CHAPITRE VI
gueur depuis le traité de commerce avec l’Angleterre, dont se mouraient plusieurs industries; enfin une disette imminente qu’un hiver terrible allait accompagner. Ces bandes misérables, qui erraient et mendiaient dans Paris, s’émurent brutalement au renvoi de Brienne ; leur joie fut effrénée et tenait de leurs souffrances. Le peuple s’assembla sur plusieurs points, à la place Dauphine, il brisa les vitres de ceux qui n’avaient pas illuminé; sur le Pont-Neuf, il obligeait les passants de pousser des cris! On habilla un mannequin en archevêque, on le jugea, puis on lui fit faire amende honorable, la torche au poing , et on le brûla devant la statue de Henri IV (i). la police, qui sembla d’abord fermer les yeux , sévit tout à coup avec dureté : les troupes chargèrent contre les rassemblements, et le lendemain le peuple , furieux des coups de sabre de la veille, se rua sur les corps de garde. A la Grève, une vive fusillade jeta sur le carreau vingt-cinq jeunes gens. Les Suisses et les gardes françaises rétablirent l’ordre; mais dans les provinces il fut cruellement troublé. Effrayé, malgré les adoucissements apportés à sa disgrâce, des manifestations de cette joie terrible, Brienne, eommeCalonne, qui s’était enfui en Angleterre, s’en alla furtivement en Italie, chercher son chapeau de cardinal.
(I) On arrêta un ecclésiastique qui passait, on le surnomma l'abbé de Vetmond , et on le contraignit de confesser le mannequin, (f/isl. jtarlem., t. I, p. 253.)
l)os hommes qui avaient fait cause commune avec le Parlement se firent voir, à Paris , au milieu des scènes populaires. Le duc d’Orléans s’v laissa entraîner, et on l’accusa d’avoir payé l’émeute. On accusa aussi l’Angleterre; mais quand les passions font le désordre, faut-il se demander qui l’a payé? 11 y avait eu les mêmes excès au renvoi de Maupeou, le destructeur du Parlement comme Brienne. La bazoche prenait sa part de ces tumultes; la magistrature en jouissait, comme d’autant de marques de sa popularité. « la plupart de ses membres, a dit un historien , trouvaient fort naturels et même utiles des désordres qu’ils appelaient une manifestation de l’opinion publique (i). » Aussi mirent-ils plus de reconnaissance que de sévérité dans leurs arrêts de répression. Ce corps ne se trouvait d’ailleurs vengé qu’à demi par la chute de Brienne. Iamoignon avait été son bras droit dans ses contlits avec le Parlement, et il n’était point tombé. U tenta de se maintenir après Brienne^ comme il y avait réussi après Galonné; mais il était poursuivi par une telle clameur, que Necker exigea son renvoi; la raine s’y prêta ; elle n’avait pu soutenir Brienne, et se trouvait offensée que le chancelier fût encore debout . L'archevêque avait emporté dans sa chiite huit cent mille livres de pensions et de bénéfices Ta); Lunoignon voulut de même ses dédommagements. On
(I) llroz, l/ist. de Louis A'f'J, I. Il, p. 91.
(ï) Hlst. /larlem., t. F, p. 2->2. ' ’