INFORMATION FAITE, EN VERTU DES ORDRES DU ROI, PAR M. LE CHANCELIER
« Le 22 mai 1814, par-devant moi Charles-Henri d'Ambray, chancelier de France , chargé par Sa Majesté personnellement de constater les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi l'inhumation de S. M. Louis XVI et de la reine,
« Ont comparu les témoins ci-après dénommés, que j'ai mandés chez moi , sur l'indication qui m'avait été donnée de leur nom par Sa Majesté :
« \ 0 Le sieur François-Sylvain Renard , ancien vicaire
<le la Madeleine, domicilié rue de Caumartin, n. 42, lequel , après serment de dire la vérité , a déposé ainsi qu'il suit :
u Le 20 janvier 1793, le pouvoir exécutif manda M. Pi- « cavez, curé de la paroisse de la Madeleine, pour le char- « ger de l'exécution de ses ordres relativement aux obsè- « ques de S. M. Louis XVI. M. Picavez, ne se sentant pas le « courage nécessaire pour remplir une fonction aussi péni- « ble etaussi douloureuse, prétexta une maladie, et m'en- <• gagea , comme son premier vicaire, à le remplacer et à « veiller, sous ma responsabilité, à la stricte exécution des « ordres intimés par le pouvoir exécutif. Ma réponse fut « d'abord un refus positif, fondé sur ceque personne n'avait « peut-être aimé Louis XVI plus que moi; mais, sur l'ob- « servation juste que M. Picavez me fit que ce double « refus pourrait avoir des suites fâcheuses et incalcu- « labiés pour nous deux, j'acceptai.
« En conséquence , le lendemain 21 , après m être as- « suré que les ordres prescrits par le pouvoir exécutif, « et relatifs à la quantité de chaux ordonnée , et à la « profondeur de la fosse qui, autant que je puis me le « rappeler, devait être de dix à douze pieds , avaient été « ponctuellement exécutés, j'attendis à la porte de l'é- « glise, accompagné de la croix et de feu M. l'abbé « Damoreau . que l'on nous remît le corps de Sa Ma- « jesté.
« Sur la demande que j'en fis, les membres du dé- « partement et de la commune me répondirent que les « ordres qu'ils avaient reçus leur prescrivaient de ne pas « perdre un seul instant de vue le corps de Sa Majesté , « nous fûmes donc obligés . M. Damoreau et moi , de les « accompagner jusqu'au cimetière situé rue d'Anjou.
« Arrivés au cimetière, je fis faire le plus grand silence. <« L'on nous présenta le corps de Sa Majesté. Il était vêtu « d'un gilet de piquet blanc, d'une culotte de soie grise « et les bas pareils. Nous psalmodiâmes les vêpres et re- •< citâmes toutes les prières usitées pour le service des « morts, et, je dois dire la vérité, cette même populace « qui naguère faisait retentir l'air de ses vociférations « entendit les prières faites pour le repos de l'âme de « Sa Majesté, avec le silence le plus religieux.
« Avant de descendre dans la fosse le corps de Sa Ma- « jesté, mis à découvert dans la bière, il fut jeté au Bond » de ladite fosse, distante à dix pieds environ du mur, « d'après les ordres du pouvoir exécutif, un lit de chaux « vive; le corps fut ensuite couvert d'un lit de chaux vive, « d'un lit de terre, et le tout fortement battu et à plu- « sieurs reprises.
« Nous nous retirâmes ensuite en silence, après cette « trop pénible cérémonie, et il fut, autant que je puis me « le rappeler, dressé par M. le juge de paix, un procès-
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« verbal qui fut signé des deux membres du département « et de deux de la commune. Je dressai aussi un acte mor- « tuaire, en rentrant à l'église ; mais sur un simple re- « gistre, lequel fut enlevé par les membres du comité « révolutionnaire, lors de la clôture de cette église. »
« Ce qui est tout ce que le témoin a dit savoir. Et a signé après lecture laite.
«» Signé Renard.
