CHAPITRE VI
politique l’écho fidèle et multiple de la presse, l’autorité de la pensée écrite, et surtout l’uni vcrsalité; les brochures s’ajoutaient donc aux discours. On en vit paraître par milliers, mais on n’a gardé souvenir que des plus marquantes (i). Celles-là étaient inspirées par l’esprit nouveau, plus ou moins intempérant, sans doute, mais toujours fort, parce qu’en général il était dans le vrai. Quant aux autres écrits qui venaient défendre des systèmes jugés et plus qu’à moitié détruits, un état de choses qui avait encore la force organisée et pourtant ne se suffisait plus à lui-mème , ceux-là sont comme les proclamations des armées défaites, qu’on ne lit plus guère après la victoire.
Ce qui distingue , du reste , ees premières élaborations de la pensée politique en France, c’est la généralité de la tendance et la particularité des moyens. Sans cette forte unité du but, la diversité des plans qui voulaient y conduire pouvait précipiter immédiatement vers l’anarchie. Ainsi, prévenant l’opinion des Etats généraux, Servan demandait une déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Ainsi le duc d’Orléans , dans la brochure écrite probablement par un autre, mais qui était un acte du prince, et qui portait pour titre : Délibération à prendre pour les Assemblées de bailliages, traçait, de
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(l)Un homme, du temps en acheta 2,500 dans les trois derniers mois de 1788, et sa collection était loin d’être complète, dit M. Dro/„ t. II, p. 180.
il i LOUIS XVI ET SA COUR,
point en point, le plan qu’on devait suivre dans la rédaction des cahiers, et prévoyait toutes les questions qui pouvaient naître ; c’était un mépris déclaré de toute transaction entre les Ordres , et la conclusion que le tiers était toute la nation (i). Ainsi encore, un esprit plus sage, mieux réglé , plus savant, Mounier, publia sur les Etats généraux un volume dans lequel il proposait les deux chambres et cet équilibre des pouvoirs que lui avait appris l’Angleterre. Homme de son temps cependant, quoiqu’il s’en séparât profondément par le calme de sa pensée, Mounier, partisan intime de l’institution de la pairie , cachait prudemment cette idée aristocratique sous la proposition qu’il faisait de l’établissement d’un sénat. Ses idées eurent le sort de tout ce qui est net et précis, dans un de ces moments où l’ardeur est encore plus grande que les lumières; ce système conquit les plus mûrs esprits , mais il rencontra un contradicteur redoutable, ayant alors assez de crédit pour lui enlever l’opinion.
C’était Sieyès, l’auteur de la fameuse brochure intitulée : Qu est-ce que le tiers état ? De tous les livres de cette époque, c’est celui-là qui fit le plus de bruit. Il donna à son auteur un renom tel , que ses utopies et son silence ne purent depuis le faire oublier. Sieyès, qui faisait tourner au profit de sa pensée la sécheresse naturelle
(I) Voir ttist. parlcrn , , t. 1,- p. Ô85