CHAPITRE VI
lui offrit pour sou fils la pairie et une ambassade ; il lui fallut plus encore; en sus de sa pension de retraite, il demanda quatre cent mille livres comptant : c’était plus que n’en contenait le trésor public; on ne put lui en offrir que deux cent mille; il les prit comme à compte (i).
Tel était l’état du trésor quand Neeker rentra au ministère; il s’y trouvait à peine quelques centaines de mille francs (a) ; toutes les impositions étaient dévorées |>ar avance; le crédit était entièrement ruiné, les besoins étaient immédiats, impérieux; il fallait des millions dès la première semaine ; Neeker les trouva, et tout ci langea, en un instant , par la seule magie de son nom : la confiance y était inébranlablement attachée. 11 reprit son poste, et les fonds remontèrent de trente pour cent dès le premier jour ; toutes les affaires s’en ressentirent et se ranimèrent. Un homme qu’une intrigue de cour pouvait dès le lendemain chasser du ministère exerçait cet empire, qui tenait plus à sa personne qu’à l’Etat; on compta encore une fois sur lui comme sur un gouvernement. (jette grande force morale aplanit ses opéra-
(1) La retraite de ce ministre éhonté excita de nouvelles scènes de désordres : on le brûla en effigie, comme l’archevêque , après avoir ordonné qu’il serait sursis quarante jours à son exécution , par allusion à son ordonnance sur la jurisprudence* crimiuellc. [Hist. parlem., t. I, p. 253.)
(2) « Cinq cent mille livres , soit en argent , soit en valeurs. » (flfîwres rompt, de Neeker, t. I, Notice, P- 230.)