‹ Louis XVIChapitre 46 sur 53 · OBSERVATIONS DE MOI NIER , SI'R LES MOTIFS DE SON DÉPART · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE MOI NIER , SI'R LES MOTIFS DE SON DÉPART

Je dois répondre à ceux qui ont blâme mon retour en Daupbiné , en développer les motifs pour les gens de bonne foi , et laisser ensuite les autres censurer tout à leur aise.

Dans tous les papiers publics mon départ a été indiqué comme lasnitc des menaces qui m'ont été faites , et des dangers que j'ai courus. Amis et ennemis, tous m'ont signalé comme ayant quitté mon poste pour me mettre en sûreté.

Il est très-vrai que , depuis près de trois mois , j'avais reçu une multitude de lettres anonymes remplies d'injures et de menaces; il est très-vrai qu'on eberebait à m'inspirer la terreur, en m'adressant de faux avis , tantôt qui étaient donnés par écrit, et tantôt m'étaient transmis par des inconnus ; il est très-vrai qu'on m'avait fait passer, auprès du peuple de Versailles , pour un député dévoué aux intérêts du clergé et de la noblesse; que j'ai vu et que j'ai entendu plusieurs fois des attroupements se former sous mes fenêtres , et parler à haute voix de la lanterne ou de me couper la tête ; que , le lundi soir 5 octobre , des brigands sont venus me demander à mon logement , en disant qu'ils voulaient emporter ma tète , et qu'ils réussiraient bien à me rencontrer; il est vrai que plusieurs personnes se tenaient près de là pour

PIECES JUSTIFICATIVES

indiquer ma demeure , et me désignaient comme un traître ; mais il est faux que j'aie quitte Versailles le samedi matin , 10 octobre , par un sentiment de terreur.

Accoutumé depuis longtemps aux menaces et aux dangers , je peux dire que je m'étais dévoué; et je crois avoir parlé plusieurs fois dans rassemblée nationale de manière à ne pas laisser croire qu'il fût facile de m'épouvanter.

Ceux qui m'environnaient pendant les derniers jours de ma présidente , ont pu apercevoir les sentiments d'indignation que j'éprouvais , mais je ne crois pas qu'aucun d'eux puisse dire que j'aie eu des sentiments de crainte personnelle ; ils ont même pu entendre quelque*» runféreuce* particulière» , dans lesquelles je ne jouais point le rôle d'un homme intimidé. On doit se rappeler comment j'ai rempli mes fonctions de président le mercredi 7 octobre , dernier jour où j'ai paru à l'assemblée : j'avais une profonde tristesse , j'étais dans la plus grande agitation ; mais les motifs de mon inquiétude n'étaient point équivoques , et l'on ne dut pas me trouver la faiblesse et l'humilité d'iin poltron. Les termes dans lesquels était conçue ma démission de la présidence , donnée le jeudi H octobre , ne portaient pas non plus le caractère de la frayeur.

Le sentiment qui me guidait pouvait être exagéré ; mon imagination pouvait être frappée d une terreur trop vive pour de plus grands intérêts que les miens propres ; mais il est inutile de le cacher, je croyais que c'était se dévouer très-inutilement , que de dire la vérité dans Versailles ou dans Paris ; je croyais qu'il était criminel de se taire , puisqu'en parlant on pouvait prévenir de grands maux. C'est dans ce sens , c'est en croyant le silence une sorte de complicité , qu'annonçant mon départ en présence de plusieurs personnes , j'ai dit : J? neveux être tu coupable ni complice.

Que ceux qui seraient tentés de désapprouver ma conduite .veuillent bien examiner avec impartialité les circonstances dans lesquelles je me

PIECES JUSTIFICATIVES

trouvais, et les motife dont j'étais animé. Depuis longtemps j'éprouvais les plus vives alarmes , j'avais lieu de craindre les plus funestes projets. Les désordres encouragés au même instant dans la plupart des provinces; la proscription de plusieurs hommes vertueux ; la désertion et l'insubordination achetées dans plusieurs régiments; l'enlèvement du roi , do la reine et du dauphin , plusieurs fois projeté à Paris ; la cour dans des alarmes continuelles à Versailles ; l'arrivée du régiment de Flandre , présentée comme un malheur public ; une foule d'infâme* brochures vendues publiquement jusqu'à la porte de l'assemblée nationale, dans lesquelles la majesté royale était indignement outragée; lous les efforts employés pour exciter la curiosité du peuple , par les plus absurdes et les plus infâmes écrits , qui tous avaient également pour but de livrer à l'exécration publique des personnes augustes , et

(aire naître des soupçons comme si l'on eût voulu écarter certains

obstacles. C'est dans cette situation des choses que , sous le prétexte de la rareté du pain, d'une orgie des gardes du corps, des femmes et des brigands courent à Versailles , où la milice parisienne les suit les armes à la main ; que des gardes du corps sont égorgés sous les yeux du monarque et jusque dans son palais ; que la reine est obligée de s'enfuir de sa chambre pour se soustraire à la fureur des scélérats , et que le roi est forcé de se rendre à Paris avec sa famille.

