‹ Louis XVI et sa courChapitre 1 sur 172 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Avéncmentdc Louis XVI. État des esprits en France. Gouvernement. Société.

— Coup d’œil sur l’Europe. — Le roi, la reine ; leur éducation, leur genre de vie. — Lecomte de Maurepas devient premier ministre; MM. de Vcrgennes, du Muv, Turgot, entrent au conseil; leurs antécédents, leurs portraits. — Doctrines et premiers actes de Turgot. — Rappel de l’ancien parlement ; la cour et le ministère partagés sur cette question. — Les frères du roi, les princes du sang; leurcaractère. — Émeute des farines. — Sacre de Louis XVI ; opinions de Maurepas et de Turgot à ce sujet. — Entrée au ministère de Malcslicrbcs et du comte de Saint-Germain; leur caractère.

— Réformesde Turgot. Suppression de la corvée. Abolition des maîtrises et jurandes. Projets de constitution politique. — Opposition de la cour, de la magistrature et des métiers contre Turgot. — Réformes du Saint-Germain. — Retraite de Malcshesbes. — Disgrâce et renvoi de Turgot.

La vieille monarchie finit avec Louis XV : comme il s’en était vanté un jour, cette monarchie avait duré autant que lui , mais elle ne pouvait durer davantage. La France avait accepté ce mot comme une vérité consolante : aussi la mort de Louis XV fut-elle accompagnée d’un sentiment de délivrance et de joie qui fit un

ardent accueil à son héritier. Ce jeune prince cependant n’avait joué aucun rôle important sous son aïeul; il ne marquait ni par les actions, ni par les qualités qui promettent la gloire; rien n’avait mis sa jeunesse en vue avant l’heure de son avènement. Il tenait sa popularité seulement du contraste qu’il offrait avec Louis XV : contraste de la vie privée et des mœurs.

La nation pourtant se sentit profondément émue devant ce règne qui allait s’ouvrir : ce fut un moment de foi et d’attente. Toutes les aspirations vers un ordre meilleur en politique et en morale s’y étaient ajournées; ce qu’on attendait, ce n’était plus un règne à la manière des précédents. L’idée de cet avenir était confuse; mais le mouvement qui y portait était immense et généreux. On croyait à une transformation , on ne croyait pas encore à une ruine.

Ce fut le sentiment d’une vie nouvelle, de la vie politique, qui saisit la France à ce moment ; à aucune époque elle n’avait eu encore une telle faculté d’espérer. Elle attendait de ce règne naissant tout le bien qu’on ne demandait plus à Louis XV. Elle y comptait pour relever le pouvoir royal de la honte où il était tombé; elle y comptait pour s’élever elle-même. Dans un autre sens, le mot de Louis XIV, L’Etat, c'est moi, devenait juste, et la nation commençait à le prononcer à son tour. L’avénement de Louis XVI était son avènement à elle; son règne aussi allait s’ouvrir.

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