«2° Le sieur Antoine Lamaignère, juge de paix du premier arrondissement de Paris, demeurant rue de la Concorde, n. 1 , lequel, après serment de dire la vérité, nous a dit :
«Qu'il n'avait pas assisté à l'inhumation, mais qu'il s'est « transporté sur les lieux, au moment où le corps de « Sa Majesté était déjà couvert de chaux. Que la place qui « est aujourd' hui conservée dans le jardin du sieur Desclo- « seaux, ancien avocat, est bien celle où le roi a été inhumé. « Et a signé après lecture faite.
« Signé Lamaignère.»
«3° Le sieur Jean-Richard-Ève Vaudremont , greffier du juge de paix du premier arrondissement, demeurant rue de la Concorde, n. 8, après serment de dire la vérité, nous a dit :
m Qu'il avait accompagné le juge de paix auquel il est « attaché dan» la visite qu'il a faite au cimetière de la « Madeleine, rue d'Anjou, peu de temps après l'inhuma- « tion du roi et pendant qu'on recouvrait la fosse, et qu'il « est en état d'attester que le corps de Sa Majesté avait « été placé dans le même local qui se trouve aujourd'hui « marqué par des saules pleureurs, dans le jardin du sieur « Descloseaux. Et a signé après lecture faite.
« Signé Vaudrkmoist. »>
« 4° ta sieur Dominique-Emmanuel d'Anjou , ancien ;ivocat, domicilié rue d'Anjou, n. 48, lequel, après serment de dire vérité, nous a dit :
« Qu'il avait été également témoin de l'inhumation du « roi Louis XVI et de S. M. la reine; qu'il les avait vu « descendre tous deux dans la fosse dans des bières dé- « couvertes qui ont été chargées de chaux et de terre; «< que la téte du roi , séparée du corps , était placée « entre ses jambes; qu'il n'avait jamais perdu de vue une « place devenue si précieuse et qu'il regardait comme «« sacrée, quand il a vu faire, par son beau-père, l'acqui- « sition du terrain déjà enclos de murs, qu'il a fait re- «< hausser pour plus grande sûreté; que le carré où se trou- « vent les corps de Leurs Majestés a été entouré par ses * « soins d'une charmille fermée, qu'il va planté des saules
•« pleureurs et des cyprès. » Et a signé après lecture faite.
«• Signé d'Anjou. »
LOIIS XVI.
« 5° M. Alexandre-Antoine-Hippolyte, baron de Bage , maréchal des camps et armées du roi, lequel, après serment de dire vérité, nous a dit :
« Qu'il avait vu passer la voiture qui conduisait au ci- « metière de la rue d'Anjou , le corps de S. M. le roi , « mais qu'il n'avait pas suivi l'inhumation; a seulement « entendu dire d'une manière positive que le corps de « Sa Majesté avait été placé dans le local décoré depuis « par les soins de M. Descloseaux; qu'il a mcmeconnais- «« sance qu'on a offert, audit sieur Descloseaux, un hôtel à « Paris , en échange de ce précieux terrain que ledit sieur « Descloseaux a voulu conserver. »
« Et a signé après lecture faite.
« Signé Bage.
Fait et cl « a Paria, a l'hôtel de l» ch <nc»Uerie . le 22 nui «I «.
« Signé d' Ambrât.
rrtifié conforme par non* secrétaire général de h ch mccllerie el du sceau , membre de la Légion-l'Honneur.
<« Lkpïcard. »
« Le 18 janvier 4815 , nous Charles-Henri d' Ambra y , chancelier de France, commandeur des ordres du roi, accompagné de M. le comte de Blacas , ministre et secrétaire d'État au département de la maison du roi , de M. le Bailli deCrussol, chevalier des ordres du roi , pair de France, de M. de la Fare, évéque de Nancy, premier
aumônier de S. A. R. madame duchesse d'Angoulème, et, enfin, de M. Philippe Distel, chirurgien de Sa Majesté, commissaires nommés avec nous pour procéder à la recherche des restes précieux de LL. MM. Louis XVI et de la reine Marie Antoinette , son auguste épouse , nous sommes transportés , à huit heures du matin , à l'ancien cimetière de la Madeleine , rue d'Anjou-St-Honoré, n°48.
