LIVRE II
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ait que la grande histoire |||i%^ ^~ ne se &it pas sans poésie. Que resterait-il de sSklra i '^ S'^s'"'''' '^^ Troie sans Homère ? Où serait **^™w la couronne d'Auguste sans Horace et Virgile? Qui songerait à Léon X sans la poésie de Raphaël? On n'eût jamais parlé de passage du Rhin sans les vers de Boileau, ce qui prouve que la poésie, même la poésie de Boileau, parle encore plus haut que l'histoire ; à ces causes, ce que Marie-ThérÈse avait estimé le plus dans l'héritage de son père, c'était Métastase. Ne devatt-il pas comprendre cette jeune impératrice sans empire, lui qui avait couru les rues de Rome improvisant des vers pour gagner la couronne du Tasse ? Marie-Thérèse se trompait pourtant dans son enthousiasme pour son poète. Il fut inutile à sa renommée, car il ne porta jamais la couronne des grands poëtes; et si aujourd'hui l'impératrice nous apparaîlun peu effacée dans la galerie des illustres souveraines.
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c'est que Métastase n'était ni le Tasse ni Shakespeare.
Et cependant n'a-t-elle pas eu la plus poétique des destinées guerrières, cette jeune fille née pour le trône et qui brava l'Europe pour s'y asseoir? Une fois son père mort, Dieu ne fit rien pour elle ; autour d'elle, tout lui fit défaut, même ses en&nts', elle tenta de donner par son amour sa grande âme à son mari, mais François, duc de Lorraine, sembla ne jamais dépasser à la cour le seuil de la chambre à coucher, il le reconnaissait lui-même ; aussi disait-il gaiement : i 11 n'y a dans ma cour que l'impératrice et mes enfants, moi je ne suis qu'un simple particulier.!
Au dix-huitième siècle, il y eut trois carnavals célèbres : celui de Venise, celui de Vienne et celui du Palais-Royal. A Paris, le carnaval fut gâté par les philosophes ; à Venise, il durait depuis longtemps ; à Vienne, ce fut le vrai carnaval, car à Vienne, sous les ombrages du Prater, dans les redoutes semées sur les rives chantantes du Danube, et jusque dans te palais impérial, l'amour, tout en innovant sous le masque les beaux sentiments qui plus tard devaient tuer Werther, fut un joyeux professeur d'égalité ; déjà comme plus tard, au temps de madame de StaËl, les souverains a ne voulaient être considérés dans leurs amusements que comme de simples particuliers et n'usaient de leurs droits que quand ils remplissaient leur devoir. » Depuis Ferdinand III , les césars autrichiens ne s'occupaient plus seulement de légitimer la devise aux cinq voyelles orgueilleuses: A. E. I, O. U. a Austrie est imperare orbi universo. o Ils aimaient à montrer qu'ils savaient le latin mieux que les professeurs de leurs universités ; qu'ils composaient des anagrammes mieux que leur poËte lauréat, et surtout qu'ils s'entendaient en musique mieux que leur maître de chapelle. Léopotd I» voulut mourir en écoutant un canyonc dont il
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avait noté les paroles, Joseph !•' était un savant contrepointiste, Charles VI, enfin, le père de Marie-Thérèse, était le plus grand mélomane du monde, et son goût pour l'art ne s'arrêta pas dans les limites d'une passion platonique. Au sortir de son conseil des ministres, il s'asseyait à son clavecin pour corriger et pour achever les partitions de ses opéras qui, aux jours de fêtes, étaient représentés sur le théâtre de la cour par les feld-maréchaus, par les chambellans et aussi par les princes et princesses du sang impérial. A la naissance d'un de ses derniers enfants, on joua un drame lyrique dont Apostola Zeno, le librettiste vénitien, lui avait fourni les paroles. Ce jour-là l'empereur dirigeait l'orchestre, où les exécutants n'étaient rien moins que les plus hauts dignitaires du saint-empire. Sur la scène, Marie-Tliérëse, sans embarras et sans fausse majesté , chantait sous un costume mythologique de prima donna. Ne