J'apprends ensuite que le pain , excessivement rare la veille , devient très-abondant le jour même où le roi arrive dans la capitale. Ainsi , disais-je, on fait croire au peuple qu'il dépend de la famille royale de

lui donner du pain Oui, il faut que les auteurs de tant de maux

apprennent bientôt que mes commettants sont instruits de la vérité ; ils seront alors forcés de renoncer à leurs complots , et les bons citoyens de Paris , pour dissiper les alarmes des provinces , redoubleront de zèle et veilleront à la sûreté du roi et de sa famille , sûreté dont ils sont responsables.

Ijcs relations infidèles que je voyais se multiplier ; les obstacles mi» au départ des députés par le refus des passe-ports délibéré le 9 octobre, tout tendait a me convaincre de plus en plus de la nécessité de retour-

NKCKS Jl SI IFM.U IYES.

iirr dans ma province. Et mon serment , qu'on juge s'il pouvait me faire hésiter, dès (jue le silenee me paraissait un crime. Je ne pouvais pas avoir juré d'être criminel ; je ne pouvais pas avoir juré de n'être pas libre ; c'était une obligation sacrée pour moi de faire connaître à mes commettants la véritable position du roi. La fidélité au prince est une «les premières vertus dans les monarchies.

Combien de motifs pour craindre , de plus . que l'assemblée nationale ne lut pas libre à Paris ! N'avais-je pas vu à Versailles les galerir* applaudir, désapprouver, juger les discours et les décisions? N'avais-je pas remarqué plusieurs fois l'effet des proscriptions et des menaces? Était-il naturel de croire qu'on aurait plus de liberté dans la ville de Taris , au milieu de ceux qui n'avaient pas respecté l'asile du monarque? Ne dcvais-jc Pas craindre qu'il ne fût impossible à la municipalité et aux chers militaires d'assurer l'indépendance des suffrages? N'avait-on pas déjà fait des proclamations et des défenses , après les menaces du Palais-Royal ? Avait-on pu parvenir à empêcher, le 5 octobre , que l'Hôtel-de-Ville ne fut forcé , et que la milice ne fît violence à son général ?

Dût-on m'accuser d'un excès d'amour-propre , il m'est impossible de ne pas croire que mon départ a déjà produit quelque utilité ; il a causé beaucoup d'inquiétude aux factieux ; j'en juge par la rage avec laquelle ils m'ont fait déchirer dans cette foule de journaux dont les auteurs sont accourus en foule au moment de la révolution , comme certains oiseaux de proie à la suite des batailles.

Tant que les auteurs et les complices de l'insurrection du 5 octobre, et les assassins des gardes du corps , seront assurés de l'impunité , et qu'ils verront représenter leur conduite comme digne d'éloge , comment compter sur le maintien de la tranquillité publique ? J'ignore même si , au milieu de Paris , il sera possible de prononcer la suppression du nouveau régime adopté par cette ville , de faire disparaître ces districts qui favorisent si puissamment l'anarchie, et qui non-seulement veulent tous gouverner la capitale , mais encore le royaume

i' ii:<:r:s ji ; su Fit ai i vus.

entier; car il» délibèrent souvent sur Ira questions agitées dans l'assemblée nationale.

