CHAPITRE IV
se comprendra mieux au milieu de cette ténébreuse intrigue.
Les joailliers de la couronne, Bœluner etBossange, avaient composé, de leurs plus beaux diamants, uncollier qu’ils présentèrent à la reine; ils en demandaient seize cent mille francs; cette parure, disait-on, avait été destinée d’abord à madame du Barry. Soit que la reine fût peu flattée d’accepter un tel souvenir, soit que les circonstances lui inspirassent un refus plus élevé ( c’était «à l’époque de la guerre), elle répondit fort à propos qu’avec une pareille somme on pouvait donnera l’État deux vaisseaux , et elle repoussa toutes les instances des joailliers. Ce fut alors que le cardinal de Rolian se laissa persuader par son amie que Marie-Antoinette désirait en secret ces diamants ; il se laissa persuader encore de lui en faciliter l'achat, croyant se remettre en grâce par ce service. La comtesse ne cessait de l’échauffer par le récit qu’elle lui faisait de visites à Versailles, de relations étranges avec la reine; c’était chaque jour quelque nouvelle qui transportait de joie son facile confident; les préventions se dissipaient, assurait madame de Lamotte , et pour preuve , tantôt c’était un mémoire que demandait la reine au prélat, tantôt c’était un somme d’argentdont elle avait besoin pour ses aumônes. Lecardinal apercevait, dans toutesces avances, de grands indi-
piré qu’elle sut prendre sur le cardinal de Rohan. ( Voir Mémoires du comte fieugnot ; Rerue française, sept. 1838.)
ces d’une prochaine faveur, et il s’empressait d’y sat isfairc. Sur la parole de cette femme, qui, dit-on, se cachait à Versailles dans un hôtel garni , il voyait la reine tout occupée de son amour et de son prochain ministère; il réformait sa maison, il affectait des mœurs, en attendant; pour la première fois, il s’inquiétait d’être grave, et par là mettait le comble à sa burlesque position Rien ne manqua à cette triste comédie , qui se prolongea deux ans; un prince de l’Église, un vieil ambassadeur, se laissa conduire comme un enfant ; il crut à des billets de la reine; il crut de même à un rendez-vous. 11 alla sous le manteau d’un mousquetaire, et au milieu d’une nuit obscure, se poster sous un bosquet de Versailles; une femme s’avança à la dérobée, c’était bien la taille et le port de la reine; elle passa près de lui, en laissant tomber une rose et en disant à demi-voix : « Le passé est oublié. » Le cardinal éperdu se jeta à terre et baisa son pied. Un tel début lui promettait toutes les espérances; il allait donner cours à des sentiments si longtemps méprisés ; mais un contre-temps interrompit l’entrevue ; madame de Lamotte accourut , en disant qu’elle entendait venir les comtesses de Provence et d’Artois. La scène n’en eut pas moins son effet; la femme à qui Rohan avait baisé le pied était une courtisane fort connue pour ressembler à la reine , et qui s’était prêtée à jouer ce rôle sur la promesse d’une somme d’argent. Le cardinal resta persuadé que Marie-Antoinette avait fait