‹ Louis XVI et sa courChapitre 164 sur 172 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

muns; ce fut le tiers qui s’y refusa (i). Une agitation profonde accompagna les élections dans la capitale comme dans les provinces; le tiers , cependant , s’y comporta avec une dignité dont ses rivaux le jugeaient peu capable. Un seul district fut troublé par des désordres : la multitude dévasta la maison d’un fabricant à qui la rumeur populaire imputait un propos dur sur le sort îles ouvriers (a); deux maisons voisines furent également saccagées. La force publique eût prévenu ces excès en faisant plus de diligence : elle y apporta une répression tardivement violente, et engagea un combat dont on porta les victimes à plus de deux cents. La misère et l’excès de population concentrée dans ce faubourg expliquaient assez, dans des circonstances si vives, la cause d’un tumulte pareil. On a dit cependant qu’il s’y trouvait une main cachée; mais tous les partis, comme d’ordinaire, se sont renvoyé l’accusation.

Le résultat total des élections causa de la surprise à la cour. Le tiers état, moins trente voix au plus, ne comptait que des hommes dévoués à la nation. Une minorité imposante du clergé penchait vers la même cause : c’étaient les curés qui l’avaient emporté sur les évêques et les riches bénéficiers. Dans la classe noble aussi , les gentilshommes de province avaient écarté beaucoup

(1) Voir///sf. parlent. 1. 1, p. 316 et 351.

(2) Il se nommait Réveillon, et tenait, au faubourg Saint-Antoine, une fabrique de papiers peints.

MO cocis xvi et sa coiin.

d’hommes de cour; là encore , un certain nombre de voix étaient acquises aux idées de réforme.

Tous ces représentants des vieilles catégories sociales allaient se trouver en présence , munis de mandats précis, impérieux. Ces cahiers, expression la mieux fixée de l’opinion publique à cette époque, étaient comme les procès-verbaux de ce que voulaient les uns, de ce que refusaient les autres ; ils avaient été rédigés par des commissaires spéciaux dans le sein des assemblées, et des cahiers particuliers il s’était formé un cahier général pour chacun des Ordres de la province ou du bailliage. Ces mandats devaient être soumis à un dépouillement dans le sein des Etats. Voici un aperçu des résultats qu’ils ont donnés :

Les cahiers du tiers et du clergé se recommandaient par une assez grande conformité de vues; la noblesse offrait plus de divergences dans les siennes. Le tiers, presque unanime, appelait la plupart des grands changements que le temps a vus successivement s’accomplir : constitution politique, égalité devant la loi civile, devant la loi pénale , unité de législation , liberté de la presse , abolition de toute servitude personnelle , de tous droits féodaux , égale répartition de l’impôt , responsabilité des ministres, etc.

Sur tout ce qui touchait aux moeurs et à la religion , il y avait accord dans les cahiers du clergé: il voyait dans son sein des abus dont il demandait le premier la ré-

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