CHAPITRE V
sortir d’une séance du Parlement , la dénonciation de (Jalonne , dont on demanda la mise en jugement , tontes ces marques frappantes d’nne situation qu’un ministre ne pouvait plus dominer, finirent par troubler la sérénité de Brienne, mais ne produisirent en lui que de la colère : le Parlement fut exilé. Tous les efforts de conciliation tentés par le duc de Nivernais et Maleslierbes, rappelé au conseil depuis que Lamoignon , son parent, avait pris les sceaux, étaient restés sans résultat. On relégua le Parlement à Troycs (toaoût 1 787) (*)- C’était mettre la dernière main à sa popularité; c’était mettre de son
cinq ans. Les charges de magistrature se transmettaient le plus souvent de père en fils , et les grades se conféraient comme en famille , après des examens de pure formalité. On devenait avocat-général ou conseiller au Parlement en quittant les bancs de l'école. Il faut faire remarquer encore que lors du rappel de l’ancien Parlement, un grand nombre de conseillers qui s’étaient retirés dans leurs terres, 11 e se soucièrent pas de rentrer en fonctions, et préférèrent transmettre leurs charges à leurs enfants. Il eût été prudent, il semble, au gouvernement qui rappelait les parlements , de déterminer l'.lge où l’on entrait en charge, ou bien de n’accorder le droit de v oter dans les affaires politiques qu’aux magistrats avant acquis de l'expérience et une certaine maturité.
(I) « Remontrances du Parlement, où la cour arrête qu’elle ne • cessera ses très-lmmbles et très-respectueuses instances auprès « du seigneur roi, jusqu’à ce qu’il lui ait plu de rappeler son Porle- « ment séant à Paris, pour continuer de rendre la justice à ses « peuples, et d’instruire le procès commencé sur l'administration " du sieur deCalonne; comme aussi arrête de supplier ledit sei- « gneur roi d'assembler incessamment les Etats généraux pour « sonder les plaies profondes de F Etat, et y apporter les remèdes « convenables. » (,/nc. toisfr., règne de Louis X\ I, t. VL p. -121.)
côté toute la France. Il n’y eut pas un parlement de province qui ne protestât contre cet exil ; pas un qui ne demandât la mise en jugement de Calonne : la cour des Comptes imita les parlements (i). Il y eut des troubles à Paris; Loménic, qui profitait de tout, se fit nommer premier ministre, vu la gravité des circonstances, et les maréchaux de Ségur et de Castries, ne voulant pas subir cette hiérarchie , donnèrent leur démission. Ainsi, cet homme restait seul en présence d’un mal qu’il avait tant et si vite accru. Après qu’il eut bien excité l’intérêt uni* versel en faveur des exilés de Troyes, il comprit enfin qu’il était temps de négocier,
Mais quand les pouvoirs arriérés négocient , c’est que le moment n’est pas loin où ils capitulent. Brienue écrivit de sa main au premier président; il retira les deux édits qui avaient soulevé la tempête. Il en revint à l’iinposiliondes vingtièmes, et il rappela ( aa septembre ) le Parlement , qui, oubliant bien vite qu’il venait de se déclarer incompétent en fût d’impôts, enregistra l’édit des vingtièmes. Dans cette transaction , chaque parti ne sembla s’être occupé, comme on l’a dit, que d’amener l’autre à faire un acte honteux . Mais les concessions ne portèrent pas loin ; toutes les négociations se rompirent
(I) Trois arrêtés du même jour (27 août), contenant appel aux États généraux contre lesdits établissements des impôts , l’un de la cour des Aides , l’autre de la cour des Comptes , et le troisième de la cour des Monnaies, (/tf., id., p. 425.) • , , .