‹ Louis XVI et sa courChapitre 134 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avec éclat , quand le ministre archevêque s’en vint demander 43 o millions, au moment même où les anciens emprunts apparaissaient comme un fléau. Brienne voulut une séance royale ( 19 novembre), mais rien ne fit fléchir l’opposition: ni l’octroi d’un état civil aux protestants , ni les paroles de Louis XVI , qui faisait de la fermeté bien tard et refusait des Étals généraux demandés avec indiscrétion , ni l’espèce d’atténuation mise à ces paroles par le garde des sceaux, qui ajouta qu’une fois les dettes payées , le roi communiquerait volontiers n la nation les mesures qu’il aurait prises pour le plus grand bien du royaume. Sabatier et Fréteau parlèrent; mais la voix qui donna à ces débats le caractère qu’ils ont gardé fut celle de d’Espréinénil. On ditqu’il y fut d’une éloquence singulière, et différente de celle qu’on lui connaissait, aussi touchante qu’elle était habituellement emportée, hardie. Il ne reprit sa parole de tribun que lorsqu’il eut échoué dans la prière qu’il avait faite ail roi de convoquer les Etats généraux. Alors, redevenant lui-même, il dit « que la seule différence qu’il voyait entre «n lit de pwtice et une séance royale, c’est que l’un a la franchise du despotisme, et l’autre sa duplicité. » Le roi avait ordonné d’enregistrer; le duc d’Orléans protesta contre l’illégalité de l’enregistrement :

c’était le premier acte public d’une opposition qui devait

aller si loin; il l’accomplit sans assurance et en balbutiant. la* roi aussi fut troublé : toujours violent, il vou-

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lut faire enlever son rebelle cousin ; mais toujours faible, il eut peur de l’ordre qu’il avait donné au garde des sceaux et que celui-ci ne sut comment exécuter. Le lendemain seulement, le duc d’Orléans fut exilé à Villers- •Cotterets , et les conseillers Sabatier et Frcteau furent arrêtés. Le Parlement termina sa séance par une protes-

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tation contre les édits d’emprunts. Le roi se fit apporter

les registres à Versailles, et commanda qu’on déchirât la délibération en sa présence. Il ordonna l’emprisonnement de Fret eau au château de Doullens, et de Sabatier au mont Saint-Michel. Ce fut un soulèvement dans Paris : le Parlement , frappé dans ses membres, refusa d’enregistrer l’édit relatif aux protestants avant la délivrance des conseillers et le rappel du prince exilé. Entre

les parlements et la cour, c'était une guerre déclarée. I^a cour se servit de Dupatv pour montrer que souvent le Parlement avait frappé des innocents du dernier supplice; c’était plus que dépopulariser ses ennemis, c’était

vouloir les déshonorer.

Mais de tels outrages furent inutiles : l’opinion n’eùl pas cru même à l’évidence contre le Parlement, qu’elle protégeait. Jamais il n’avait recueilli plus de sympa-

thies : l’emprisonnement de scs conseillers lui donnait l’espèce de prestige que procure toute persécution. F a? duc d’Orléans lui-même avait conquis la faveur populaire, quoiqu’il semblât peu fait pour elle : car le désordre de sa vie faisait tort à son opposition contre le

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gouvernement, D'ailleurs, par la nature de ses facultés, il n’était pas homme à enlever et à garder une popularité grande et durable. On l’a dit, c’était un prince élégant, ayant plus de grâce (pie de puissance, capable de plaire à quelques esprits raffinés et de mœurs trop faciles, mais n’ayant rien de ce qui se voit de loin et subjugue les sentiments publics. Malgré ses dispositions naturelles, malgré des excès qui ruinaient un caractère

faible déjà , l’opinion reconnaissante lui donnait une haute importance politique, et ses ennemis de Trianon prétendaient qu’il voulait la mettre au service des plus coupables projets. Ils donnaient à sa haine contre la veine et a son ambition bien plus de suite qu’elles n’en

avaient. Le duc était alors bien plus l’instrument du

Parlement que son directeur ou son chef. Il était allé à Londres, et il y avait pris le goût des choses politiques, mais ce goût n’était pas assez vif pour lui faire accepter dignement les austères jouissances d’un exil (pii le rendait populaire. U regretta Paris, et il se plia jusqu’à écrire à la reine : il aurait pu s’en dispenser, car le Parlement faisait assez en sa faveur pour qu’il s’oubliât un

peu. On voyait Duport proposer aux chambres assem-

blées de déclarer (pie les arrestations du duc d’Orléans n *

et des deux conseillers étaient nul/es, illégales , contraires au droit public et ali droit naturel. On de-

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