« Entrés dans la maison attenante , à laquelle le cimetière sert aujourd'hui de jardin , ladite maison occupée par le sieur Descloseaux , qui avait acheté précédemment ledit cimetière pour veiller lui-même à la conservation des restes précieux qui s'y trouvent déposés, nous avons trouvé ledit sieur Descloseaux avec le sieur d'Anjou, son gendre , et plusieurs personnes de sa famille , lesquels nous ont conduits dans l'ancien cimetière , et nous ont indiqué de nouveau la place où ledit sieur d'Anjou nous avait déclaré qu'il croyait pouvoir assurer que les corps de Leurs Majestés avaient été déposés, ainsi qu'il est constaté par l'information que nous avons faite le 22 mai dernier.
« Ayant ainsi de nouveau reconnu le côté du jardin où nous devions faire les recherches qui nous étaient prescrites , nous les avons commencées par celles du corps de S. M. la reine, afin d'arriver plus sûrement à découvrir celui de S. M. Louis XVI , que nous avions lieu de croire placé plus près du mur du cimetière , du coté de la rue d'Anjou. Aprèsavoir fait faire par des ouvriers, du nombre
desquels se trouvait un témoin de l'inhumation de la reine, une découverte de terre de dix pieds de long sur cinq ou six pieds de largeur, et cinq ou environ de profondeur, nous avons rencontré un lit de chaux de dix à onze pouces d'épaisseur, que nous avons fait enlever avec beaucoup de précaution, et sous lequel nous avons découvert l'empreinte bien distincte d'une bière de cinq pieds et demi ou environ de longueur ; ladite empceinte tracée au milieu d'un lit épais de chaux , et le long de laquelle se trouvaient plusieurs débris de planches encore intacts.
« Nous avons trouvé dans cette bière un grand nombre d'ossements, que nous avons soigneusement recueillis. Il en manquait cependant quelques-uns, qui sans doute étaient déjà réduits en poussière. Nous avons trouvé la tête entière , et la position dans laquelle elle était placée indiquait d'une manière incontestable qu'elle avait été détachée du tronc. Nous avons trouvé également quelques débris de vêtements , et notamment deux jarretières élastiques assez bien conservées , que nous avons retirées pour être portées à Sa Majesté , ainsi que deux débris du cercueil. Nous avons respectueusement placé le corps dans une boîte que nous avons lait apporter , en attendant le cercueil de plomb que nous avons commandé. Nous avons également mis à part, et serré dans une autre boîte, la terre et la chaux trouvées avec les ossements, et qui doivent être enfermées dans le même cercueil.
« Celte opération faite , nous avons fait couvrir de fortes planches la place où se trouvait l'empreinte de la bière de S. M. la reine, et nous avons procédé à la recherche des restes de S. M. Louis XVI.
« Suivant , à cet égard , les premières indications qui nous avaient été données , nous avons fait creuser , entre la place où le corps de la reine avait été trouvé et le mur de la rue d'Anjou , une large ouverture de douze pieds de longueur et jusqu'à douze pieds de profondeur, sans rien rencontrer qui nous annonçât le lit de chaux indicatif de la sépulture du roi; nous avons par là même reconnu la nécessité de creuser un peu plus has et toujours dans la même direction; mais l'approche de la nuit nous a déterminés à suspendre le travail et à l'ajourner jusqu'à demain.
« Nous sommes en conséquence sortis du cimetière avec les ouvriers que nous y avions amenés ; nous en avons soigneusement fermé la porte en en prenant les clefs , et après avoir retiré les deux caisses susmentionnée*, que nous avons portées dans la chambre du sieur Descloseaux, après les avoir scellées d'un cachet aux armes de France. Les deux caisses , recouvertes d'un drap mortuaire , ont été entourées de cierges , et plusieurs ecclésiastiques de la chapelle de Sa Majesté sont arrivés pour réciter pendant la nuit, autour de ces précieux restes, les prières de l'Églisr.