Je demande surtout si l'on pourra parvenir à licencier cette armée aux ordres de la capitale , au moyen de laquelle elle peut enchaîner la liberté du royaume , comme elle vient , sur le plus frivole prétexte , d'attenter à celle du roi. Je demande aux partisans de l'unité du corps politique , surtout à ceux de l'unité du pouvoir exécutif, s'il devrait être permis à une municipalité de solder un corps considérable de troupes; si toutes les forces militaires ne devraient pas avoir le roi pour cbef suprême ; si elles devraient pouvoir marcher en corps sans son consentement ; si des hommes armés , bourgeois ou soldats , de v raient pouvoir agir coutre le dernier citoyen , saus la réquisition des officiers civils , en exécution de la loi , et s'ils ne se rendent pas coupahles de rébellion à forée ouverte , lorsque , de leur propre autorité . ils ^ eulent se faire obéir par la terreur qu'inspirent leurs armes? Les personnes qui paraissent croire que de pareils droite appartiennent aux municipalités et aux milices bourgeoises , croient probablement aussi que toutes les villes du royaume peuvent se faire la guerre ; qu'elles peuvent se réserver la souveraineté , et que les vexations commises les armes à la main seront toujours impunies.

On ne manquera pas de comparer mes récite avec les relations données par le plus grand nombre des papiers publics ; mais ceux qui savent réfléchir ont dû reconnaître l'infidélité de ces relations. Elles n'ont pas manqué de dire que les gardes du corps avaient tait feu les premiers ; qu'ils ont tué plusieurs personnes , et que leur imprudence a excité la fureur du peuple.

On a bien jugé qu'il serait difficile d'en imposer sur des faite qui ont eu tant de témoins, on a pensa'- d'ailleurs qu'en admettant même cette supposition , la milice parisienne ne serait pas moins coupable de s'être transportée en armes à Versailles; que les femmes et les brigands qui les accompagnaient pouvaient être légitimement repoussés , car, lorsqu'un ennemi vient nous attaquer dans nos foyers , nous ne sommes

1» 1 1 1 < KS JISTIF K MINES.

pas obligés d'attendri» qu'il oit porté les premiers coups. Il était bien * pins adroit de colorer cette insurrection par de faux prétextes; en conséquence , on n'a rien négligé pour la représenter aux provinces comme le dernier coup porté à l'aristocratie ; on a continué d'exagérer les imprudences commises dans le festin des gardes du corps.

Mais comment persuader que , pour des propos de table , il était nécessaire de faire marcher une armée, de massacrer les gardes du corps , et de conduire le roi à Paris ! Un incident survenu le jeudi 8 octobre , c'est-à-dire le quatrième jour après celui de l'insurrection , est venu merveilleusement tirer de cet embarras. On arrêta plusieurs personnes ayant , dit-on , des listes où étaient inscrits un grand nombre de gentilshommes. Tout à coup le bruit se répand qu'on a découvert une conjuration pour conduire le roi à Metz (on varie sur le nombre, depuis douze cents jusqu'à quinze cents) ; qu'on a trouvé des habits uniformes, comme si des conjurés pouvaient être assez insensés pour se trahir par des soins aussi frivoles ! On varie aussi sur la couleur de ces habits , on lui fait parcourir toutes les nuances.

Ceux qui veulent excuser l'insurrection du 5 octobre s'emparent fréquemment de cette prétendue conjuration découverte le 8 octobre; on la mêle dans tous les récits avec les détails de tous les attentats commis à Versailles; on confond toutes les époques. Quelques gazetiers sont cependant assez natls pour les distinguer et pour dire que le peuple de Paris avait le don de lire dans l'avenir, et qu'il avait été sauvé par son instinct. Une foule de lettres particulières appuient les papiers publics ; on indique comme cbefe de la conjuration , tantôt des municipalités de Normandie , tantôt un militaire distingué , et qu'où n'avait pas soupçonnés jusqu'à présent de vouloir nuire aux intérêts du peuple.

Je ne connais pas assez les prétendues découvertes faites le 8 octobre, pour pouvoir affirmer ou pour pouvoir nier si , depuis le retour de M. Necker, il a existé une conjuration dont l'objet fût de conduire le roi à Metz. D'après les contradictions sans nombre dont cette nouvelle

PlfcCF.S JLSTIFICATIVF.S.

a été accompagnée , je suis cependant tnVporté à croire qu'elle est absolument chimérique.

Au surplus , il faudrait savoir dans quelles circonstances on se serait proposé d'accompagner le roi à Metz. Depuis longtemps on était menacé d'une insurrection pour enlever le roi et le conduire dans la capitale. Si , dans cette crainte , des gentilshommes s'étaient ligués pour défendre sa liberté dans le cas où l'on voudrait le forcer à se rendre à Paris , je demande si une pareille ligue eût été criminelle? Un prince qu'on attaque dans son palais a certainement le droit de se réfugier ailleurs.

