se déclara mortelle dès les premiers jours. Cette triste nouvelle ne tardait pas à se répandre dans tout le royaume. Les Kofirans en furent étourdis. L'idée de leur souverain qui allait leur être enlevé dans le temps qu'il leur était le plus nécessaire jeta tous les esprits dans une inexprimable consternation. La reine qui avait eu tout le temps de se repentir de la sotte crédulité qui lui avait fait perdre les embrassements d'un époux réel, pour courir après ceux d'un vain fantôme, quitta son palais, toute éplorée, pour voler près de lui. Elle se flattait toujours que le ciel ne voulait qu'alarmer son peuple et châtier son époux ; et c'est pourquoi elle voulutappuyerpar sa présence et mériter par sessoms l'heureux retour, qu'elle ne doutaitpas que produisît sur le roi cette correction. Tout lepeuple assemblé au palais où descendaient les courriers qui arrivaient à chaque heure, semblait attendre que la nouvelle de la santé ou de la mort de Zéokinisul décidât de son sort. Jamais désolation ne fut si générale. Jamais père ne fut pleuré plus amèrement par de tendres

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enfants ; on ne se regardait que par les yeux gros de larmes, on ne s'abordait que la voix suffoquée de sanglots ; on ne voyait que visages pâles et défigurés. Les artisans suspendaient leur travail, tous divertissements étaient cessés, tous spectacles étaient interrompus. Cette vaste et superbe capitale, le séjour et le centre des plaisirs, n'était plus que celui d'un deuil universel et d'un silence lugubre qui régnaient dans toutes ses parties. On remarqua cependant que les /ma/2S et les Z)erf /s (les prêtres et les rehgieux) étaient indifférents à cette alarme publique. Quelques-uns pensèrent que ces hommes pieux avaient eu quelque révélation céleste que le roi ne mourrait pas. Mais, quiconque les connaît s'imaginera bien plutôt que, semblables aux médecins qui ne sont jamais plus contents que lorsque les maladies sont générales, ils cachaient leur joie sous une froideur affectée. Le roi, désespéré des médecins, semblait n'avoir à attendre des secours que du ciel, et le plus misérable de ses sujets voulant contribuer à lui en procurer, il se trouva que des Sésems (messes) qui dans ce pays sont des oraisons d'un quart d'heure ou environ , étaient payées jusqu'à deux tomans chacune.

Dans les premiers jours de la maladie Lenertoula fut sans cesse auprès du lit du malade, qui protestait qu'en quittant la vie il ne regrettait que son amante et ses sujets ; mais, dès que ce monarque aperçut qu'il était véritablement sans espérance, il ne put résister aux idées affligeantes qui se présen-

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tèrent enfouie. Les préjugés de réducalion reprirent le dessus. Il réfléchit sur sa conduite jusqu'à ce moment, et considérant qu'il était prêt de passer à une autre vie, il se rappela à quel prix sa religion Im en proposait le bonheur. Malgré les soins de KénUeuh cacher ces dispositions, elles furent bientôt sues de ses courtisans... Puis le Mollack (confesseur) saisissait habilement celte heure pour parler au malade des intérêts de sa conscience. Ses réflexions avaient ébauché laffaire ; aussi ne tut-il pas difficile de le réduire aux termes qu'il souhaitait. Sous ombre donc que ce n'était pas assez pour le pénitent de détester le passé et de se mettre à l'abri des rechutes pour l'avenir, il fil entendre à Zéokimsul qu il devait encore réparer d'une manière éclatante le scandale qu'il avait donné à tout son royaume ; qu il fallait, pour cet effet, désapprouver et annuler ce qu il avait fait en faveur de Lénertoula. Or Zéokinlsul qui ne souhaitait que de mourir dans la religion de ses pères dédifier ses peuples et d'emporter leur estime autant que leurs regiets dans le tombeau, en passa par ou le Mollack voulut, et donna l'ordre qui chassait honteusement Lenerloala de sa cour et lui défendait de jamais paraître en sa présence. Après avoir mis ordre de cette façon aux affaires de sa conscience Zeoktnisul perdit tout sentiment et fui cru mort par tous ceux qui étaient auprès de lui ; mais celle révolution subite ne fut qu'une crise heureuse qui lui sauva la vie Pendant celle espèce d'inanition, l'esprit reprenait son assiette ordinaire, et se dégagea de ce qui