fût-ce pas en cette occasion, et aumo. ment où les applaudissements fêtaient l'œuvre du maestro couronné, que le maître de chapelle Fus (Kretsler avant KofTmann) dit à Charles VI, dans le naïf essor de son enthousiasme : " Quel dommage que Votre Majesté ne soit pas un maître de chapelle. — Je vous m cher Fus, dit Charles VI, mais je me :e de mon sort en attendant mieux. > Pourquoi Marie-Thérèse n'en est-elle pas restée à ces joies faciles de la jeunesse? La cantatrice dut regretter plus tard, sous l'hermine et le velours de son manteau impérial, le clinquant de ce costume païen qu'elle portait avec tant de gaieté. Ainsi que plus tard sa fille Marie-Antoinette aimait à oublier qu'elle était reine en redevenant fermière dans un opéra comique de Sedaine, Marie-Thérèse aimait à ressusciter, dans une vision lumineuse, ses premières années si douces où elle se laissait aller au courant de l'existence, occupée de soa rôle à apprendre, de son chaste amour pour
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François de Lorraine et des songes d'or où plus d'une fois lui apparurent les iântômes majestueux de la grande Isabelle et de Blanche de Castille. Aussi la musique qui avait été pour elle une amie, lui devint plus tard une consolatrice. Comme elle se plaisait à assister aux leçons de ses filles, quand le sopraniste Mancini faisait chanter à Marie-Elisabeth ou à Marie Béatrice quelques cantates de Porpora ! Comme elle s'intéressait aux derniers chants delà Faustina, dont elle avait presque vu les débuts ! Comme clJe se délassait de la lourde tâche des guerres à diriger et des traités à conclure !
En 1762, Léopold Mozart, l'ancien valet-musîcieo du comte de Thum, arrivait à Vienne, accompagné de ses deux en&nts dont le plus petit devait être le créateur de Don Juan ; it y eut ce jour-là une scène charmante au palais impérial. François I" vînt chercher lui-même, dans l'antichambre, le virtuose de six ans. qui, aux portes de la ville, avait apprivoisé les douaniers en leur jouant un menuet. Marie-Thérèse prit sur ses genoux le frêle génie qui ne s'étonnait pas de sa faveur; puis, comme il se laissa glisser sur le parquet, ce fut l'archiduchesse Marie-Antoinette qui le releva en l'embrassant: «Vous êtes bien bonne, dit Wolfgang, et je voudrais vous épouser. — L'épouser, dit Marie-Thérèse souriante, et pourquoi ? — Pour lui prouver ma reconnaissance, reprit l'enfant sublime, elle est si bonne I > Douce pastorale, qui, après un siè. de, nous cause encore une émotion qui n'est pas sans mélancolie.
L'Impératrice devait mourir en regardant tristement ' sa maison dépeuplée, son cœur de mère orphelin et sa grandeur inaccomplie. L'archiduchesse devait porter sous le couteau sa belle tête, si bien faite pour sourire à toutes les voluptés innocentes ; et lui-même, l'enfant prédestiné, le petit Mozart, devait expirera trente-cinq ans, très pauvre, très triste, très las, non pas d'avoir ...ooj^lc
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multiplié des chefe-d'œuvre , mais d'avoir vu se multiplier autour de lui les haines impitoyables de l'igno* rance ; il devait expirer au moment où il terminait l'hymne que notre âme répète encore involontairement au souvenir de ces augustes hôtesses de Vienne, la Messe du requiem, le repos, en effet. Ce dut être la parole suprême de Marie-Thérèse: « Bien heureux sont ceux-là , parce qu'ils se reposent ! > disait Luther eo traversant le cimetière de Worms. Marie-Thérèse ne trouva que dans le tombeau cette volupté de la quiétude. Marie-Thérèse n'avait pas comme Catherine II la terreur du néant ; grâce à Dieu, elle n'était pas si philosophe que de lire ses oraisons dans Voltaire ; elle n'avait pas pris, comme le roi de Prusse, pour le directeur de sa conscience, d'Holbach et Lamettrie; aussi elle savait que la mort en Dieu est la vie nouvelle , libre des douloureux labeurs du trône. Pendant que tant