‹ Louis XVIChapitre 23 sur 62 · II. i.,<i-,Gooj^lc · texte numérisé non relu

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très grosse, très lourde, la peau déchirée, les jambes tremblantes, tes yeux éteints. Quand elle mourut, selon l'étiquette, son corps aurait dû être porté par ses chambellans ; mais elle-même avait ordonné qu'il fÊt placé sur un char : elle avait craint que les épaules de ses sujets fussent aussi débiles pour supporter son cadavre que jadis leurs âmes avaient été impuissantes à juger et à comprendre ses projets. Nous nous soucions peu maintenant de cette beauté évanouie de Marie-Thérèse, qui, pour nous cependant, et grâce à des peintres fidèles, présente, même encore aujourd'hui, une image plus brillante que ne la devinèrent à son lit de mort ceux de ses contemporains qui ne l'avaient pas admirée en son printemps; ce qui nous imparte à nous, spectateurs de la postérité, c'est cette beauté de la vertu, qui n'a rien à craindre des outrages du temps, et Marie- Thérèse gagna tous les jours ce charme que l*âge ne pouvait qu'accroître. N'est-ce pas elle qui s'écriait, peu d'instants avant d'expirer : ■ Si je désirais l'immortalité, ce serait pour soulager les malheureux! ■ Elle disait tous les ans pour deux millions de pensions sur ses cassettes, elle s'était toujours préoccupée des pauvres ; elle avait ramené les esprits troublés alors des paysans vers l'agriculture, qui, sur l'exergue d'une médaille frappée par ses ordres, fut appelée : • L'art nourricier de tous les arts, i Elle avait aboli la dîme prélevée avant elle par les abbés, qui ne se souvenaient pas de Jésus- Christ ; elle avait promulgué des édits pour empêcher que la chasse, ce plaisir des grands, ne devînt l'oppression des petits ; elle avait forcé les suzerains féodaux de la Bohême à devenir des patrons pour les vassaux, qu'avant elle ils malmenaient en tyrans.

Victime de la petite vérole, elle avait voulu remercier Dieu de cette épreuve en conviant à sa table ceux des enfonts pauvres. qui avaient accepté à Vienne le bienfait de l'inocutatioa, en les servant elle-même en compa-

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gnie des archiducs et des archiduchesses, en enrichissant presque leurs familles pour les récompenser d'avoir été moins malheureux en effet qu'elle. Quand elle quitta ce monde, elle eut, pour la conduire aux pieds du Dieu qui a aimé la souffrance, parce que la souffrance est la conseillère visible de la pitié, tous ceus. qu'elle avait secourus, tous ceux qu'elle avait nourris de son pain, tous ceuï qu'elle avait consolés avec ses larmes; ah! c'est là un plus digne cortège que celui qui entoure ces florissantes beautés qui se sont endormies dans le cercueil aussi ffnes, aussi élégantes qu'au temps où Titien et Watteau les surprenaient dans leurs études charmeresses; vienne ce jour du jugement, qui sera le jour de la résurrection ! Combien seront défaites et consternées parmi ces duchesses de Ferrare, parmi ces marquises de Marly et de Choisy-le-Roi, qui moururent pourtant dans leur fraicheur, dans leur éclat, presque roses encore sous leur rouge! Mais quand Marie-Thérèse, à son tour, comparaîtra devant te souverain estimateur, devant ce roi du ciel qui critique en dernier ressort les rois de la terre, Marie-Thérèse sera de celles qui ne déroberont pas aux clartés du soleil sans tluage leur corps véritablement glorieux. Car sur la terre elle a aimé ses enfants comme Marie aimait Jésus; car, souveraine de ce monde, elle a protégé les affligés, et les déshérités du monde, comme Jésus a protégé Lazare. Il y a pourtant des revers aux belles pages de l'histoire évangélique de Marie-Thérèse. Au moment où la victorieuse obtenait d'un 'gouvernement ruiné trente-six millions comme pour l'indemniser de ses conquêtes, la voix vengeresse de la chrétienne dut dire bien haut à la politique qu'elle était une déloyale alliée de la mère envers la France. M a rie- An toi nette, en montant à l'échafeud, n'avait à se reprocher vis-à-vis de la France que l'amour trop personnel de sa mère pour l'Autriche. Faut-il rappeler encore que, quelques années avant, et

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quand madame de Pompadour n'avait pas foit de nous les satellites de Marie-Thérèse, quand tes Français prisonniers à Pragae s'indignaient tous les jours des rigueurs de leur geôlière, elle ne fut pas attendrie par cet héroïsme tombé à ses pieds? a Que voulez-vous de moi? leur disait-elle. — Nous voilions, disaient les captîB, la liberté d'aller embrasser les canons que vous nous avez pris. ■