Ah ! sans doute les prétendus conjurés eussent été bien coupables , s'ils eussent voulu conduire le roi à Metz dans l'espoir de rétablir le despotisme; mais est-il vraisemblable qu'ils aient pu concevoir un pareil projet? Où était l'armée qui devait en favoriser l'exécution? Où étaient les villes disposées à recevoir paisiblement le joug de l'esclavage?

Mais encore une fois, quel rapport pouvait exister entre une prétendue conjuration découverte le 8 octobre , et l'insurrection faite trois jours auparavant? La réalité même de cette conjuration , quel qu'en eût été l'objet , n'aurait pas rendu légitime la marche de la milice de Paris ; car on pouvait dénoncer le projet à l'assemblée nationale , et demander la punition des auteurs.

Les personnes qui se sont présentées à l'assemblée nationale le 5 octobre , n'ont parlé que de la cherté du pain et du repas des gardes du corps ; aucune des femmes , aucun des brigands venus à leur suite , aucun homme de la milice de Paris n'a exprimé d'autre sujet de

Quelques gazetiers ont encore eu soin de faire entendre que la réponse donnée par le roi sur les articles de la constitution était entrée dans les motifs de l'insurrection du 5 octobre. Cette fausseté est manifeste. La réponse du roi ne contenait rien qui pût causer une insur-

iC.x NICF.S Jl STlFIf.A TIYKS.

m lion ; de plus, la réponse du roi n'a été communiquée à l'assemblée qu'à dix heures du matin. l.'HAtcl-dc-Ville de Paris était alori a*>iégé , et l'émeute était commencée depuis la veille.

' Enfin , que n a-t-on pas dit sur les causes de l'insurrection du 5 octobre * On est allé jusqu'à prétendre qu'elle était le fruit des intrigues île l'aristocratie, qui a voulu effrayer le roi et le forcer à partir pour Metz. Il faut avouer que l'aristocratie aurait été tout à la fois bien adroite et bien insensée dans ses mesures. Elle aurait donc prêché le respect pour la cocarde parisienne ; elle aurait emprunté le masque de la démocratie , excité l'indignation contre ceux qui étaient le plus intéressés à la soutenir { car on sait que , les 5 et 6 octobre-, le peuple parlait d'exterminer la noblesse et le clergé, et poursuivait surtout les ecclésiastiques ) ; elle aurait inspiré le désir de la vengeance contre les garde* du corps , tous dévoués à la rage populaire , excepté les chefs et les flatteurs du peuple. Ainsi les intrigues de l'aristocratie auraient eu pour but de se faire égorger par la démocratie ! Au surplus , si le roi eût été obligé de s'enfuir, on aurait pu trouver beaucoup de Français qui auraient associé , dans les efforts de leur courage , la liberté et le roi. Mais comment l'aristocratie pourrait-elle se flatter aujourd'hui de rallier sous ses étendards le plus grand nombre des citoyens?

Il n'est pas difficile de connaître les véritables motifs de ceux qui oui excité l'insurrection du 5 octobre; mais, de quelque nature qu'ils soient , il n'est pas moins vrai que cette insurrection était coupable.

Mais , a-t-on dit , le roi et la famille royale font à Par s. En tirant If rideau sur le» déplorable» détails de l'événement qui les y a cosDrrrs , il demeure cependant un résultat ctrta'm , c'est que le roi, maître d'aller à Paris ou de se transférer dans un autre lieu , s'eM déterminé par son propre choix et de l'avis de la majorité de son conseil.

Si l'on a voulu faire entendre , par ces expressions , que c'est par un consentement libre que le roi est venu à Paris, je n'hésite pas moimême de dire précisément le contraire ; je soutiens qu'il reste pour ré-

PIECES JUSTIFICATIVES

mltat certain que le roi n'était pas libre ; je le soutiens avec toute la force que donne la conviction de la vérité , et je défle que personne ose entreprendre de réfuter le raisonnement que voici : Le roi ne pouvait être libre de ne pas aller à Paris , qu'en s'enfuyant secrètement , ai en s'exposant à tous les inconvénients d'une fuite ; mais un roi qu'un oblige à choisir entre la fuite ou le séjour de Paris, est-il libre? On doit convenir que c'est borner bien rigoureusement la liberté , que de la réduire i une pareille alternative ; et je demande si le roi était libre de rester dans sa demeure ordinaire , c'est-à-dire à Versailles?

