‹ Louis XVI et sa courChapitre 144 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

core de continuer son lève. Pourtant, oblige, par les événements, de voir qu’il ne dirigeait rien , qu’il ne pouvait rien , il offrit d’abandonner la haute position à Neeker, au moins pour conserver le nom de ministre. Mais il avait contre lui les courtisans, à qui il avait enlevé quelques charges ; et ce fut madame de Polignac , sa rivale de crédit et son ennemie, parce qu’il avait voulu la supplanter dans l’esprit de la reine , ce fut elle qui lui porta le dernier coup et l’abattit. Elle s’entendit avec le comte d’Artois; ce prince gardait un vif ressentiment du renvoi de Galonné; il représenta au roi et à Maric-Antoinette l’impossibilité de gouverner avec un ministre universellement méprisé. Ces paroles si graves et si vraies dans la bouche d’un prince si léger firent impression. Brienne alors s’arrangea le mieux possible pour tomber. Il dit dans ses Mémoires qu'il reçut du roi et de la reine des marques de bonté que n éprouvent pas d'ordinaire les ministres en disgrâce (i); et malheureusement cette fois , son amour-propre n’a rien exagéré. On accepta sa démission, et on lui rendit, pour cela, d’énormes faveurs : rachat scandaleux d’un gouvernement perdu! On lui donna le chapeau de cardinal, une place de daine d’honneur pour sa nièce, auprès deMaric-Auloinette , un régiment pour un de ses neveux, et

(1) Mém. de llrienne, cités par Soulavie ; Mém. du règne de Louis XVI , t. VI, p. 258.

pour un autre la coadjulorerie de l'archevêché de Sens. La reine lui envoyason portrait enrichi de diamants; elle pleura en le quittant, et lui permit de l’embrasser (t) : triste baiser qui semblait payer la ruine de la France.

Mais en face de ces récompenses aveugles , il faut mettre la joie du royaume quand on sut que lirienne n’était plus ministre. S'il avait eu le cœur d’un homme, au lieu delà vanité d’un courtisan, il eût trouvé qu’il n’y avait pas de faveur royale qui pût compenser la douleur et la honte du bonheur public. Ainsi , il tomba comme il s’était élevé, par les femmes, et par les femmes qui avaient servi à son élévation. Mesdames dePolignae firent tout ce que n’avaient pu faire les réclamations de toute la France. Seule, Marie- Antoinette lui restait encore fidèle , quoiqu’il eût mal rempli son attente. Elle avait dans ses amitiés une fidélité orgueilleuse qui ne se démentait pas, et qui eût résisté à l’éloquence de ce trésor vide que llrienne avait épuisé. Sans l'influence de la duchesse de Polignac, Marie-Antoinette eut-elle

fl) Mém. de Drienne, ap. Soulavie, t. VI, p. 201.

Madame Campan ne fait point mention de ce baiser. « la reine , dit-elle , crut de sa dignité de lui donner, au moment de son départ, des preuves ostensibles de son estime; et, sa sensibilité même l’égarant , elle lui envoya un portrait enrichi de pierreries et le brevet de dame du palais pour sa nièce, madame de Canisy , disant qu’il fallait dédommager un ministre sacrifié par la brigue des cours et par l’esprit factieux de la nation ; qu’autrement on n’en trouverait pas qui voulussent se dévouer pour les intérêts du souverain. » ( Mcm. de madame Campan, p. 225. )

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