‹ Louis XVI et sa courChapitre 142 sur 172 · C II A P I T H E V · texte numérisé non relu

C II A P I T H E V

cunc exigence, et ne satisfont que parce qu’elles témoignent de la mollesse du pouvoir.

La joie que causa au royaume l'arête du 8 août fut donc stérile pour les intérêts de Brienne ; encore en cela ses prévisions furent trompées. Il avait cru se ménager une espèce de réconciliation avec la France, et même il avait , dans un machiavélisme de très-petite portée, combiné les choses de façon à porter la division dans les esprits pour mieux les asservir. 11 avait cru que s’il constituait un antagonisme entre la noblesse et la bourgeoisie, elles Uniraient par se réfugier sous l’arbitrage de la royauté. Pour cela, il autorisa toutes les recherches qui auraient pour but de découvrir ce qui était d’usage dans les Etats généraux , soit sur le nombre et la qualité des électeurs et des éligibles, soit sur la forme des élections. C’était là un point d’histoire fort embrouillé et fort obscur; il convia tout le monde à l’éclairer. Non-seulement les municipalités et les tribunaux furent chargés de fouiller leurs archives, mais les savants , les personnes instruites , portait l’arrêté, étaient autorisées à dire ce qu’ils pensaient de la forme des Etats généraux : c’était décréter la liberté de la presse sur le sujet que la France avait le plusàcœur.Unnombre infini d’écrits montra l’embrasement de toutes les têtes; si bien même qu’en voyant ce débordement de brochures, ce tourbillonnement d’idées politiques, si jeunes et quelquefois si audacieuses, deses-

prits mûrs se demandèrent si on n’avait pas compromis les choses à trop attendre, si le moment opportun des Etatsgénéraux n’était point passé. Un de ceux qui eurent peur alors du mouvement des têtes fut Malcsherbes, le respectable ami de Turgot. Il avait cependant désiré et appelé les Etats généraux l’un des premiers (i). Mais comme Turgot, son illustre maître, il en était venu à croire que la seule assemblée qui pût réformer le royaume était une assemblée de propriétaires élus; les Etats généraux, avec leurs Ordres jaloux et leurs conflits d’intérêts, lui faisaient craindre beaucoup d’orages; l'impétuosité des exigences publiques, la différence des points de vue et la ressemblance des passions , rejetaient dans le doute cet esprit qui avait la conscience sans avoir la force. Beaucoup, parmi les hommes de ce temps, partageaient l’inquiétude de Malcsherbes; ils étaient alarmés pour la monarchie, encore plus que pour la France, voyant bien que le temps perdu pour les réformes ne se regagne que par les révolutions. Ainsi ils en venaient à estimer inutile la trop lente concession de Brienne. Quant à lui, il avait encore plus bas à descendre. Après une concession d’idée, vint une concession de personne: pour garder le pouvoir, il avait sacrifié moins une vue de sou esprit qu’un parti pris de son amour-propre. Pour

(I) Voir la Situation présente des affaires , par Malcsherbes. Mémoire au roi, du mois de juillet 1788. -

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