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rembarrassait. Le corps fit ses fonctions et les conduits demeurés bouchés, malgré les remèdes des médecins, s'ouvrirent d'eux-mêmes et procurèrent une évacuation totale qui sauva le malade. Cette heureuse nouvelle se répandit aussi promptement que Tautre ; etlon sut aussitôt à Knfir (Paris) que le roi était hors de danger qu'on y avait appris qu'il était sans espérance. La reine arriva sur ces entrefaites. Elle profita de l'ouvrage du Mollack et quoique ses mortifications et ses chagrins, joints à son âge avancé, la rendissent une épouse peu appétissante, ses soins et ses empressements eurent tant de pouvoir sur le cœur naturellement bon, et reconnaissant du monarque, qu'il lui jura qu'elle seule, dans la suite, aurait toute sa tendresse. Mais, que Thomme se connaît peu dans le danger et que la garantie qu il se donne à lui-même est peu durable lorsqu'il en est sorti I

Zéokinisul fut peu de temps à se rétablir parfaitement. Ses généraux, que la crainte et la douleur avaient empêché d'agir ne tardèrent pas à faire sentir aux ennemis que le roi était ressuscité î Ceux-ci furent contraints de repasser le Nliir (Rhin) avec pertes; et les gens du métier assurent que si les Kofîrans n'eussent pas eu à leur tête un général prudent jusqu'à la timidité jamais aucun soldat ennemi n'eût rapporté à la reine de Ghinoër (Autriche-Hongrie) des nouvelles de leur pays. Ce général d'une trempe si rare parmi cette nation se nommait Léosanil (Noailles) ; il fut disgracié ensuite et quoique

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LES AMOURS DE ZEOKIMSUL

dans un âge propre encore aux fonctions militaires, on le fît passer dans le cabinet, où, véritablement n'ayant rien à craindre ni du feu ni du fier ennemi, et pouvant réfléchir à son aise, il était capable de bien servir par ses conseils. Je laisserai présentement Zéokinisiil entre les bras de la reine son épouse, et donnant des ordres, pour le siège d'une ville forte, pour suivre Lenertoiila dans sa disgrâce.

Elle reçut avec assez de fermeté l'ordre qui lui fut présenté de la part de Zéokinisul ; mais elle ignorait ce qu'elle devait souffrir dans la route. Elle monta sur un char de voyage, accompagnée de sa sœur, et suivie de ses gens en petit nombre. Exemple de ces coups que la fortune se plaît à frapper de temps en temps. Après avoir conduit ses favoris aux pieds des autels pour y être adorés comme des divinités, elle les y traîne ensuite, pour être immolés comme victimes.

Cette femme qui voyait, naguère, les plus illustres des Kofirans mériter à prix de soumission et de bassesses l'honneur d'un simple coup d'œil, se trouve abandonnée au mépris d'une nation qui, applaudissant à la disgrâce, lui enfonce de plus en plus le trait qui la déchire. Les paysans ayant appris confusément que Lenerloiila était cause de la maladie du roi et s'imaginant que gagnée par les ennemis de l'Etat, comme ceux de cette favorite le répandirent, elle avait donné du poison à Zéokinisul^ se tinrent sur des chemins par où elle devait passer ; et joignant aux injures les plus atroces les menaces de la punir par leurs mains, ils l'auraient mise en pièces, si pour

augmenter sa honte vi aggraver son désespoir, ils n'eussent pas jugé plus à propos de lui laisser subir, toutes les huées et les outrages, pendant l'espace de plus de quatre-vingts lieues de pays. Ce fut par une espèce de miracle qu'elle évita la mort, et il lui fallut prendre des précautions infinies pour tromper la rage zélée de ces rustres pour la vengeance de leur roi. Lorsque son char approchait de quelque bourgade, elle était forcée de s'arrêter à plus d'une demilieue de distance, d'où détachant quelqu'un de sa suite pour prendre des relais et reconnaître les fauxfuvants, elle tâchait de se dérober ainsi à la fureur des villageois.