« Le directeur général de la police , que nous avons mandé , a été chargé de placer une garde à la porte et autour du cimetière, et nous a vons ajourné à demain 19, à huit heures du matin , la suite de nos opérations, dont nous avons arrêté et signé le présent procès-verbal , qui l'a été également par le sieur Descloseaux , propriétaire du terrain, et par le sieur d'Anjou , son gendre.
m Fait et clos à Paris , les jour et an que dessus.
« Le chancelier de France ,
« Signé : D Ambray , Blacas d' Aulps , Bailli de Crussol ,
A. L. H. de la Fare, évéque de Nancy, Distel, Descloseaux , d'Anjou. »
« Le 49 janvier 1815 , nous nous sommes de nouveau transportés au cimetière ci-dessus désigné, où nous sommes entrés à huit heures et demie du matin, avec les ou* vriers que nous avons mandés pour continuer les travaux commencés.
« Lesdits ouvriers ont ouvert , en notre présence , une tranchée de la profondeur de sept pieds , un peu au-dessous de la tombe de S. M. la reine, et plus près du mur du côté de la rue d'Anjou. Nous avons découvert à ladite profondeur quelques terres mêlées de chaux et quelques minces débris de planches indicatifs d'un cercueil de bois.
Nous avon* fait continuer la fouille avec plus de précau (ion ; mais, au lieu de trouver un lit de chaux pure, comme autour du cercueil de la reine, nous avons reconnu que la terre et la chaux avaient été mêlées à dessein , de telle sorte cependant que la chaux dominait beaucoup dans le mélange, mais n'avait pas la même consistance que celle trouvée dans notre opération d'hier. C'est au milieu de cette chaux et de cette terre que nous avons trouvé les ossements d'un corps d'homme , dont plusieurs , presque entièrement corrodés , étaient près de tomher en poussière. La tête était couverte de chaux, et elle se trouvait placée au milieu de deux os de jambes, circonstance qui nous a paru d'autant plus remarquable que cette situation était indiquée comme celle de la tête de Louis XVI dans l'information que nous avons faite le 2*2 mai dernier.
« Nous avons cherché soigneusement s'il ne restait aucune trace de vêtement , sans pouvoir en découvrir ; sans doute parce que la quantité de chaux, étant beaucoup plus considérable , avait produit plus d'effet.
« Nous avons recueilli tous les restes que nous avons pu recueillir dans cet amas de terre et de chaux , et nous les avons réunis dans un grand drap préparé à cet effet , ainsi que plusieurs morceaux de chaux encore entiers.
« Quoique la place où ce corps avait été découvert fut
KOIIS XVI.
celle où plusieurs témoin* oculaires de F inhumât ion non s avaient déclaré que le corps de Sa Majesté avait été déposé, et que la situation de la tête ne nous laissât aucun doute sur le résultat de notre opération , nous n'avons pas laissé encore de faire enlever, jusqu'à vingt-cinq pieds de distance , jusqu'à dix et douze pieds de terre pour chercher s'il n'existait pas d'autre lit complet de chaux qui nous indiquât une autre sépulture du roi aussi positivement que celle de la reine. Mais cette épreuve surabondante nous a convaincus plus complètement encore que nous étions en possession de ces restes précieux.
« Nous les avons enfermés avec respect dans une grande boîte que nous avons scellée d'un cachet aux armes de France. Nous avons ensuite apporté cette boîte dans le même salon où les restes de S. M. la reine avaient été déposés hier , afin que les ecclésiastiques déjà rassemblés pussent continuer autour des deux corps les prières de l'Église jusqu'au moment qui sera fixé par le roi pour leur placement dans des cercueils de plomb et le transport desdits cercueils à l'église royale de Saint-Denis.
« De tout quoi nous avons rédigé et écrit le présent pro ces-verbal, qui a été signé par les mêmes commissaires et témoins que dans notre séance d'hier , et en outre par M. le duc de Duras, pair de France , premier gentilhomme de la chambre deSa Majesté; par M. le marquis de Dreux- Brézé, grand maître des cérémonies de France, qui ont
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assisté à nos opérations d'aujourd'hui, et par M. l'abbé d'Astroz, vicaire général de l'Église de Paris, l'un des administrateurs du diocèse, le siège vacant, qui s'est réuni a nous pour la présente exhumation.