d'autres ne s'occupaient qu'à bâtir des palais, châteaux de cartes pour le lendemain , elle bâtissait avec une pieuse sollicitude sa maison de granit pour l'éternel lendemain. « C'est dans le caveau des capucins, tombeau des empereurs d'Autriche et de leur famille depuis deux siècles, dit madame de Staël, que, pendant trente années, Marie-Thérèse entendait la messe en présence même du sépulcre qu'elle avait fait préparer pour elle à côté de son époux. Cette illustre Marie-Thérèse avait tant souffert dans les premiers jours de sa jeunesse, que le pieux sentiment de l'instabilité , de la vie ne la quitta jarnais au milieu même de ses grandeurs. 11 y a beaucoup d'exemples d'une dévotion sérieuse et constante parmi les souverains de la terre : comme ils n'obéissent qu'à la mort, son irrésistible pouvoirles frappe davantage. Les difficultés de la vie se placent entre nous et la tombe ; tout est aplani pour les rois jusqu'au terme, et cela même !e rend plus visible à leurs yeux ; les fêtes conduisent naturellement
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à r(!fléchir sur les tombeaux. De tout temps la poésie s'est plu à rapprocher ces images, et le sort, aussi, est un terrible poËte qui ne les a ^ue trop souvent réunies. Le mariage de Marie-Thérèse, qui avait été pour elle la première épreuve de sa volonté, puisqu'elle s'étai* mariée de haute lutte avec son père, fut une fSte pour l'Autriche, d'abord parce que ce mariage, mais aussi comme si l'on eût pressenti que ce mariage, qui allait donner douze enfann à la maison impériale, donuerait un mari et non pas un maître à l'archiduchesse. Toute la ville de Vienne était encore en joie quand mourut le prince Eugène; il semblait que ta Providence avait attendu, pour frapper le vieux soldat de l'Autriche, l'heure où le génie de Marie-Thérèse allait créer cent mille jeunes défenseurs à la patrie. Marie-Thérèse paraissait impatiente d'exploiter le génie du gouvernement qui était en elle, quand la ligne masculine de la maison d'Hapsbourg, qui régnait depuis plus de quatre cents ans, s'éteignit le 20 octobre 1 740, à deux heuresdu matin, avec Chartes VI, En vertu de la Pragmatique-Sanction, l'archiduchesse recueillit cette couronne impériale qui, jetée dans la balance de Dieu, Ëtisait jadis équihbreau globe du monde ; elle était elle-même presque à l'agonie, et ses souffrances lui envièrent le triste bonheur de recevoir la bénédiction paternelle. Le lendemain, pourtant, elle était debout; elle donnait audience aux officiers de l'État, elle suffisait à toutes les exigences de son nouveau devoir ; son ferme cœur avait réparé tout de suite les défaillances de son corps malade ; elle n'avait pas voulu tarder d'une heure à prouver à la nation que, l'Autriche devait compter sur elle, et en elle la volonté aussi avait été souveraine. Que de dangers et que d'obstacles autour de cette jeune fille de vingt-deux ans, qui, hier encore, se livrait sans arrière-pensée aux belles folies des mascarades et des opéras! Il ne restait pas plus de cent mille florins dans le Trésor, l'armée ne
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se montait pas à trente mille hommes, les vivres étaient rares dans la capitale; déjà, c'est un témoin oculaire, l'Anglais Robinson, qui parle, les ministres voyaient les Turcs en Hongrie, les Hongrois révoltés, les Saxons en Bohême, les Bavarois auK portes de Vienne, et la France les excitant tous. Marie-ThérÈse ne se découragea pas, et pourtant les présages étaient funestes ; les puissances européennes se tenaient sur la réserve, et bientôt un ennemi qu'on ne redoutait pas vint portera son comble la désastreuse situation de l'empire : Frédéric Il venait de monter sur le trône ; il lui fallait un jeu de prince pour signaler son avènement, et il envahit la Silésie à l'improviste ; c'était mentir à la foi des traités, mais la fortune se mit du côté des parjures : on le vit bien à la bataille de Molwitz. Marie-Thérèse avait pour elle l'honneur, sa conscience et aussi son génie ; elle repoussa avec indignation les efforts de Geoi^es II d'Angleterre, qui essayait de négocier un accommodement entre la Prusse et le Saint-Empire ; elle voyait plus haut et plus loin que ses ministres : ie visionnaire Starembei^, l'inerte Kœnigsekh, l'intrigant Xinxindorf et les très médiocres Ha rach. En fece d'une cause totalement désespérée, elle resta héroïque, et son héroïsme eut raison du sort; elle ne s'abusait pas sur les hasards du lendemain. Elle écrivait à sa belle-mère, la duchesse de Lorraine :
a J'ignore encore s'il me restera une ville pour feire mes couches. ■ Maïs en même temps elle décidait à la servir les habitants de la Hongrie et la Diète de Presbourg; elle entraîna tous les cœurs. Je laisse parler l'historien de la maison d'Autriche, William Goxe; car, pour raconter ces austères beautés de l'histoire, il faut rassembler, comme dans une gerbe lumineuse, tous les témoignages de la tradition :
f L'impératrice, vêtue de deuil, mais dans l'habit hongrois, ayant sur la tête la couronne de Saint-
Etienne et ceinte de l'épée royale, objets d'une vénération extrême pour les peuples de la Hongrie, parut tout à coup au milieu de l'assemblée^ elle traversa la salle d'un pas majestueux et lent et monta à la tribune, du haut de laquelle le souverain a coutume de haranguer les États. Après quelques instants de silence, le chancelier retraça la triste situation des affaires et demanda deprompts secours. Marie-Thérèseprit ensuite la parole et adressa en latin, langue dont l'usage est commun en Hongrie, et dans laquelle on rédige tous les actes de la Diète, un discours à l'assemblée. ( La situation déplorable de nos affaires, dit-elle, nous a portée à rappeler à nos chers et fidèles États de Hongrie l'invasion récente de l'Autriche et les dangers auxquels ce royaume est exposé, et à les inviter à chercher un remède à de si grands malheurs. L'existence même du royaume de Hongrie, celle de notre personne, de nos enfants et de notre couronne, sont menacées. Abandonnée de tous nos alliés, nous plaçons notre confiance uniquement en la fidélité et en la Èveur si longtemps éprouvées des Hongrois. Dans ce péril extrême, nous vous exhortons, vous les États et ordres du royaume, à délibérer sans délai sur les moyens les plus propres à pourvoir à la sûreté de notre personne, de nos en&nts et de notre couronne, et à y recourir sur-le-champ. Quant à nous, les fidèles États et ordres de Hongrie peuvent compter sur notre coopération en tout ce qui pourra contribuer au rétablissement de la félicité publique, et rendre à ce royaume son ancien éclat. » L'impératrice n'avait pas fini de parler que déjà les magnats avaient tiré leurs sabres et qu'ils s'écriaient : ■ Moriamur pro rege nostro Maria-Theresial " Mourons pour notre roi M a rie -Thé rè se ! Ils votaient en même temps des levées de soldats et des offrandes pécuniaires; ib acclamaient, et leurs cris furent doux alors au cœur de la jeune épousée, le duc de Lorraine comme
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co-régent de Hongrie. Marie-Tliérèse souleva alors dans ses bras l'archiduc, qui devait être Joseph II, et, comme la mère, le fils fut béni par un peuple fidèle ; et devani ces témoignages inespérés de la sympathie de ses sujets, la noble femme abdiqua sa majesté et fondît en larmes comme une soeur émue au miheu de ses frères. Tout était changé désormais; des bords de la Save et de ta Theiss à ceux de la Drave et du Danube, les Croates, les Esclavons, les Pandours vinrent se ranger vaillants et farouches sons l'étendard impérial. L'électeur de Bavière entra néanmoins dans Prague; il fut mSme couronné à Francfort sous le nom de Charles Vil. Mais en même temps la Bavière fut envahie , tes troupes hongroises menacèrent la haute Silésie; Frédéric