Enfin, elle parvint à Kofîr (Paris) où elle ne trouva pas moins d'ennemis qu'à Metz. Assez imprudemment, elle s'avisa de se promener sur son char, tandis que le peuple, épars dans les rues, célébrait par des jeux et des fêtes, l'heureuse guérison de son roi. Elle se flattait que, peut-être les bons Kofirans, la voyant prendre part à la joie publique, seraient désabusés des soupçons qu'ils avaient contre elle ; mais il en arriva tout autrement, et si son cocher n'eût mis à profit la vitesse de ses coursiers, elle eût été la victime de cette populace. Cette triste épreuve qu'elle fit de sa fureur la força de mener à Kofir une vie bien peu conforme à ses inclinations, n'osant paraître dans aucun cercle, où elle n'eût été admise que pour servir de jouet et de risée, pouvant encore moins se présenter aux promenades. Le temps qu'elle cessait de se renfermer dans son palais

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passait à se dissiper un peu dans un beau jardin qui, quoique des plus beaux de Kopr, en était le moins fréquenté. Ce fut laquelle eut encore à essuyer la mortification la plus humiliante et qui prouva combien sa disgrâce était parvenue à son comble, par un accident que je me hâterai de rapporter.

Un officier qui, quoique son parent, ne s'était point ressentit d« sa faveur parce qu'il avait négligé de se taire connaître à elle, ce qui rend son impolitesse inexcusable, acheva de lui percer le cœur, et vo.ci comment il s'y prit. Suivant l'usage du pays des Koftrans il s'approcha civilement près de Lenertoula qui, accompagnée de sa triste sœur à la promenade vers le soir ne demandait pas mieux qu'un tiers qui lui aidât de sortir de la sombre humeur où elle était continuellement plongée. Après les premiers comphments qui ne sont pas courts chez cette nation, le cavalier débita aux dames ce que la fine galanterie a de plus recherché. Il s'exprimait avec grâce et a conversation lui plut infiniment. Lenertoula pour le faire parler plus à son aise le pria de s'asseoir auprès d'elle, sur un siège de verdure et, après quelques questions sur l'étal de sa fortune lui fit offre de service pour son amélioration, s'il en avait besoin. Cet homme, que je ne puis trop qualifier du nom de brutal et de malhonnête, puisqu'il insultait au maiheur d'une infortunée qui cherchait à l'obliger, lu. dit • « fêtais officier général dans l'armée du roi, J II ai servi vingt années avec honneur ; mais, ayant reçu une injure des ministres qui m'ont fait un passe-droit,

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je me suis retiré dans mes terres, oii quelques faibles marques de distinctions que l'on ne pouvait refuser à mes services me font content. » — « Mais, Seigneur, répondit Lenertoula, qui souhaitait de savoir ce que pensaient d'elle les personnes de qualité,ye suis surprise que vous ne vous soyez pas adressée la favorite pour obtenir par son moyen la juste récompense de vos services. Elle aimait à obliger le mérite elle vôtre assurément l'eût intéressé en votre faveur. » L'officier reprit, avec feu. « Moi ! Madame, que f eusse recours à une femme perdue ! Je suis son parent, c'est la seule tache que je connaisse à mon nom ; r honneur m'est trop cher pour vouloir obtenir quelque chose d'une femme qui y a renoncé. La foudre tombant aux pieds de Lc/ieWow/a ne l'eût pas étonnée davantage. En vain fit-elle quelques efl'orts pour répondre au trop sincère officier; la voix mourut au passage. Celui-ci se retira et sa sœur fut contrainte d'appeler ses esclaves pour la remettre dans son char et la conduire à son palais.

Cependant Zéokinisul venait de terminer la campagne par la prise de l'importante forteresse qu*il avait assiégée. Animés par sa présence ses soldats avaient triomphé, en même temps, de la nature, de l'art, de la mauvaise saison rigoureuse, des efforts d'une vaillante et nombreuse garnison. N'ayant plus rien à faire que de venir se délasser à l'ombre de ses lauriers, il reprit le chemin de la capitale : ce fut alors qu'on vit s?s fidèles sujets préparer une réception digne de leur amour, et présenter le spectacle

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le plus touchant, le plus agréable aux yeux d'un monarque plus jaloux de régner sur les cœurs que de les maîtriser par la crainte. Si la nouvelle de sa maladie les avaient rendus immobiles celle de son approche leur donna des transports qu'il serait impossible de décrire. Ils redoublèrent à son aspect ; des larmes de joie coulèrent des yeux, et mille cris d'allégresse élevés jusqu'au ciel firent connaître combien un tel monarque est heureux au milieu d'un tel peuple et terrible à ses ennemis lorsqu'il est à la tête. Zéokinisul s'arrêtait pendant trois jours à Kofir et voulut donner par cette complaisance une preuve de son amour à ce bon peuple qui, pour lui en marquer sa reconnaissance inventa mille fêtes brillantes pour célébrer son retour. Il la poussa plus loin encore ; il voulut être visible pour tout le monde, et ordonna que l'on admît tous les habitants dans son palais, pour qu'ils pussent se rassasier pleinement de cette vue charmante qu'ils désiraient depuis si longtemps. On assure qu'encore rempli de ridée du danger qu'il avait couru, et dont on avait besoin de lui dire qu'il n'était sorti que par miracle, il conservait encore un sincère attachement pour la reine à laquelle il avait rendu tous ses droits I Plusieurs seigneurs, môme, le surprirent l'un et l'autre dans des attitudes qui prouvaient parfaitement leur intelligence.