«< Fait et clos à Paris, rue d'Anjou , n. 48 , à quatre heures du soir, les jour et an que dessus.
Le chancelier de France , «Signé : d' Ambra y ,
Blacas d'Aulps, Bailli de Crussol ,
A. L. H. de la Fare, évêque de Nancy,
Le duc de Duras,
Le marquis de Brézé ,
L'abbé d'AsTROS,
Descloseaux , d'Anjou, Distel.»
«Le 20 janvier 1845, à deux heures après midi , nou* nous sommes rendus, d'après les ordres du roi, dans la maison du sieur Descloseaux , rue d'Anjou , n. 48 , où étant arrivés, nous avons trouvé réunis les mêmes commissaires qui avaient assisté à nos précédentes opérations, et les personnes que le droit de leur charge ou l'ordre du roi y avait rassemblées pour être présentes au placement dans des cercueils de plomb des restes précieux de LL. MM. Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette , déposés dans un salon de ladite maison , dans des caisses scellées et cachetées , savoir :
LOI IS XVI. 449 Les commissaires du roi dont les noms suivent :
M. le comte de Blacas , grand maître de la garde-robe du roi, ministre et secrétaire d'Etat au département de sa maison;
M. le Bailli de Crussol , pair de France , chevalier des ordres du roi ;
M. de la Fare , évêque de Nancy , premier aumônier de S. A. R. Madame, duchesse d'Angoulême ;
Et en outre M. le duc de Duras, pair de France , premier gentilhomme de la chambre de sa majesté ;
M. de Noailles, prince de Poix, pair de France, capitaine des gardes du corps de sa majesté , ayant été de service auprès de S. M. Louis XVI, jusque* et y compris le 10 août 1792.
En présence desquelles personnes nous avons examiné les boîtes ci-dessus mentionnées dont nous avons reconnu les cachets sainset entiers, et après les avoir rompus , nous avons procédé à la translation des précieux restes desdite* boîtes dans des cercueils de plomb préparés ;» cet effet.
Les dépouilles mortelles de S. M. Louis XVI ont été
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pl;i( t es dans un grand cercueil avec plusieurs morceaux <lc chaux qui avaient été trouvés entiers, et le long desquels paraissaient quelques vestiges de planches provenant du cercueil de bois; le cercueil de plomb a ensuite été recouvert et soudé par les plombiers que nous avions mandés , et sur le couvercle a été placée une plaque de vermeil doré avec cette inscription :
«Ici est le corps de très-haut, très-puissant et très-excellent prince Louis XVI*»™ du nom, par la grâce de Dieu , roi de France et de Navarre. »
I,a même opération a été faite , en présence des mêmes personnes , à l'égard des restes de S. M. la reine Marie- Antoinette , et le cercueil qui les contient a été pareillement recouvert et soudé par les mêmes plombiers avec cette inscription :
« Ici est le corps de très-haute , très-puissante et très excellente princesse Marie-Antoinette-Joscph-Jeanne de Lorraine , archiduchesse d'Autriche, épouse de très-haut, très-puissant et très-excellent prince Louis XVI*mc du nom , roi de France et de Navarre, u
Ces deux cercueils ont ensuite été replacés sous le drap mortuaire, en attendant l'époque fixée par le roi pour le transport à Saint-Denis des deux corps.
De tout quoi nous avons fait et clos le présent procèsverbal , qui a été signé avec nous par les personnes cidessus dénommées et ensemble par le sieur Dcscloseaux , propriétaire de la maison, et le sieur d'Anjou , son gendre.
A Paris , les jour et an que dessus r
Le chancelier de France,
Signé D'Ambray ,
Blacas d'Aulps, Bailli de Crijssol,
A. L. H. de la Fare , évéque de Nancy , Le duc de Duras , INoailles , prince de Poix , Descloskaux , d'Anjou.
Certifié conforme à la minute déposée aux archives de la chancellerie de France.
