CHAPITRE V
le garder encore quelques jours, il sacrifia cet amourpropre même : il fit proposera M. Necker, à son rival, à l’homme qu’il avait cearté, la place de contrôleur général; il avait fait consentir la reine à cet arrangement. Mais Necker, qui eût accepté peut-être ce ministère au moment où Brienne se saisissait du gouvernement, répondit que son dévouement serait inutile si on ne lui accordait la haute main sur toutes les branches de l’administration dépendantes du contrôle des finances. Necker était effrayé, et avecraison,de tout ce qu’on disait des affaires ; il pouvait mieux juger qu’un autre des résultats désastreux de la gestion de l’archevêque ; ils étaient d’ailleurs assez publics. Toute la France savait les récentes mesures de Brienne ; il avait mis la main , dans son vertige , sur des fonds de bienfaisance confiés à l’État : c’était le produit de souscriptions destinées à fonder quatre nouveaux hôpitaux dans Paris ; c’étaient d’autres fonds aussi respectables, versés par la charité publique pour soulager plusieurs provinces dévastées. Brienne osa violer ces dépôts; il vida , avec un pareil cynisme, la caisse des Invalides , qui contenait quelques modiques épargnes. Pour qualifier dignement de tels actes, il faudrait renoncera la dignité de l’histoire.
Mais Brienne, ayant tout épuisé , fut contraint à une mesure d’Etat, à un remède héroïque. Les caisses ne contenaient plus rien pour traverser les quatre derniers mois de l’année. Un arrêt du iG août 1788 porta que
les payements s’efTeetueraient partie en argent, partie en billets du trésor, qui auraient cours forcé dans le commerce (1). Ce coup désespéré jeta l’effroi et fit montrer l’idée de banqueroute à toutes les têtes. Le bruit se répandit que le gouvernement allait se saisir de la caisse d’escompte, comme il avait fait de la caissedes Invalides, et la foule assiégea cet établissement. Un arrêté du 18 août (2) vint autoriser la caisse à refuser le remboursement de ses billets, et contraignit le commerce à les recevoir comme une monnaie forcée. La crise était donc à son comble, et l’on était arrivé à l’abîme; il était si profond (pic Necker lui-même n’espérait plus le fermer.
Mais ce nom d’un homme capable, d’un hommesi justement populaire, exerçait une telle domination sur tous les esprits , que même ses ennemis l’invoquaient comme leur dernière ressource. Urienne s’était toujours pris pour un grand ministre, et, par lin privilège de vanité comme il n’en exista peut-être jamais , il lui arrivait en-
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(1) Voir Monthyon, p. 309. « 11 parait, dit-il, qu’une détermination d’une si haute importance fut prise sur la simple exposition qui en fut faite au conseil , sans qu’il eût été mûremcntdélibéré sur les conséquences qui devaient en résulter. L’arrêt fut imprimé et publié, comme muni des signatures nécessaires des personnes en place , 1 sans qu'elles eussent connaissance de la décision. »
(2) Arrêt du conseil concernant la circulation des billets de la caisse d’escompte. .-Inc. lois franc., règne de Louis XVI, t. VI, p. <il 2.