CHAPITRE IV
rien qu’il n’eût tenté depuis pour rentrer en grâce ; il alla jusqu’à afficher poursa royale ennemie une violente passion; moyen le plus sûr, croyait-il, de faire oublier ses torts. Il était ambitieux , il voulait être ministre, et n’y voyait d’autre obstacle que le ressentiment de la reine. Un pareil choix fut peut-être la seule faute à laquelle la monarchie échappa. Les démonstrations du cardinal n’apaisèrent point Marie- Antoinette; sa haine, cette fois, rendit service à l’Etat; mais ce fut, par malheur, aux dépens de sa renommée.
Parmi les femmes auxquelles les mœurs du cardinal donnaient un accès facile auprès de lui figurait la comtesse de lamotte-Valois; elle prétendaient descendre d’un bâtard de Henri II (i). Mais, sans parents, sans fortune, ne tirant rien du gouvernement qu’une pension infime , cette femme, tourmentée par l’ambition d’un sang méconnu , s’agitait, avec une sorte de rage, pour sortir de l’obscurité; elle y employait tout ce qui était à son usage : l’intrigue et la galanterie. Elle connut le cardinal de Rohan, et s’adressa d’abord à ses vices; elle s’attaqua ensuite à son ambition. la descendante des
la jeune Dauphine comme s’aliénant tous les cœurs à Versailles, par ses légèretés , et cela , pour complaire au parti Richelieu et à madame Dubarrv. (Voir Mém. de madame Campan , t. I, p. 66.) L’abbé Georgel , grand vicaire du cardinal, assigne d’autres causes à l’inimitié de la reine pour lui. (Voir ses Mémoires, t. II, page 6.)
(1) Le comte Beugnot dit que son origine était prouvée. (Rev. franc., sept. 1838, p. 201.
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Valois osa se donner pour l’ainie delà reine, et se fit fort d’emporter cette réconciliation qui était l’idée fixe du cardinal . Lui qui rêvait d’être premier ministre et de plus d’être , à cinquante ans , l’amant d’une jeune reine , cette faible tête de débauché était sans doute bien crédule, madame de Lamotte bien hardiment intrigante; mais si l’on fait de cette femme une abjecte courtisane, une aventurière d’antichambre, la duperie du cardinal ne se comprendra plus (i). Par ses mœurs, c’était une aventurière sans doute ; mais on la disait du sang des Valois; elle avait un peu de beauté, quelques facultés heureuses gâtées par son éducation; elle était active, chaleureuse, théâtrale, elle savait capter ; ons’intéressait à cette femme, dernier rejeton d’une Inanche royale, à qui la monarchie n’assurait pas même du pain ; aussi les relations ne lui manquèrent point; Rohan n’était pas le seul homme de marque dont la maison lui fût ouverte (a). Par là , du moins , la crédulité du cardinal
(1) Voir les Mémoires du comte Beugnot ; Revue Française , sept. 1838, p. 238. « Je rencontrais chez elle , dit-il , le marquis de Saisseval, l’abbé de Cabres, Rouillé d'Orfeui'1, intendant de Champagne, le comte d’Estaing, etc. • 11 semble, dit-il ailleurs, que l’on se soit donné le mot pour ne présenter madame de Lamotte que comme une aventurière des plus communes. » (Voir id., page 229.)
(2) Le comte Beugnot, qui raconte , dans un curieux fragment de ses Mémoires , les relations fort intimes qu’il eut aveo madame de lamotte, insiste là-dessus comme sur un point important; il établit que madame de LamoUe comptait des relations assez élevées , et intéressait de nombreux protecteurs. Ce fait rend plus croyable l’em-