^ CaiTHERlU^E II

Les deux souverainetés les plus souveraines du dishuitième siècle, n'est-ce pas Voltaire et Catherine II? Aussi, voyez comme ils se reconnaissent grands tous les deuï. Voltaire s'habillait des chasses de Catherine, et celle-ci, dans son parc de Gzarsko-Zflo, faisait bâtir un petit Femey. Ainsi, dans l'épopée virgiUenne, Andromaque exilée se plaît à voir encore une miniature ^e sa Pergame, et à planter sur les bords d'un ruisseau sans nom les arbustes qui ombragaient les rives sacrées du Simoïs.

11 faut voir Catherine II de haut et de loin, comme toutes les grandes renommées et tous les grands monuments ; l'histoire n'aime ni les pantoufles ni les robes de chambre. C'est peut-être pour cela que Byron appelle l'histoire « cette menteuse fieffée. •

Combien de romans confus dans cette belle histoire de Catherine!

« A la cour d'une reine, disait Horace Walpole (combien qui déjà l'avaient dit!), ce sont les hommes

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qui gouveraeni. A la cour des rois, ce sont les femmes. * Horace Walpole n'avait pas deviné Catherine, qui fut toujours impératrice, mÊooe en fece de ses passions, daas le tourbillon de ses amants. C'est qu'il y avait en elle une femme doublée d'un homme. Quand elle devisait fomilièremcnt avec son philosophe Diderot, au coin de son feu de l'Ermitage, et qu'elle voyait l'encyclopédiste hésiter pour lâcher la bride à sa gaité gauloise : c Allez toujours, lui disait-elle, nous sommes entre hommes. »

C'était là le génie de Catherine, d'être un philosophe avec Diderot comme avec Voltaire, un roi avec Frédéric comme avec Joseph II, un mathématicien avec Euler, un héros avec Souwaroff, un homme du monde avec le comte de Ségur, un diplomate avec le prince de Ligne, et une femme (Byron dit beaucoup mieux) avec Poniatowski, avec Grégoire OrlofF, avec Wasielitchikoff; avec Potenkin, avec Zawadoffsky, avec Zoritz, avec Rimsky Korsacoff, avec Lanskoï, avec- Yermoloff, avec MomonofT, avec Platon Zouboff, avec Valentin Zouboff, avec tous ceux que n'a pas nommés l'histoire.

Mitrowiich, par exemple, qui, après avoir joué avec elle un rom«i rustique à la manière de Daphnis et Chloé, fut condamné à mort dans un drame à la Shakespeare. On avait mis Ivan IV au tombeau, mais vivant. Les deux officiers ensevelis avec lui avaient l'ordre de le tuer si on tentait de le délivrer. Ils avaient surtout reçu l'ordre de ne pas manquer ceus qui oseraient cette tentative. Les deux officiers commencÈrent par Ivan IV, mais n'eurent pas le courage d'assassiner encore Mitrowitch. Ce beau soldat ukrainien rendit son épée en toute confiance, bien convaincu qu'il en recevrait une autre plus riche des mains de Catherine. Mais Catherine n'avait pas l'amour reconnaissant ; son roman rustique était fini, elle

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en jeta sans vergogne les feuillets dans le sang de Mitrowitch. Il fut condamné à mort, et mourut en disant ces deux mots d'un philosophe : « Je ne comprends pas. — Il ne comprend pas, dit Catherine en écoutant le galop de son cœur insatiable, il ne comprend pas que j'ai cent passions à vivre , et qu'il n'en avait qu'une à me donner. •

Catherine, quelle que fût la faiblesse de son cœur, voulut toujours garder la souveraineté. Elle se donnait, mais elle ne donnait pas le pouvoir. Elisabeth livrait l'Angleterre à ses amants, et les décapitait pour redevenir la reine, Catherine n'eut jamais besoin de décapiter ses amants. Elle avait trop le génie du despotisme, et elle connaissait trop le despotisme de l'amour pour tenir conseil des ministres dans sa chambre à coucher.

La Sémiramis du Nord — une Sémiramis qui eut â ' compter avec l'ombre sanglante de Ninus — se souvenait de l'Asie quand elle ouvrait ses mains pleines pour écraser sous ses dons ceux qui ne réussirent jamais à combler le vide de son cœur. Écoutez là-dessus Byron, à l'instant où il présente son don Juan à l'impéra-

< Les ambassadeurs de- toutes les puissances demandèrent qui était ce tout nouveau jeune homme qui promettait d'être grand dans quelques heures, ce qui est bien prompt (quoique la vie soit si courte). Déjà il voyait, dans son cabinet, tomber les roubles en pluie argentine et pressée, sans compter les décorations et le cadeau de (Quelques milliers de paysans.

