CHAPITRE VI
Les gens d'affaires, en traitant avec ce ministre, perdaient un peu de leur âpreté; plusieurs même subirent l'influence de son désintéressement , et firent quelque chose pour l’intérêt public. Des niaisonsde banque, des compagnies avancèrent des fonds; les notaires de Paris versèrent six millions au trésor. Mais les souffrances populaires, par-dessus tout, rencontrèrent de grandes sympathies : à Paris, il y eut un vaste mouvement de bienfaisance parmi tous ces esprits que la crise politique faisait fermenter, et qui répandirent leur chaleuren dévouements privés* dont le concours prenait le caractère d’un immense service public.
A la veille de ce grand choc qui allait briser tant de liens, il y eut encore un moment de fraternité vive. Des hommes qui étaient en guerre d’opinion , de fougueux adversaires se rencontaient chez l’indigent , et se donnaient la main dans ces rendez- vous de charité. Les curés de Paris s’y concertaient avec les philosophes; l'archevêque , M. de Juigné, y employa ses revenus, et fit ,
prédécesseur? — Non, certes. Qu’a de commun la fortune particulière d’un ministre avec les intérêts de l’État ? » Dans le même moment, M. Nccker, exilé, passait à Bruxelles; il se ressouvint de la caution qu’il avait oITerte à MM. Hope, et, craignant que la nouvelle de son exiln’arrêtdt leurs opérations, il se lutta de leur écrire que sa retraite ne changeait rien à ses intentions, et que les deux millions laissés par lui au trésor royal restaient garants de l’approvisionnement de Paris. ( Ofùir. compl. (le .Xec/iT, Notice, t I, p. 264 et suiv . )
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pour y ajouter, un emprunt de quatre cent mille francs. On cita les grandes libéralités des princes d’Orléans et de Penthièvre, et la touchante compassion qu’y mêlait la duchesse d’Orléans, héritière des bienfaisantes vertus de son père. Mais, malgré cet ensemble d’efforts généreux, les classes pauvres furent horriblement et longuement éprouvées; beaucoup de malheureux périrent d’inanition ou de froid dans cette dernière année de la monarchie absolue; comme si toutes les souffrances devaient accompagner la fin de cette vieille société.
L’heure des événements approchait , en effet , et , comme il arrive toujours quand les circonstances sont d’un intérêt si poignant et si universel , les esprits s’élancaient à leur niveau , et dépassaient même par les théoriesles faits qui allaient se produire. Des clubs, invention étrangère et qui garda son nom étranger, se formaient de toutes parts, nombreux et retentissants , et mettaient la politique.! la portée du plus grand nombre. Là , toutes les questions étaient remuées , même les plus prématurément audacieuses, celle qu’il fallait, non pas une réforme, mais toute une révolution pour résoudre. Quelle différence déjà par le ton et par le fond des chosesenlre ces assemblées et ces premiers clubs qui, sous Brienne, se réunissaient chez Duport! L’un des principaux était le club qui portait le nom de Société publicole, dont les délibérations furent imprimées; car ce n’était pas assez
que la parole, qiie la discussion; il fallait à la pensée