‹ Louis XVI et sa courChapitre 148 sur 172 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

malgré des fautes et des défaites , un rôle plein d’ascendant et de grandeur. Rien ne relevait cet abandon : il n’était point l’application d’un principe , vrai ou faux d’ailleurs. On n’en était pas encore arrivé, vers ce temps, à la reconnaissance de la non intervention dans les affaires des peuples; au contraire : à Teschen , on était intervenu parla diplomatie ; en Amérique , parles armes. I^a générosité et la politique se donnaient la main. Mais nulle idée ne préexista «à la conduite de Brienne et ne servirait à l’expliquer, pas même une religion politique , contraire aux tendances de ce temps, comme celle, par exemple, qui s’opposa longtemps à la guerre d’Amérique. Non , il arrivait au ministère la tête pleine d’un modèle qu’il n’était pas de force à copier, de ce Mazarin qui donna l’Alsace à la France; il trouvait des fonds laissés par le dernier contrôleur général pour une intervention utile. Il prit les fonds et renonça à l’intervention ; la pénurie du financier impuissant fut tout le secret de cette conduite. C’est pour cela qu’on le vit professer avec un éclat hypocrite les doctrines de l’abbé de Saint-Pierre, et déclarer toute guerre mauvaise et inutile , au moment où nos alliés périssaient et où les Anglais se vengeaient de l’indépendance américaine sur l’indépendance hollandaise.

Une telle lâcheté exaltait les espérances de l’Angleterre, et lui donnait du cœur pour tout oser. Pitt avait ordonné des armements considérables dans tous les ports.

Après la révolution de Hollande , il les fit continuer avec une activité insolente. L’intention de ces armements était si claire , que la France fut obligée d’armer aussi, et même on nomma Suffren pour commander les flottes, en cas de guerre (i), ce qui n’eût pas arrêté Fitt dans ses desseins; mais le cabinet de Versailles calma les ardeurs du fils de Chatam, en lui opposant la perspective d’une alliance de guerre avec l’Espagne, l’Autriche et la Russie : leçon qui avait toute l’éloquence d’un reproche pour ce gouvernement qui trouvait plus de Fidélité dans ses alliés qu’il n’en avait montré lui-même. Mais aussi la devait-il plus à des intérêts bien compris par les cabinets étrangers, et à l’inquiétude que l’Angleterre donnait au monde , qu’à une puissance d’entraînement qu’il ne possédait plus. .

L’Angleterre, en effet, n’avait pas faibli : on lui avait enlevé une grande colonie, et elle vivait toujours de sa forte vie. Des mains de Chatam, elle était passée dans les mains de Pitt, comme un héritage de famille, et sous cette administration de génie , elle prospérait et avait fermé sa blessure. Elle augmentait sa marine; elle étendait son commerce, elle multipliait ses influences. En Turquie , elle nous avait arraché, à son profit, la confiance du gouvernement. Partout où elle pouvait poser le pied, elle l’avançait; tandis que la France, surchargée

(I) Il mourut vers celte époque, le 8 décembre 1788.

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