II fut forcé d'évacuer la Moravie, et, à la bataiUe de Chotusitz, la honte de Molwitz fut lavée. Un an après, de victoire en victoire, Marie-Thérèse était couronnée à Prague reine de Bohême ; pour arriver là, elle avait pris sur son chemin tous les alliés, quels qu'ils fussent. Les meilleurs de ses capitaines n'ont-ils pas été le colonel Mentzel et le baron de Trenck, moitié héros, moitié brigands? Mais il faut conclure sur la campagne de Bohême avec les paroles deux fois sincères de son ennemi, le roi de Prusse : n Pour recouvrer la Boliême, la lermeté de l'impératrice a été plus vaillante quft la force de ses armes. » Tout favorisait Marie-Thdrèse, et tu armées françsisef trouvaient à Prague use image anticipée de la désastreuse retraite de 1S13, Par bonheur pour ta France, le maréchal de Saae nous vengea àTournay, â Rauooux, à Fontenoy. Après beaucoup de difficultés diplomatiques, un traité fut signé k Aix-la-Chapelle. Marie- Thérèse recouvra les Pays-Bas, sur lesquels Louis XV avait tnis la main; mais elle fiit obligée de FSôoneer aux conquêtes qu'elle avait faites en Italie, et, pour «on»aorer ss grandear, cll« s'oesupa pendant sept »m
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de l'administratioa de ses États, t Une femme, c'est encore Frédéric II qui parle, exécuta pendant seize années des desseins dignes d'un grand homme. > Les revenus de la maison d'Autriche s'accrurent dans une proportion inattendue; la justice fut régularisée, l'armée fut disciplinée; enfin, cho^e plus importante encore, Marie-Thérèse apprit à connaître les hommes de sa cour, à choisir des conseillers; en 1736, elle appelait au ministère le comte de Kaunitz, < si frivole dans ses goûts, si profond dans les affaires >• ; c'est un mot de r historien-roi. Elleavaitmaintenant à ses côtés l'homme qu'il lui fallait pour l'aider dans ses nouveaux débats avec l'Europe Le comte de Kaunitz eut pour principal dessein l'abaissement de la Prusse, t 11 conçut, dit très bien l'historien Coxe, le projet hardi et pour ainsi dire extravagant, d'y parvenir au moyen d'une alliance avec la France, et il eut le bonheur de se faire comprendre par Marie-Thérèse. — Informé, dit Duclos, il jugea que madame de Pompadour, toute chancelante qu'elle paraissait, était encore la voie la plus sûre pour déterminer le roi; et, en l'engageant dans les affaires, il la rendit ce qu'il désirait qu'elle fût, et ce à quoi elle n'aurait encore osé prétendre, maîtresse de la France, n M. de Kaunitz pouvait craindre que la dignité de i'impératricc répugnât à lier une correspondance avM la mahressf de Louis XV; mais, malgré sa dévotion, Marie-Thértee oonHutit h appeler Joanne Poisson sa princesw et sa cousine ; et comme son tnj* nistre croyait devoir s'aacuser d'avoir rédamé d'elle un si grand sacrifice, tUe répondit : * N'ai-j* pas flatté Farinelli > ■ On sait ce qu'était l'étrange sopraniste qui régna si longtemps à la oour d» Madrid; la femme, ce jouf-lâ, s'immokil à l'impératrice. On tint 1m contérenoei à Babiole, petite maison de la marquiK. L'abbé de Bemia, qui en voulaît fort a» roi de Prusse, parce ^«e Fridér)« Il stmi raillé m petit* vfts, t'engage*
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vivement pour Marie-Thérèse; on signa le traité de Versailles, et la guerre de Sept-Ans commença. On sait quelles furent les conséquences de ces intrigues, où l'impératrice seule trouva son profit et sa gloire. Le maréchal d'Estrées eut pour successeur le prince de SoubisÊ,etla monarchie desBourbonsput ajouter Rosbach à ses déshonneurs de l'ancienne histoire : Poitiers, Azincourt et Crécy. Nous avions fait avec l'Autriche un marché de dupes; il nous coûta un peu plus cher tous les jours ; il semblait que le petit-fils de Louis XIV fat l'humble tributaire de la fille de Charles Vl. O Richelieu ! où étais-tu ? Il n'y avait plus dans ce temps-là que le maréchal de Richelieu.