S'il eût voulu librement transporter son séjour à Paris . je demande s'il aurait choisi pour le moment de son départ , celui où la populace de Paris venait de massacrer ses gardes, où la milice de Paris était venue vers le lieu de son séjour, comme on marche vers une place qu'on veut assiéger; s'il eût consenti à se mettre à la suite de cette milice , et à se laisser précéder à peu de distance par deux têtes de ses gardes ; si , étant libre . il eût ordonné à ses fidèles gardes de s'éloigner de lui , et résolu d'attendre patiemment, sur la conservation de sa maison militaire, la volonté des districts de Paris, qui , attendu la grande liberté du roi , délibèrent gravement sur la question de savoir s'il doit reprendre ses gardes.

On a dit encore que le rai et toutes les personnes de sa famille ont jrt.s respectés. Je n'aurai garde de répéter ici certaines expressions qu'-on entendit proférer par des brigands : mais je ne savais pas qu'on pût concilier avec le respect dû au monarque les massacres commis dans son palais et les périls auxquels la reine a été obligée de se soustraire par la fuite.

Ceux qui se sont exprimés de cette manière ont cru céder au bien de l'état : chacun le sert par les moyens qu'il juge les plus convenables. Quant à moi , j'ai cru que , pour le servir, il fallait faire connaître la vérité aux provinces.

Je suis bien éloigné de vouloir la dissolution de l'assemblée nalio-

470 PliCKS il STIr'ICATIYËS.

nale; je désir»' qu'elle suit libre, que les menaces, les listes de proscription ne se renouvellent pas , que chaque membre qui a des rendions à proposer soit écouté avec les égards que se doivent respeclivenient des hommes chargés de prononcer sur le sort de l'état , et que la crainte d'obéir à une multitude dirigée par des factieux ne puisse plus influer sur lis délibérations.

Mais, si chacun eût imité votre exemple, ne manquera-t-on pas de dire , l'assemblée nationale serait dissoute.

Je n'ai qu'un mot à répondre , et il ne sera pas obscur pour ceux qui voudront l'entendre. Si j'eusse cru que chacun était disposé à suivre mon exemple , je n'aurais pas eu besoin de revenir v ers mes commettants , car il y avait une autre résolution à prendre que celle de partir ; et d'ailleurs il était si facile de se rassembler dans us autre liel !

Je déclare que , dans une révolution , je crois pouvoir être utile tant qu'il ne faut que de la fermeté et des intentions pures ; mais que je de\ iens incapable lorsqu'il faut y joindre l'indifférence sur lb crime !

Soit que je retourne à l'assemblée nationale , ou que je reste éloigné, je ferai toujours les v œux les plus ardents pour qu elle nous rende libres. Puissent les bases adoptées jusqu'à ce jour donner un fondement solide à la liberté ! Puisse le degré d'autorité qu'on se propose de laisser au monarque , sulllrc pour assurer l'exécution des lois et le repos public î Puissent tous les Français s'empresser de sauver l'état du naufrage , et prévenir par des contributions patriotiques la dissolution dont il est menacé !

Combien il faudra de /cle pour résister à tant de factieux qui, sans se proposer le même but , emploient les mêmes moyens , et conduisent le royaume à sa perte par la réunion de leurs efforts ! La faction des ambitieux qui veulent accroître le désordre dans l'espoir de trouver des moyens et des occasions favorables; celle des démocrates , égarés

PIKC.KS JUSTIFICATIVES.

par de fausses idées sur la liberté , et enfin celle des partisans du despotisme et des anciens abus, qui se flattent de nous voir bientôt regretter la servitude.

Parisiens! vous avez rendu de grands services é la cause de la liberté ; mais depuis le jour où le roi est venu au milieu de vous , vous auriez dû quitter les armes , ne conserver d'autres forces militaires que celles qui étaient indispensables pour défendre l'empire des lois. Vous auriez dû surtout tenir la paix que votre prince vous avait demandée et que vous aviez promise. Tout ce que vous avez fait depuis lors , bien loin d'être favorable à la liberté , en a retardé l'établissement. Il ne fallait pas agir comme si vous seuls y aviez des droits ; il fallait surtout ne pas oublier que les premiers efforts pour la liberté étaient venus des provinces.

Signe MOIJMIER.

LETTRE DE M. DE LALLY-TOLLENDAL , CONTENANT LES MOTIFS DE SA RETRAITE DE I.' A «SEMBLÉE NATIONALE.

