CHAPITRE V
I,a Fayette revenait sans cosse .à celle idée des États généraux, et son influence s’étendait parmi les Notables. La seule popularité qui leur fût restée tenait à ce seul mot d’États généraux, car depuis la chute de M. de Galonné, ils avaient beaucoup perdu dans l’opinion. Leur opposition à l’ancien ministre une fois épuisée, que leur restait-il? Rien, sinon une position mal tranchée, équivoque. Us impatientaient le roisans le dominer ; ils blessaient l’orgueil de la reine; ils lassaient les princes de leursdiscussions inutiles; ils humiliaient le ministre qu’ils avaient fait, lui qui ne put exercer sur eux la moindre action. Se sentant comme honteux de leur position fausse , ils semblèrent abdiquer pour qu’on les renvoyât : ils se déchargèrent sur le roi du soin déjuger le mode île contribution le plus convenable. Quand on les pria de donner un avis, ils sc déclarèrent sans mandat pour voter un impôt. L’avarice s’était trouvée à son aise, comme on l’a dit, tant qu’elle avait pu prendre les couleurs de la liberté (t). Mais ce rôle facile , que la circonstance avait fait, ne trompait plus. Les Notables sentaient donc qu’il fallait en finir, et ils en finirent le 25 mai, dans une séance solennelle ; mais les Notables, ce jour-là , déposèrent derrière euxdes germes qui devaient devenir plus grands qu’eux-mêmes.
En effet, dans ces longs discours de clôture, au mi-
(I) Lacrctelle, Ulst. du dix-huitième siècle , t. VI, p. 273.
lieu do toutes ces vacuités sonores, on entendait de loin venir comme les premiers grondements du tonnerre qui allait tout renverser ! Des opinions se croisent, se heurtent dans ces discours , et la hardiesse de ces idées tranche avec le ton des phrases officielles au milieu desquelles elles se dressent tout à coup. Le ministre luimême y fit l’éloge de ce tiers-état qui allait, dans les assemblées provinciales, réunir à lui seul , autant de voix que le clergé et la noblesse. Le premier président du parlement de Paris parla de Y effroi <jue le mal commis avait inspiré , et de Y administration qui avait fait ce mal. Ainsi, le gouvernement de Louis XVI était traité hautainement A' administration. Quels sentiments se révélaient donc, et de quel côté passait la puissance? On menaçait en quelque sorte, en parlant du silence respectueux, en ce moment notre seul partage. Ne semblaiton pas attendre davantage d’un avenir prochain?
Tel était le mouvement d’opinion qui déjà emportait tous les esprits, et qui avait fini par gagner les corps eux-mêmes, c’est-à-dire ce qu’il y avait de plus fortement organisé dans l’ancien ordre de choses. Telles étaient les fautes croissantes du pouvoir que , sur ce point , le passé n’était plus une garantie de l’avenir; car le passé valait mieux que le présent. En fait de capacité ministérielle. Galonné valait encore mieux que Brienne; et comme chef du gouvernement, Louis XVI, appuyé de M. de Vcrgennes, était fort préférable aux influences del’Ati-