Le secrétaire générai de la chancellerie de France et du sceau, membre de la Légion-d' Honneur , par ordre de .V. le cham elier,
Le Picard. FA plus bas, même numéro :
Le roi désirant consacrer, par un témoignage public et solennel , la douleur que la France n'avait pu jusqu'ici faire éclater et qu'elle manifeste aujourd'hui d'une manière si touchante au souvenir du plus horrible attentat,
a ordonne que le '21 janvier de chaque année , un service |M«ur le repos de l'âme de Louis XVI serait célébré dans Imites les églises «lu royaume; que la cour prendrait le tleuil, ainsi que les autorités civiles et militaires; que le* tribunaux vaqueraient et que les théâtres seraient fermés. Paris, ce 20 janvier 1815.
Le minisire de ta maixon du mi , Blacas d'AuLPS.
Le Moniteur du '23 janvier donne les détails de la cérémonie des obsèques du roi Louis XVI et de la reine Marie- Antoinette.
Tous les régiments de la garnison de Paris ont pris les armes à sept heures du matin et sont venus border la haie depuis la rue d'Anjou-Saint-Honoré jusqu'à la barrière Saint-Denis.
Monsieur est parti à huit heures du matin du château des Tuileries avec monseigneur le duc d'Angouléme et monseigneur le duc de Berri , s'est rendu chez M. I)escloseaux , et a posé la première pierre du monument qui doit être élevé sur l'endroit où reposaient les corps du roi Louis XVI et de la reine sa femme.
Les restes précieux de lueurs Majestés , qui avaient été déposés dans leurs cercueils , ont été portés sur un char
funèbre par douze gardes de la manche de la compagnie écossaise des gardes «lu corps du roi.
Toutes les troupes avaient le crêpe au bras.
Les tambours et instruments étaient voilés de serge noire, les drapeaux et étendards avaient des crêpes.
Un recueillement profond et religieux régnait parmi Ja foule qui s'était portée sur les endroits où devait passer le cortège.
Le cortège arrivé devant l'Abbaye, à Saint-Denis, les corps du roi et de la reine ont été retirés du char par les gardes de la manche , portés par eux à l'église , reçus par tout le clergé , et présentés à monseigneur 1 evéque d'Aire, officiant , par monseigneur l'évêque de Carcassonne, nommé pour représenter le grand aumônier; ils ont été ensuite placés dans le catafalque élevé au milieu du chœur de l'église.
Monsieur, monseigneur duc d'Angoulème, monseigneur duc de Berri, princes du grand deuil, monseigneur le duc d'Orléans et monseigneur le prince de Condé, occupaient les premières stalles hautes, à droite dans le chœur.
S. A. IL madame la duchesse d'Orléiins , madame la
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duchesse de Bourbon, et mademoiselle d'Orléans, princesses du grand deuil, occupaient les stalles hautes visà-vis.
Après les princes étaient deux stalles vides, et dans les quatre hautes stalles suivantes : M. le comte Barthélemi , M. Lainé, M. le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre, M. le maréchal duc de Reggio, ministre d'Etat, qui avaient été nommés par le roi pour porter les quatre coins du poêle, au moment où l'on conduirait les cercueils à la tombe.
Dans les stalles hautes et basses, à droite et à gauche , étaient placées des députations de la cour de cassation , de la cour des comptes , du conseil de l'université , de la cour royale , du corps municipal et du tribunal de première instance.
\jr chœur était occupé par les grands et principaux officiers de la maison du roi et de celle des princes , par quatre des ministres de Sa Majesté , et par les personne* que le roi avait nommées pour être du cortège.
L'empressement général de rendre les derniers devoirs au roi Louis XVI et à la reine sa femme, et le respect pour leur mémoire, avaient attiré à Saint-Denis un grand nombre de MM. les maréchaux de France, de MM. les membres de la chambre des pairs et de la chambre des
f.OUS XVI.
députés, de MM. les grands-croix de l'ordre de Saint- Louis , de MM. les grands-cordons de la Légion-dilonneur, de MM. les lieutenants généraux et maréchaux de camp qui ont été placés également dans le chœur, ainsi que M. le lieutenant général comte Dessoles , major général des gardes nationales du royaume , avec l'état-major, et M. le lieutenant général comte Maison, gouverneur de la première division militaire avec l'état-major général.
