‹ Louis XVI et sa courChapitre 112 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

caissier (le la reine, lui qui répondait un jour à une demande de Marie- Antoinette : « Si la chose est possible, Madame, elle est faite; si elle est impossible, elle se fera. » Pour Galonné, ce n’était point l’impossible que l’achat de ce collier; il eût mis ce caprice de la reine au compte du trésor, comme tant d’autres ; c’eût été une voie plus simple et plus commode que le biais honteux d’une intrigue avec Rohan. N’est-il pas rapporté, d’ailleurs, que Louis XVI avait voulu faire don du collier à Marie- Antoinette? Et ne serait-il pas bizarre qu'elle eût préféré l’obtenir par un moyen qui lui en eût interdit l’usage? Sans doute elle n’était pas assez aveuglée par la perspective de ce bijou, pour ne pas prévoir d’embarrassantes questions de la part du roi. Quant au cardinal, elle le haïssait en femme offensée, et l’orgueil blessé, chez elle, ne pardonnait pas. Rohan était mal vu à Vienne, détesté des Autrichiens de Versailles, personnellement odieux à Breteuil , à l’abbé de Vermond , les hommes d’affection de la reine. Et si l’on regarde au fond même l’intrigue, est-ce un galant de cet âge , usé de débauche, que la reine de France égarée pouvait attendre la nuit au fond des bosquets? Il fut constaté au procès qu’une femme galante, la fille Olivia , avait joué le rôle de Marie-Antoinette dans la scène nocturne; et pour les relations prétendues de madame de Lamotte avec la reine, on n’en put rien établir. Force est donc de rejeter tout sur la crédulité du cardinal , crédulité

surnaturelle, il est vrai, chez un homme qui avait passé par les conclaves et les diancelleries; mais ce cardinal de Rohan, qui avait l’esprit des roués, était pourtant une pauvre tête : il croyait en Cagliostro; il pouvait croire en madame de Lamotte; il était le plus fou partisan et l’ami de ce charlatan , qui fut impliqué à sa suite dans le procès ; madame de Lamotte lui procurait des lettres et des rendez-vous de la reine, comme Caglioslro lui procurait des tête-à-tête et des soupersavec Cléopâtre et Sémiramis (i)..

Epoque singulière entre toutes ! Ce cardinal de Rohan n’était pas seul atteint des plus folles imaginations; des gens de cour, des gens de lettres, des savants, des magistrats, couraient après tout ce merveilleux; le mémoire de Cagliostro , pendant le procès , eut la vogue la plus incroyable; il fallut des gardes à sa porte pour contenir la foule qui se l’arrachait. Un intérêt effréné entoura ce nouveau prophète , «. qui avait appris la sagesse dans les pyramides d’Egypte, qui avait le pouvoir d’évoquer les ombres, et possédait toutes les sciences occultes de l’Orient (2). » Ainsi parlait l’avocat de Cagliostro, dansce mémoire, qui, disait-on, avait coûté plus d’une nuit de travail au conseiller d’Epréménil , dont l’esprit ardent plongeait aussi dans cet illuminisme. U;i

(1) Mém. du règne de Louis XL'/, t. VI, p. 69.

(2) Mémoires du comte Beugnol ; Revue franç., sept 1838,

Page 1