Parlons du parti que j'ai pris , il est bien justifié dans ma conscience. Mi cette ville coupable , ni cette assemblée plus coupable encore , ne méritent que je me justifie ; mais j'ai à cœur que vous et les personnes qui pensent comme vous ne me condamnent pas. Ma santé , je vous jure, me rendait mes fonctions impossibles; mais, même en les mettant de coté , il a été au-dessus de mes forces de supporter plus longtemps l'borreur que me causaient ce sang, ces têtes , cette reine presque égorgée, ce roi amené esclave, entrant à Paris au milieu de ses assassins, et précédé des têtes de ses malheureux gardes; ces perfides janissaires , ces assassins , ces femmes cannibales, ce cri de tout

l'Il i I s Jl M IKK. \ I l \ » ; s .

/ . < i , ,jtn •< ii tn lanln nc ' dans le moment ou le roi entre dans sa capit.ile a\ec deux é\ i^ques «Je sou conseil dan?» sa.\oiture; un coup «le lu-il que j'ai mi tirer dan» un des carrosses de la reine ; M. Bailly appelant cela un beau jour; l'assemblée ayant déclaré froidement, le matin , qu'il n'était pas de sa dignité d'aller tout entière environner le roi ; M. Mirabeau disant impunément dans cette assemblée que le vaisseau de l'état , bien loin d'être arrêté dans sa course, s élancerait a\d pius de rapidité «pie jamais vers sa régénération ; M. Barnave riant .sut lui quand des flots de sang coulaient autour de nous; le vertueux Mounier échappant comme par miracle à vingt assa&ius qui auraient \oulu faire de sa tête un trophée de plus.

Voilà ce qui me lit jurer de ne plus mettre le pied dans cette vareme d'anthrupnph g s , ou je n avais plus la force d'éle\er la voix, ou. depuis six semaines , je l'avais éle\ée en \ ain , moi , Mounier et tous les honnêtes gens. Le dernier effort à faire pour le bien était d'en sor- . tir. Aucune idée de crainte ne s'est approcht^ de moi ; je rougirais de m'en défendre. J'avais encore reçu sur la route , de la part de ce peuple moins coupable que ceux qui font enivré de fureur, des acclamations et des applaudissements dont d'autres auraient été flattés , et qui m'ont fait frémir. C'est à l'indignation , c'est à l'horreur, c'est aux convulsions physiques que le seul aspect du sang me lait éprouver, que j'ai cédé. On brave une seule mort , on la brave plusieurs fois quand elle peut être utile; mais aucune puissance sous le ciel , mais aucune opinion publique ou privée n'ont le droit de me condamner à souffrir inutilement mille supplices par minute . et à périr de dcses|K)ir, de rage , au milieu des triomphes du crime que je n'ai pu arrêter. Ils me proscriront , ils «confisqueront nies biens , je ial>ourerai la terre, et je ne les verrai plus... Voilà ma justification : vous pourrez la lire, la montrer, la laisser copier ; tant pis pour ceux qui ne la comprendront pas ; ce sera alors moi qui aurai eu tort de la leur donner

IMECKS JI SlIFlf. ATIVKS. 473

MKMOIRK Dl ROI, Ol DÉCLARATION DK SA MAJESTÉ , ADRESSEE A LOIS LES FRANÇAIS A SA SOHTIK DE PARIS.

« Tant que le roi a pu espérer de voir renaître l'ordre et le bonheur flans le royaume , par les moyens employés par l'assemblée nationale ilans la capitale, aucun sacrifice personnel ne lui a coûté; il n'aurait pas même argué de la nullité dont le défaut absolu de liberté entache loutes les démarches qu'il a faites depuis le mois d'octobre 1789, si cet espoir eût été rempli; mais aujourd'hui que la seule récompense de tant de sacrifices est de voir la destruction de la royauté , de voir tous les pouvoirs méconnus, les propriétés violées , la sûreté des personnes mise partout en danger, les crimes rester impunis, et une anarchie complète s'établir au-dessus des lois, sans que l'apparence d'autorité que lui donne la nouvelle constitution soit suffisante pour réparer un seul des maux qui affligent le royaume : le roi , après avoir solennellement protesté contre tous les actes émanés de lui pendant sa capti- \ ité , croit devoir mettre , sous les yeux des Français et de tout l'unimts, le tableau de sa conduite et celui du gouvernement qui s'est ( labli dans le royaume. »

Suit le détail minutieux des fail» déjà connus, depuis 80 jusqu'iiu momenl du départ du mi pour Varenncs.

PIFXFS Jl STIFICA 1 IVFS.

Page 1