Maintenant, à quoi bon suivre pas à pas Marie- Thérèse dans les déchéances volontaires de la majesté? Quand son mari mourut, elle fit proclamer son fils, Joseph II, empereur, et pendant quinze ans elle regarde mélancoliquement une société de philosophes se former là où elle aurait voulu ressusciter un monde catholique. Elle avait espéré que le mariage de Louis XVI avec sa fille rendrait à l'Autriche sa suprématie sur les affaires de France : le ministère de M. de Maurepas la détrompa; du reste, déjà en France il n'y avait plus à compter qu'avec le peuple.
Ce fut elle pourtant qui signa avec Frédéric le traité définitif de Teschen, le 28 février 1780. Ce fut elle qui rétablit les relations affectueuses de sa maison avec Catherine II. Elle avait aiosi, par deux actes de sagesse qui assuraient la tranquillité de son pays, rejoint la fin de son règne avec le commencement. Elle pouvait mourir ; elle mourut avec sa couronne d'impératrice, le 29 novembre 1 780, âgée de soixante-trois ans, après un règne de quarante et un ans. Toutes les filles de Marie- Thérèse ne fiirent pas des sœurs de cœur pour Marie- Antoinette. C'était aussi une archiduchesse d'Autriche que cette Caroline de Naples, cette Lesbienne cou-
roncée qui ne se précipita pas du haut du rocher de Leucade, mais qui, les yeux ardents, regarda avec sa complice, Emma Hamilton, tant de généreuses victimes tomber dans les flots ensanglantés. Ce jour-là, le laurier de Vii^ile se flétrit au Pausilippe, et sur les rochers de Caprée l'ombre de Tibère tressaillit de joie : Tibère
avait trouve sa sœur
Marie-Théreseeutson jour de beauté, mais ce fut un jour sans lendemain ;-qu'importe ! Elle fut belle le jour oïl elle mit sur sa tête ses deux couronnes : sa couronne de mariée et sa couronne d'impératrice; elle fut belle le jour où, à peine mariée et à peine impératrice, eUe présentait son nouveau-né aux Etats de Hongrie. Elle avait une de ces beautés majestueuses qui, pour être glorieuses, n'ont pas besoin de la majesté du trône ; elle portait la tête avec une fierté native que tempérait la douceur d'un clair regard toujours affectueux ; l'inteUigence répandait sur son front, dans ses yeux, et jusque dans son sourire, cette belle lumière qui, pour les chrétiens comme pour les païens, s'appelle toujours la grâce. L'étude et la mode n'avaient guère ajouté chez elle à tous les dons de la nature*, même au milieu des ballets, même en se déguisant en Vénus ou en Marphyse, elle étaittoujours restée Marie-Thérèse ; le coiffeur avait bientôt fini son office avec elle ; ses cheveux rebelles défiaient le peigne, et elle n'était jamais plus charmante que quand ils flottaient sur son cou. Mais il en coûte cher à la beauté pour mettre au monde seize enfants, seize enfants toujours pendus au sein de leur mère : cette taille flexible disparut, la petite vérole meurtrit son visage, une chute de carrosse la défigura presque; il ne resta plus de Marie- Thérèse, de cette jeune fîUe que le Danube eût comptée parmi ses mille enchanteresses, que les forêts de la Hongrie eussent réclamée naguère pour gouverner les jeux des Elfes et les Willis, il ne resta plus qu'une matrone chrétienne