• Catherine était généreuse ; — toutes ces femmes-là le sont, — L'amour, ce grand ouvreur du cœur et de toutes les voies qui y conduisent de près ou de loin, par en haut ou par en bas; par les barrières à pé^es petits ou grands, — l'amour (bien qu'elle eût une mau-

dite passion pour la guerre et ne fQt pas la 'meilleure des épouses, à moins que nous ne donnions ce titre à Clyiemnestre, et pourtant peut-être vaut-il mieux que l'un des époux meure que si tous deux traînaient leur chaîne), — l'amour avait porté Catherine â faire la fortune de chacun de ses amants ; en cela elle différait de notre demi-chaste Elisabeth, dont l'avarice répugnait à toute espèce de débours, si l'histoire, cette menteuse fieffée, a dit vrai ; et quand il serait avéré que la douleur d'avoir mis & mort un favori eût abrégé Sa vieillesse, sa coquetterie vile et ambiguS, ainsi qae sa ladrerie, font honte à son sexe et à son rang.»

Je ne veux pas faite l'addition éloquente des roubles semés à pleines mains par Catherine au dessert du festin de l'amour ; je dirai seulement que le total s'élevait à plus de 400 millions. M, de Cupidon était ministre des finances par intérim ; heureusement que l'intérim ne durait jamais.

Catherine fut belle longtemps, fut belle toujours. Non-seulement elle avait la beauté dominatrice de l'intelligence, elle avait aussi, quoique Allemande, la beauté de lignes, si j'en crois son buste par Falconet, si j'en crois le tableau du musée de Versailles, si j'en crois Diderot qui savait peindre. — Comme elle s'habillait tour à tour en homme et en femme, il lui fallait une certaine fierté de profil et en même temps un grand charme de sourire, — yeux bleus et dents blanches, — pour qu'elle représentât victorieusement les deux figures. — Ellle portait bien la tête ; c'était Junon sur le champ de bataille, c'était Diane sous les ramées de l'Ermitage, Quoique d'une taille médiocre, elle avait l'art de paraître grande, comme si la majesté lui eût toujours fait un piédestal. Ses beaux sourcils noirs donnaient plus de charme encore au ciel azuré de ses yeux. Ses cheveux n'étaient ni blonds ni bruns, ils

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étaieni légèrement poudrés, quelquefois pailletés d'or, et flottaient sur son cou en ondes rebelles. — Elle se coiffait souvent d'un petit bonnet couvert de diamants. — Elle avait presque toujours un collier de perles et des boucles d'oreilles ctincelantes. ^ Elle mettait du rouge, mais elle avait horreur des nez rouges, et ne buvait presque jamais de vin; la table, d'ailleurs, ne tenaitque fort peu de place dans sa vie. Elle déjeunait des yeux, elle respirait l'odeur du gibier de chasses impériales, et se contentait de mettre sous ses belles dents un fruit mûr ou un fruit sec avec un biscuit trempé de chocolat ou de vin de Chypre. A dîner, elle goûtait à tout et ne mangeait de rien i, elle regardait souper son amant ou son hôte, et ne s'asseyait presque jamais. C'était l'heure des ambitions cachées, quand ce n'était pas l'heure de l'amour.

Byron l'a peinte à son midi ; il lui donne des yeux bleus ou gris; — selon Rulhière, elle avait les yeux bruns ; — pourquoi le prince de Ligne ne nous a-t-il pas appris qu'elle les avait noirs? Pour moi, je suis convaincu qu'elle avait les yeux verts, mais vert de mer, cette couleur indécise qui va jusqu'au bleu, qui va jusqu'au noir, selon que l'âme passe de la région des vents alizés au cap des tempêtes. Minerve, i Messaline et Marie Stuart ont triomphé par ces yeux-là.

Byron s'attarde avec don Juan à la contemplation des beautésde Catherine ; il parle de ses charmes venus à point comme de beaux fruits qui vont tomber de la treille ; mais je ne te suivrai pas quand il soulève cette adorable veste de velours vert dessinée par l'impératrice elle-même, et cette jupe à grand ramage qui sculptait en reliets si voluptueux ( les autres extras » chantés par le poËte.