Sa Majesté, qui n'avait pas douté des sentiments qui se sont manifestés, avait ordonné au grand maître des cérémonies de faire réserver des places à tous ceux de ces messieurs qui se présenteraient individuellement.
La gouvernante des enfants de France , les dames du palais de la reine , femme du roi Louis XVI , et les dames de madame duchesse d'Angoulême, occupaient des bancs à gauche et près du catafalque.
Quatre cents des demoiselles , filles des membres de la Légion-d'Honneur, qui habitent l'ancienne abbaye de Saint-Denis , étaient placées sur des banquettes dans la croisée du chœur près de l'autel.
Le service divin a commencé.
Les princes cl princesses du grand deuil ont clé, sui-
vant l'usage, conduits par les officiers des cérémonie» à l'offrande, après laquelle l'oraison funèbre a été prononcée par monseigneur 1 evêque de Troyes. Après les absoutes, les corps du roi et de la reine ont été descendus dans le caveau.
Monsieur, monseigneur duc d'Angoulême, monseigneur duc de Berri, descendus dans le caveau où doivent reposer à jamais les restes précieux que les voies de la Providence nous ont fait retrouver, et prosternés sur le tombeau de leur roi, n'ont laissé qu'un regret à ceux que les devoirs de leur plac e appelaient dans ce triste lieu , c'est que la France entière n'ait pas été témoin de leur profonde vénération et de leur pieuse douleur.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
PIÈCES JUSTIFICATIVES
DISf.OIBS DE M. LE MARQUIS DE DBEl X-BBÉIÉ, A LA CHAMBRE DES PAIBS , DANS LES SÉANCES DES 9 ET 15 MABS 1833, SUB LE PBOJET DE LOI TENDANT A ACCOBDEB DES BÉCOMPENSES AUX VAINQL'EI'BS DE LA BASTILLE.
Je demande la parole pour répoudre à un lait personnel.
J'ai dit que je remerciais l'orateur qui descend de la tribune, d'avoir rappelé un souvenir historique qui se rattache à la mémoire de mon père. Je m'explique. Les historiens du tenqw ont lous rapporté ce fait «l une manière inexacte. Mon père voulut.au retour du roi Louis XVIII,
-StiO
r I 1 1 KS JUSTIFICATIVES.
«le ce roi si sage , si juste appréciateur des besoins de son époque , rétablir la vérité. Ce prince , animé de sentiments de conciliation, qui avait dit en revenant en France : Pardon et oubli, lui demanda de n'eu rien faire , et il se soumit à cette auguste volonté. N'étant plus retenu par les mêmes considérations, je puis dire aujourd'hui comment les choses se passèrent.
.Mon pére fut envoyé par Louis XVI pour ordonner à l'assemblée nationale de se; séparer; il entra couvert : tel était son devoir, puisqu'il parlait au nom du roi. I)e grandes clameurs se tirent entendre à sa v ue : on lui cria de se découvrir. Mon pére s'y refusa en répondant par une expression si énergique , que je ne pourrais convenablement la reproduire. Alors Mirabeau se leva et ne lui dit point : Aile/ dire à votre maître , on n'en était point arrivé à traiter avec un tel mépris les têtes couronnées, mais : «Nous sommes ici par le vœu de la na- « tion , la force matérielle seule pourrait nous faire désemparer.» Mon pére prit alors la parole, et , s'adressant à Bailly.qui présidait l'assemblée : « Je ne puis reconnaître , dit-il , en M. de Mirabeau , que le dé- < puté du bailliage d'Aix , et non l'organe de l'assemblée. » Puis , messieurs . comme cinq cents hommes sont plus forts qu'un seul , il se retira quelques minutes après , et alla rendre compte au roi de cet incident.
Voilà exactement , messieurs , comment les choses se passèrent ; j'en appelle au souvenir des membres de cette chambre qui siégeaient alors dans l'assemblée nationale, nommément à ceux de M. le comte de Montlosier, que j'aperçois devant moi.
M. de Montlosier fait des signes d'assentiment, et répond : «C'est la vérité tout entière. »
NrXKS Jl STIFK.ATIVKS.