‹ Louis XVI et sa courChapitre 116 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sc trouvait chaque année grevé de l’intérêt d’un nouvel emprunt. Que voyait-on pour faire face à ce surcroît de dépense? Nulle ressource nouvelle , nul accroissement de recette ; emprunter toujours , sauver le présent en perdant l’avenir, telle était la méthode de Galonné. Un impôt temporaire, le troisième vingtième allait expirer et creuser un nouveau vide de vingt et un millions. Des illusions que le public meme avait trop partagées s’en allaient , et on avait partout le pressentiment d’un énorme déficit. A côté de ces causes de ruine les plus en vue, l’opinion en soupçonnait une autre. On s’entêta à croire que la reine faisait passer de l’argent à l’empereur. U était survenu dans les affaires extérieures un incident politique qui ne fit que le persuader davantage : ce fut l’événement des Ilouches de l’Escaut. Joseph, dans le tourment qu’il se donnait pour intéresser la renommée, fitune querelle aux Hollandais ses voisins ; il voulut leur faire céder des villes, des provinces; il exigea l’ouverture de l’Escaut, cinquante millions de florins et la destruction des forts qui gênaient sa frontière. A quel titre? On était en pleine paix, et sous les traités en vigueur, on ne voyait pas couleur de prétexte à cette brusque exigence, à ce coup de tête d’ambitieux. Joseph donna ordre à un de ses navires de forcer l’entrée de l’Escaut, et son navire fut canonné.

Cet événement pouvait rallumer en Europe une guerre

générale. La Hollande s’adressa à la France, et l’opinion

l'appuya chaudement; mais Louis XVI et Vergennes craignirent une conflagration; l’état des finances, du i*este, justifiait assez leur politique timide. Ils firent néanmoins une démonstration de bonne contenance , il y eut un mouvement de troupes aux frontières, et Louis XVI offritsa médiation à son beau-frère, qui n’osa soutenir ses singulières prétentions; il les réduisit à une somme d’argent et à des excuses. Ses adversaires étaient des marchands, qui consentirent bien aux excuses, mais lésinèrent sur la somme : ils n’en voulaient payer que la moitié. La France prit le reste à sa charge, et y gagna un traité d’alliance précieux avec les Hollandais. Ce résultat valait bien les douze millions qu’elle avançait; mais cet argent , par malheur, passait dans les mains de l’Autriche : c’en fut assez pour soulever l’esprit public contre le traité. On n’y vit rien qu’une basse complaisance à payer le frère de la reine , pour prix d’une contestation sans bonne foi.

Ces quelques millions ajoutaient peu de chose au mal énorme de nos finances, qui était tel que Galonné lui— même en fut frappé; il vit l’impossibilité de recommencer ses aventures ordinaires , et de recourir au crédit , dont il s’était joué effrontément. Ses querelles avec le Parlement étaient allées jusqu’à l’injure; il avait follement insulté les hommes , il avait exaspéré tout le corps par ses enregistrements forcés. Il n’osa faire un pas de plus dans celte voie, et se mit à réfléchir à quelque ex-

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pédient singulier. 11 crut l’avoir trouvé, et il alla s’en ouvrir à Yergennes. Alors il lui fit connaître l’état du trésor, l’énormité du déficit , et le plan au moyen duquel il se faisait fort de tout réparer. Calonne entraîna Vergennes, et alla faire au roi la même confidence; Louis XVI adhéra au dessein des deux ministres, et tous trois en préparèrent l’exécution, en se promettant le secret.

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