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L'impératrice, ce grand roi, a eu aussi son Marly et sonTrianon. A l'Ermitage, sous Catherine, il y eut des spectacles avec des parterres de philosophes et de héros. On sait que l'Ermitage est au palais impérial ce que le grand Trianon est à Versailles. Tous les voyageurs, les princes et les poËtes entraient à l'Ermitage comme dans un château de fées, et ne trouvaietit plus la porte pour s'en retourner, tant ils étaient retenus par les mille et une merveilles de la statuaire et de ta peinture : toute une corbeille de fleurs exotiques importées de France et d'Italie. Sous Catherine, c'était le luxe dans le luxe; on y entrait par une galerie de tableaux, j'ai voulu dire de cheft-d'œuvre. Il n'y avait que deux salons et une salle à manger ; mais comme on n'y recevait que la belle compagnie, et que les domestiques ne s'y montraient jamais, même pendant le dîner, il restait toujours assez de place. On frappait trois coups comme au théâtre, et une table bien apprise montait à l'instant, servie comme chez LucuUus, bien mieux, comme chez mademoiselle Camargo. Il n'y manquait que le dessert. « J'en suis fâchée, disait Catherine, mats vous n'aurez de beaux fruits que quand j'aurai ma saison d'hiver à Constantinople. ■■ Et disant cela, elle se levait de table, et tout le monde la suivait dans un jardin d'hiver où ses jardiniers, de vrais courtisans, avaient enchaîné les belles saisons. Les convives cuetllaieni à deux mains les raisins et les pêches, et l'Eldorado était

Il n'y avait pas seulement à l'Ermitage les fruits de Fontainebleau et de Florence ; on y moissonnait toutes les gerbes, on y vendangeait toutes les grappes de l'intelligence européenne. Quand Diderot avait lancé ses flammes, quand on avait lu une lettre intime du I ■ . Coo^;lc

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roi Voltaire ou la correspondance officielle du baron de Grimm, c'était le tour du prince de Ligne qui débitait des riens charmants, du comte de Ségur, qui chantait une romance, ou de bernardin de Saint- Pierre (à Saint-Pétersboui^ , c'était le chevalier de Saint- Pierre) qui racontait pour séduire une comtesse polonaise ces Harmonies de la nature qui séduisaient tout le monde.

Nul ne savait donner une fête comme Catherine II ; elle avait dépassé de bien loin Fouquet à Vaus, Louis XIV à Versailles, et Francœur à l'Opéra. Citerai-je, par exemple, les iStes données au prince Henri de Prasse? Elle avait fait construire un immense traîneau, attelé de seize chevaux, dont les miroirs prismatiques se miraient aussi sur la glace. C'était une infernale mascarade, car on n'y était reçu que déguisé en domino. Ce magnifique traîneau n'était que l'avantcoureur de deux mille autres. Sur le chemin, ce n'était que pyramides et arcs de triomphe. C'était un voyage aux portes de Saint-Pétersbourg, jnais ce fut un voyage à travers le monde ; car à chaque raille il y avait une fête oi^nisée , guinguettes , danses et jeux, où les paysans et les paysannes, en costumes de tous les pays, ici comme dans les kermesses de Rubens, là comme dans les fêtes galantes de Watteau, représentaient ce grand train de joie qui, au dix-huitième siècle, dédommageait les rois et les impératrices des soucis de leur couronne.

Le prince Henri de Prusse fit une remarque qui fit sourire Catherine, c'est que les différents peuples ont tous leur manière de lever la jambe pour danser et le bras pour boire, mais qu'ils s'embrassent tous de la même manière. Il fit une autre remarque au moment où l'impératrice descendait de traîneau pour se mêler aux danses de ses esclaves ; *- l'élève de VolMire ne Jeur avait pas encore intimé qu'elle ne voulaiï «voir

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que des sujets ; — Catherine s'abandonna très ÊuniliËrement aux gaietés assez compassées de la polonaise, cette marche dansante qui aujourd'hui encore est en faveur à ta cour des czars. « Rien, dit le prince Henri, ne sied, si bien à Votre Majesté que de diriger la polonaise. I Tout en dansant la polonaise, l'impératrice ne songeait peut-être qu'à diriger la Pologne. Et, en effet, ce trait d'esprit du prince Henri de Prusse fut comme un trait de lumière qui éclaira pour l'ambitieuse la carte d'Europe à refaire. Qui sait si après avoir dansé ensemble, la Russie et la Prusse n'avaient pas mis le pied sur la Pologne !

Les lettres de Frédéric, récemment publiées, donnent une autorité, presque une certitude, à notre légende.

