‹ Louis XVI et sa courChapitre 114 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'heure d'entreprendre, de réformer, de recommencer toutes choses, tant les choses existantesétaient peu dignes des spéculations et de l'ambition des esprits : nobles efforts souvent déjoués ! Ambition féconde, mais pleine de déceptions! Bien des idées manquèrent à l’essai, bien des hommes moururent à la peine ; dans ce grand ébranlement de la vie humaine, il y eut de l’aventure en tout, et, comme Laipérouse, beaucoup ne revinrent pas! Ce courageux marin, qui s’était fait un nom dans la guerre d’Amérique, partit en août 1785, pour un voyage autour du monde. 11 devait explorer le grand Océan; on en attendait de belles découvertes, dans l’émulation qui régnait alors entre les nations maritimes. L’Angleterre venait d’avoir les grandes explorations de Cook. Lapérousc découvrit plusieurs îles , mais sa navigation fut traversée par toutes sortes d’accidents; il donna de ses nouvelles, pour la dernière fois, en août 1788, et le dénoûment de sa triste expédition resta caché au milieu des mers. Le roi avait pris grand intérêt à cette entreprise, pour laquelle il avait écrit , de sa main , des instructions (1); le souvenir de sa cruelle issue lui revint souvent, dit-on, comme un pressentiment de sa propre destinée !

Louis XVI avait quelque entente de la marine, de la construction navale, ce qui tenait à son goût pour les

(1) Flassan, Hist. de la diplomatie, t. VII, p. -110.

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travaux mécaniques ; il entreprit un voyage à Cherbourg , et y étonna les marins par le détail de ses connaissances techniques.

C’est toujours à cet endroit de la marine, en effet, que se retrouvent les efforts les plus honorables de ce règne. On commença le port de Citer bourg : c’était parler résolument à l’Angleterre , c’était relever, en vue de ses rivages, les ruines qu’elle avait faites à Dunkerque. Ce courage était encore un des bénéfices de la dernière guerre , et la Grande-Bretagne s’en émut , tout étonnée de voir la France agir à l’aise et creuser un port sans sa permission. Il y eut dans le Parlement des sorties véhémentes a ce sujet. Le haineux Burke dénonça le fait avec toute l’exagération irlandaise de son éloquence :

« La France nous ouvre ses bras , disait-il , mais c’est pour se saisir de notre commerce. A Clierbourg aussi la France ouvre les bras ; mais c’est pour y placer sa marine en présence de nos ports, c’est pour s’y établir, maigre la nature; c’est pour lutter contre l’Océan , et le disputer avec la Providence, qui avait assigné des limites à son empire. Les pyramides d’Égypte s’anéantissent en les comparant à des travaux si prodigieux. Les constructions de Cherbourg sont telles, qu’elles permettront bientôt à la France d’étendre ses bras jusqu’à Portsmouth et Plymouth. C’est sans doute dans cette position que la France, devenue la gardienne du canah.

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