Mais qu'il y a peu de fond à faire sur des vœux que nous extorque le danger. A peine Zéokinisul se retrouva-t-il dans les tourbillons de la cour et au

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milieu de ses divertissements, que ces impressions que Ton avait crues si fortes, s'effacèrent peu à peu dans son esprit. Bientôt il s'aperçut que cet amour pour Lenerloula n'était qu'un peu assoupi sous la cendre et prêt à se rallumer avec plus d'ardeur. Il se repentit d'abord de l'avoir traitée de la sorte; il regarda de mauvais œil ceux qui lui avaient conseillé cette disgrâce ignominieuse. Il rappela Kérilieu et ceux qui s'étaient attachés à sa favorite. Kalontil Châtillon (gouverneur du jeune prince héritier, présomptif de la couronne : le Dauphin) fut éloigné de la cour sans qu'on rendît public le motif de son exil. Quelques-uns l'attribuèrent à ce qu'il avait exposé son élève, le conduisant sans suite et sans ordre auprès de son père malade. D'autres, à ce qu'il s'était fait un plan de grandeur sur la mort du roi; mais les mieux instruits conclurent qu'il devait avoir mal parlé de la favorite, et déclamé contre elle en présence du jeune prince. Z^oA'zVî/su/ devint extrêmement solitaire. La chasse ne lui plaisait plus que lorsqu'il y était sans compagnie ; ce qui fit soupçonner qu'il y avait déjà des rendez-vous ménagés secrètement avec la favorite etdont Kérilieu seul avait la connaissance. Enfin, las de sf'«ofttcairîdFe;.iJf}C.j)4ai^nit hautement de la violence *q« oâ lui ^yaîC f£olfciçf»î\s un temps où il était incapSibdô. d'agi r/acvcQSîoiiji^isisançe de cause ; et du coup qïi«bhlkv^il^(JBté:à.j^a.gîoire,Ven le forçant de traiter indigûemûetrtt Ot>e pprf anne qui n'était coupable à son égarÂ<}ileil"tûi*e/cè5y'^r9our. Il la rétablit dans son rang, ses titres et dignités, et rappelait au-

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près de lui sa chère Lenertoula. Mais c'était trop peu pour elle que cette réparation au prix de ce qu'elle avait souffert. Elle exigea de Zéokinisul un triomphe plus complet encore et plus éclatant. Aussitôt, le pieux mais trop zélé Mollack (l'évêque Fitz-James) fut éloigné de la cour et renvoyé à sa mosquée ; et un vizir (Maurepas) fut chargé de lui annoncer, lui- Qiême, que Zéokinisul la rétablissait maîtresse de son cœur et n'attendait que ses ordres et la liste de ses ennemis pour l'en venger pleinement. Le vizir obéit; mais, en même temps, il sut prendre des mesures pour ne pas être compris sur la liste fatale qu'on demandait à Lenertoula, et empêcher celte femme orgueilleuse de mettre à profit la faiblesse du monarque. Un poison immanquable, qu'il trouva le secret de lui faire donner, opéra dans le temps même qu'il fut s'acquitter de sa commission ; et, la mort n'ayant pas tardé à faire sentir ses approches, tout le monde crut que l'excès delà joie, beaucoup plus violent que celui de la douleur, surtout dans les femmes, avait fait périr Lenertoula. Ce fut sur cette idée qu'un bel esprit kofiran fit ces quatre vers qui, dans la lahgue française, peuvent revenir à ceux-ci :

Sans relever l'érfiat cfe \nôn iîlnsf re èang, Ce trait -séuhféra vitre' â Jâihaïs ma mémoire: Mon roi l'evlt le.jbmf pôUr me reri(Jte:mpn rang. Et je meurs sans regret pour lui rendra sa gloire.

FIN Dfi l'appendice DË LA PREMlÈBE PARTIE

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