‹ Louis XVIChapitre 3 sur 53 · I.OLIS \M · texte numérisé non relu

I.OLIS \M

mourut en peu d'années. De cette union naquirent encore Louis- Joseph, duc de Bourgogne , le 45 septembre 4 751 , et Marie-Joseph, duc d'Aquitaine, dans l'année 47o5. Le prince nouveau-né reçut, en venant au monde, le nom de duc de Berry. Ce titre, porté par un des fils du roi Jean , à l'érection de cette province en duché , devenait , pour la neuvième fois , l'apanage d'un prince de la maison de France. La dauphine, prise des douleurs de l'enfantement, tandis que la cour était à Choisy, n'eut pour témoins de sa délivrance que le chancelier , le con • trôleur-général et le marquis de Puisieux. Le courrier , dépéché vers le roi , était tombé de cheval et mourut de sa chute; le message ne put être rempli, et cette absence des premières joies de la famille fut remarquée.

Louis-Auguste , duc de Berry , fut lenu sur les font* de baptême par le duc d'Orléans , au nom du roi de Pologne , électeur de Saxe , et par madame Adélaïde , sa tante. Le moment où le trône recevait un nouvel appui parut au clergé l'occasion d'ordonner de nouvelles prières ; plusieurs prélats r inspirés par les dangers que laissait entrevoir déjà l'esprit de l'époque, y joignirent de graves avertissements. Le mandement de l'évêque de Monta uban occupa surtout l'attention publique. Appuyant ses sombres pressentiments de l'autorité d'une histoire étrangère, M. de Montauban traçait ce tableau prophétique :

LOUIS Wt.

« L'esprit de parti et de faction domina en Angleterre. Rien ne demeura fixe dans les lois divines et humaine». On vit, pour la première fois, des sujets révoltes saisir à main armée et traîner dans une honteuse prison , un roi dont le crime était d'avoir supporté avec trop de patience leur première sédition ; un parlement, secouant le joug de toute autorité supérieure , frapper d'une main les évêques , et lever l'autre sur la tête de son souverain , l'accuser sans bienséance, le calomnier sans pudeur, le condamner sans justice, le conduire sur un échafaud avec acharnement , et le peuple, étourdi de cet exécrable parricide, s'enivrer à longs traits du fanatisme de l'indépendance , courir en insensé après un fantôme de liberté , tandis qu'en esclave il rend ù un tyran l'obéissance qu'il refuse à son roi légitime. Quelle suite effroyable de crimes! »

Le mandement fut condamné à la sollicitation de l'ambassadeur d'Angleterre; mais ces présages douloureux s'étaient déjà formés en nuages au-dessus du royal berceau; un des privilèges de la royauté disparaissait, et l'instinct populaire remplaçait , par des images de malheur et d'instabilité , le préjugé qui faisait du bonheur par excellence un des apanages de la couronne.

L'enfance du duc de Berry fut confiée, ainsi que celle des princes , ses frères , à la comtesse de Marsan, née princesse de Rohan , femme digne par son mérite de l'élévn-

tion de cet emploi. Le premier soin de la gouvernante fut de s'éloigner de la cour avec son élève, dont la santé réclamait une continuelle vigilance. Elle le conduisit au château de Bellevue, l'y laissa respirer à l'aise, l'entoura de toute sorte de soins , et probablement lui sauva la vie. Aussi, la première qualité que madame de Marsan découvrit dans le jeune prince fut une sensibilité simple, toute pénétrée de reconnaissance. Le cœur de l'enfant appréciait les services avant que sa raison en pût connaître le prix , et il paya de bonne heure , par des témoignages d'affection , le dévouement dont il était l'objet.

Promptement aussi , on reconnut en lui un fonds de droiture si naturel , que tout déguisement lui était impossible et lui devenait odieux chez les autres. Il appliquait la même répugnance à toutes les choses où l'affectation se montrait : la mode et l'usage ne mettaient pas à l'abri de cette censure, qu'il exprimait toujours avec naïveté, quelquefois avec brusquerie; enfin, son bon jugement, son àme docile reçurent de si rapides développements , qu'on avança d'une année ses études solides. Il n'avait que six ans, et la tâche de madame de Marsan était accomplie. Il fut remis entre les mains des hommes, au moi s de septembre 4760.

Tous les stratagèmes employés pour le préparer à cette séparation ne purent lui en dissimuler l'amertume : on

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