‹ Louis XVI et sa courChapitre 141 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

n’a jamais entièrement perdues; mais elle se sentait pourtant ébranlée dans sa foi devant le soulèvement des provinces et le vide effrayant du trésor : jamais la pénurie des finances n’avait été aussi extrême.

En présence de cette détresse, la reine, il se peut bien , trouvait Brienne moins grand. Le comte d’Artois, qui avait déjà fait payer ses dettes à Calonne , et dont les besoins d’argeut ne finissaient jamais, se montra excellent Français, a dit un contemporain (i) avec une ironie amère et juste , quand on parla de renvoyer un homme qui faisait si mal ses affaires et celles de l’État. Quant à Louis XYI, il ne tenait pas à ce ministre ; et d’ailleurs il avait sacrifié Calonne , malgré son opinion et ses goûts; depuis ce moment on pouvait dire qu’il n’était plus roi. Les cris de la France révoltée n’arrivaient guère jusqu’à lui, sous les forêts, au milieu des chasses, où il passait sa vie. C’était là qu’il oubliait les difficultés d’une situation sur laquelle, de fatigue et d’impuissance , il avait fini par fermer les yeux. Il ne vivait plus que de la vie pesante des organes; il avait le tempérament des Bourbons : il mangeait autant que Louis XIV, mais Louis XIV n’avait pas cette torpeur que gardait Louis XVI à la suite de ses repas , et qui faisait croire à ses gardes du corps qu’il . s’y livrait à de honteux excès (a).

(1) Soulavie, Mém. du règne de Louis XVI, t. VI, p. 212.

(2) « On croyait que le roi sc permettait les plaisirs de la table jus-

11 avait répété docilement le rôle que Briennelui avait imposé; mais ce rôle de violence , de fermeté trompeuse, devait fatiguer sajustice autant que sa faiblesse. Brienne, qui pressentait l’abandon, sc mit à jouer le jeu de tous les ambitieux sans conviction et sans système. 11 s’était opposé aux Etats généraux; il consentit à les réunir : un arrêt annonça , le 8 août , que les Etats généraux s’assembleraient le i *' mai 1 789 , et que le rétablissement de la Cour plénière était suspendu jusqu a cette époque. N’était-ce pas s’humilier devant l’opinion qu’on avait bravée et qu’on n’avait pas su vaincre? Mais l’opinion , comme tout vainqueur, 11e tint pas grand coinpte.de ces soumissions tardives et forcées: clic continua d’attaquer Brienne et d’exalter ses ennemis. La reconnaissance ne fut pas pour le ministre, mais pour les hommes qui avaient demandé les Etats généraux et qui les avaieut enfin obtenus. Quant à ceux qui voulaient le rappel des édits, on 11e les avait point satisfaits par la suspension de la Cour plénière : effet ordinaire des demi-mesures aux époques de décision ; elles n’apaisent alors au-

qu’à des excès honteux . . . L’opinion surle prétendu goût du roi pour la boisson devait venir des gardes qui accompagnaient sa voiture lorsqu’il chassait à Rambouillet. Le roi n’aimant pas à découcher, partait de ce rendez-vous de chasse après son souper ; il s’endormait dans sa voiture, et n’était réveillé qu’au moment de son arrivée dans la cour royale. 11 descendait de voiture , au milieu des gardes du corps, en chancelant comme un homme à moitié éveillé, ce qui avait été pris pour un étatd’iwesse. ( Mém.de madame Campan , p. 229.)

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