Catherine, qui n'était sortie de la plus petite cour d'Allemagne que par la volonté du roi de l'esprit, Frédéric II, s'imagina longtemps, elle qui était deux fois la reine du monde par la grâce comme par la majesté, qu'elle ne savait pas présider un salon. Elle écrivit directement à madame Geoffrin, cette présidente héréditaire de la société de madame de Tencin, et lui demanda des leçons pour conduire son académie des bêtes de Saint-Pétersbourg. Mais les Catherine et les Napoléon n'ont que faire , pour mener leur monde , des statuts rédigés par madame Geoffrin ou par M. de Narbonoe.

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Né nous aventurons pas dans l'Iliade et l'Odyssée de Catherine, deux poEmes où il y a trop de faux dieux coinme dans ceux d'HomÈre, deux Olympes où il y a trop de nuages. Catherine ne s'appelait pas Catherine, elle l'appelait Sophie -Auguste -Dorothée d'Anbalt"!

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Zerbst. Elle était née à Stettio en 1729, du prince Christian-Auguste. Frédéric II et la czarine Elisabeth, qui se souvenaient d'un ancien serment d'amour juré à l'oncle de la jeune princesse, conspirèrent pour la fiancer au duc Charles de Holstein-Gonorp, qui, par le droit de sa mëre Anne, était le prétendant naturel a la couronne de Russie. Charles et Sophie-Auguste étaient luthériens tous les deux. Au baptême de l'Église grecque, l'un devint Pierre Fédérowitch, et l'autre Catherine Alexievna.

On se maria, mais les augures étaient mauvais, et les fleurs d'oranger ne tombèrent pas sous les courtines de la chambre nuptiale ; Catherine prit un amant, Soltikoff : était-ce bien le premier? Pierre III prit une maîtresse , la comtesse WoronzofF, et il n'y eut plus que deux ennemis sur les marches du trône.

Quand Elisabeth mourut, Catherinepermità Pierre III de ceindre la couronne. Elle voulait le perdre dans l'opinion avant de le frap.per, Pierre III se fût perdu tout seul ; mais comment ne pas tomber quand les princesses vendaient leur amour à ceux qui trahiraient l'empereur pour l'impératrice, quand l'impératrice ellemême payait à Grégoire Orloif la dîme de son pouvoir du lendemain ? Pierre tomba. Catherine parut en uniforme à la tête des régiments, et prouva que celui des deux souverains qui était le maître c'était elle. Sur le champ de bataille, le czar prit la fuite et demanda bientôt sa grâce à la victorieuse ; maïs Catherine ne savait pas pardonner à celui qui n'avait pas su se feire aimer; Pierre III, prisonnier, fut empoisonné par Alexis OrlofF et par Teploff; puis, par excès de zèle, et comme le poison n'achevait pas assez vite son œuvre, Baratinski l'étrangla avec une serviette. Catherine dormit le soir à Péterhoff : eUe n'avait point perdu sa journée.

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On fit tambouriner une grande nouvelle au peuple; voici la proclamadon qui fdt affichée dans toutes les

villes de l'empire :

( Le septième jour aprèt notre avènement au trAne impérial, nous reçûmes avis que le ci-devant empereur était attaqué d'une colique violente dont il avait eu autrefois ' de violents accès. Aussi, pour ne point manquer au devoir que nous impoae la religion chrdlienne et la sainte loi qui prescrit de conserver la vie à son prochain, nous ordonnâmes de lui envoyer à l'instant tout ce qui pourrait servir i prévenir les suites d'un mal si dangereux et de le soubger par de prompts remèdes, Nous apprîmes cependant hier, avec beaucoup de douleur et de regret, qu'il avait plu au Très- Haut de terminer sa carrière. C'est pourquoi nous avons ordonné de déposer son corps dans le monastère de Newski pour y être inhumé.

• Noua eihortona en même temps, en souveraine et en mère, tous nos fidèles sujets i làire les derniers adieux au détiint, en oubliant le passé, et à prier Dieu pour son âme, ainsi qu'à regarder cet arrêt inattendu du Tout-Puissant . comme un effet de» vues impénétrables que sa providence s'est réservées sur nous, sur notre trône impérial et sur toute notre chère patrie. *

La même femme qui écrivait d'un ton si odieusement dégagé, cette lettre de &ire part à son peuple et à la postérité, devait pourtant plus lard s'attendrir jusqu'aux larmes quand Diderot lui dirait adieu. Elle aimait ce qui était grand, et le tort de Pierre 111 était d'être un homme médiocre, ce qui ne légitime pas le tort de Catherine.

Catherine fut vraiment grande ; non-seutement elle continua Pierre le Grand, mais on pourrait dire qu'elle fut encore sa Catherine, tant elle votilut réaliser ses idées et jusqu'à ses rêves.

Lisez ces deux lettres : Voltaire à Catherine.

< Un temps viendra, Madame, je le dis toujours, où toute

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