‹ Louis XVIChapitre 43 sur 53 · IMMOLATION · texte numérisé non relu

IMMOLATION

Le 16 octobre de Tannée 93, la reine subit le même supplice que Louis XVI. « II fout vous armer de courage, lui dit-on. — Du courage? répondit-elle ; il y a si longtemps que j'en fais apprentissage , qu'il n'est pas à croire que j'en manque aujourd'hui. »»

Pieuse et résignée comme l'époux qui l'avait précédée

lit. LOUIS XVI.

dans la voie «les martyrs, elle écrivit à madame Elisabeth ses dernières pensées, ses dernières douleurs.

« Ces! à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière lois; je viens d'être condamnée, non pas à une mon honteuse, elle ne l es! que pour les criminels, mais à rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments; je suis calme, comme on Test quand la conscience ne reproche rien.

« J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvre» enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux et pour vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quelle position je vous laisse !

« J'ai appris, dans le plaidoyer même du procès, que ma fille était séparée de vous. Hélas! la pauvre enfant! je n'ose pas lui écrire : elle ne recevrait pas ma lettre ; je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux, ici, ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir à vous et jouir en entier de vos tendres soins.

« Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ses devoir* sont le* premiers biens de la vie; que leur

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amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur.

« Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider «on frère par le* conseils que l'expérience qu elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer.

« Que mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins, tous les services que l'amitié peut inspirer; qu'ils sentent que, dans quelque position où ils puissent se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union ; qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs, votre amitié nous a donné de consolation; et dans le bonheur, on en jouit doublement, quand on le partage avec un ami. Où en trouver de plus tendres que dans sa propre famille?

« Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort!

« J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur : je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de peine ; pardonnez-lui , ma chère sa ur , pensez à l'Age qu'il a, et combien if est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas.

«< I n jour viendra ou il n'en connaîtra que mieux tout

m i.o n s xvi.

le prix de votre bonté et de votre tendresse pour tous deux.

« Il me reste à vous confier ma dernière pensée. J'aurais voulu vous écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide, que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

« Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposant trop s'ils y entraient une fois, je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté , il voudra bien rec evoir mes derniers vœux , ainsi que ceux que j'ai faits depuis longtemps, pour qu'il veuille bien recevoir mon Ame dans sa miséricorde et sa bonté.

« Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait.

« Je dis ici adieu à mes tantes et à ton» me* frère*. H

soeurs. J'avais des amis; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant ; qu'ils sachent que, jusqu'à mon dernier moment, j'ai toujours pensé à eux.

« Adieu, ma bonne et tendre sœur, puissé-je mériter vos regrets; pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que mes bons et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours!

« Adieu, adieu ! je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, ou m'amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le regarderai comme un être absolument étranger.

. Ce (6 octobre <7M, à quatre heure» et demie du malin.

Madame Elisabeth , innocente , pieuse et résigné»' comme Louis XVI , comme Marie - Antoinette , reçut comme eux la mort. Elle fut exécutée le 40 mai 4794.

Il ne lui restait que Dieu pour ami ; elle composa cette prière qu'elle lui adressait tous les jours :

i.ou s xvi.

« Que m'arrivera-t-il aujourd'hui? ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'il ne m arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute éternité ; cela me suffit, ô mon Dieu ! pour être tranquille. J'adore vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice a celui de votre cher fils, mon Sauveur, vous demandant par son cœur sacré et par ses mérites infinis, la patience dans nos maux et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voulez et permettez. »

Le jeune dauphin mourut le 9 juin 1795, épuisé par les plus odieux traitements.

Sa sii ur, Madame royale, fut échangée par le gouvernement révolutionnaire contre plusieurs députés ou agents de la république détenus dans les prisons de l'Allemagne La marquise de Soucy eut l'honneur de re- * mettre la jeune princesse dans les mains de la famille impériale à Vienne, le 9 janvier 4796 '.

Le 6 novembre 1793, peu après l'exécution de la reine et avant celle de madame Elisabeth, le duc d'Orléans fut guillotiné par ses complices qui commençaient à s'égorger entre eux.

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Que nos regards, consternes de ces épouvantables catastrophes, se tournent vers le ciel qui seul en possède le secret et le dénoûment.

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